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    Analyse

    Enseigner la religion
    Aller au-delà de la simple «instruction»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4864 Le 27/09/2016 | Partager
    Les apprentissages demeurent sous forme d’énoncés intouchables, appris par cœur
    Formation des professeurs, recherche universitaire, théologie, les maillons perdus de la réforme
    La transmission des valeurs islamiques à l’épreuve de la radicalisation
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    Dans le monde musulman, le «savoir» religieux est sous forme de formules intouchables apprises et reproduites à l’infini. Les apprenants, qui se transforment en simple conservateurs d’un héritage, ne peuvent s’autoriser un recul critique (Les visages ont été modifiés - Ph. Jarfi)

    Crise de l’éducation et crise de l’enseignement de la religion et du fait religieux. Une conjonction fatale qui continue de miner le monde musulman. C’est ce que le penseur pakistanais Fazlur Rahman (1919-1988), auteur de «Islam et modernité», édité en 1982, avait décrit comme le «plus vicieux de tous les cercles vicieux». «Nous traînons cette problématique depuis au moins deux siècles. Aucune tentative de réforme n’a pu vraiment aboutir», relève Mohamed-Sghir Janjar, directeur adjoint de la Fondation Abdul-Aziz Al Saoud de Casablanca, également éditeur. Depuis près de 13 ans, la Fondation a rassemblé des milliers de titres relatifs à cette question. Vendredi et samedi derniers, l’institution y a consacré tout un colloque international, qui s’inscrit également dans le cadre d’un cycle de séminaires en partenariat avec le Collège des Bernadins en France. Des islamologues, théologiens, chercheurs et experts du Maroc, de France, de la Tunisie, du Sénégal et du Liban y ont pris part afin de partager leurs expériences.
    Dans son ouvrage, Fazlur Rahman, largement cité par les conférenciers, a tenté de lister les facteurs derrière l’échec cuisant de l’enseignement religieux. Tout d’abord, ce que les musulmans présentent comme «savoir» est en fait un recueil d’énoncés que les étudiants apprennent par cœur. Ces derniers ne font, en fin de compte, que conserver un héritage considéré véridique, car garanti et certifié par les fondateurs, et non parce qu’il est vérifiable. «Garants de la chaîne de transmission, ils doivent s’abstenir de toute velléité de prendre de la distance par rapport aux vérités transmises», explique le philosophe et islamologue marocain, Abdou Filali-Ansary. «Notre savoir actuel repose sur des faits vérifiables et non sur des normes ou des formules dites vraies et intouchables», insiste-t-il. Cette approche classique, basée sur la mémorisation et la reproduction à l’infini du système traditionnel, étouffant tout esprit critique, est même reprise par les facultés modernes. Pour le philosophe, le salut viendrait de l’introduction des humanités dans le système éducatif (voir interview page 6). Rhétorique, littérature, histoire, sociologie, anthropologie… autant de disciplines éveillant l’intelligence et favorisant l’ouverture d’esprit des apprenants sur d’autres savoirs, croyances, cultures et civilisations. «Les pays musulmans se sont ouverts aux humanités durant les premières années de leur indépendance, mais ils se sont très vite renfermés sur eux-mêmes», déplore Filali-Ansary.
    Selon le penseur donc, le «savoir» religieux enseigné n’en est pas un. Mais l’éducation religieuse, non plus, n’en est pas une. Il s’agit plutôt d’une simple «instruction» religieuse. Les clercs, quant à eux, se présentent comme des savants (Âlim), et sont perçus comme tels par le public. Or, ils ne sont en réalité que des prêcheurs. Cette confusion ne fait qu’enliser le système. «Il faut débusquer les mots qui renvoient vers plus d’un sens et qui perturbent les débats», suggère-t-il.         
    La situation est d’autant plus compliquée qu’aujourd’hui, les canaux de transmission sont multiples (réseaux sociaux, médias, imams, école, parents, médias…), et que tout le monde se permet de parler au nom de la religion.
    Au Maroc, l’appel du Roi du 6 févier dernier à réformer l’enseignement religieux a abouti à une révision des manuels d’éducation islamique, de la 2e année du primaire jusqu’au baccalauréat. Les livres revisités seront disponibles incessamment. Cependant, cela ne règle qu’en partie le problème. «Outre les manuels, il existe trois autres étages, à commencer par la formation des enseignants qui doivent recevoir les éléments de base d’une culture ouverte sur le fait religieux, l’histoire et le pluralisme religieux», souligne Jacques Huntzinger, ex-coordinateur du Forum culturel méditerranéen et ancien ambassadeur de France (Liban, Israël,…). «Cela passe aussi par une réflexion universitaire libre et élargie, à travers des départements autonomes et avec des professeurs formés. Et enfin, par l’ouverture des institutions théologiques à la réforme. Tout cela suppose beaucoup de courage», estime le diplomate.
    L’enjeu de la transmission du fait religieux est une préoccupation majeure, dans le Sud comme dans le Nord. Face à la montée de la radicalisation et aux défis sécuritaires qui en découlent, l’Europe, par exemple, va au-delà de l’étude sociologique de l’islam et s’implique, aussi, dans la formation. Toutefois, l’entreprise est pour le moins complexe.

    Où sont les chercheurs marocains?

    Quelles sont les caractéristiques du modèle marocain d’enseignement de la religion et du fait religieux? Comment a-t-il évolué à travers le temps? Quelles sont ses failles et ses points forts? Des questions restées sans réponse. L’expérience marocaine est pour ainsi dire largement sous-étudiée. Durant le colloque de la Fondation du Roi Abdul-Aziz, plusieurs expériences ont été scrutées. Celle du Maroc a brillé par son absence. Motif: il n’y aurait pas de chercheur marocain ayant travaillé sur la question, selon la Fondation. Les acteurs du champ religieux, pour leur part, préfèrent rester dans l’ombre.

     

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