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    Finances-Banques

    Entretien avec le président de Banco Sabadell
    «Mario Draghi a épuisé ses cartouches»

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:4861 Le 22/09/2016 | Partager
    Pour relancer l’économie, la politique monétaire a atteint ses limites
    Il faut en finir avec la culture de la gratuité des services bancaires
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    Josep Oliu, président du groupe bancaire espagnol Sabadell (Ph. Jarfi)

    Président de Banco Sabadell, quatrième groupe bancaire espagnol, Josep Oliu est un banquier atypique. En visite privée récemment au Maroc, il s’est confié en exclusivité à L’Economiste sans éluder le moindre sujet. De la politique de la BCE à la crise espagnole.

    - L’Economiste: Avez-vous digéré la grave crise économique que l’Espagne a traversée ces dernières années?  
    - Josep Oliu:
    Comme tout le secteur bancaire, le groupe Sabadell a connu quelques années difficiles, mais tout cela est bien derrière nous aujourd’hui. Pour faire face, nous avions procédé à une augmentation de capital afin de consolider nos fonds propres et notre résilience. Puis dans une deuxième étape, notre stratégie s’est concentrée sur l’amélioration de la profitabilité. Comme vous le savez, il est difficile de dégager une rentabilité des fonds propres supérieure au coût du capital. Mais nous sommes en train d’y arriver. L’an dernier, le groupe Sabadell a réalisé un bénéfice de 708 millions d’euros et en 2016, nous serons au-dessus, mais pas suffisamment pour atteindre 10% de rentabilité des fonds propres qui reste  notre objectif. Sur le plan stratégique, nous sommes dans une phase de croissance externe et de mutation technologique. Nous avons acquis TSB, la sixième banque britannique. Cette opération nous permettra de diversifier géographiquement nos sources de profit.
     
    - Comment votre groupe a passé le dernier stress-test de la Banque centrale européenne?
    - Très bien, nous l’avons réussi sans problème. Je dirai même avec brio. Le groupe Sabadell répond parfaitement aux exigences réglementaires de solvabilité. Notre ratio Equity 1 des fonds propres se situe à 12% alors que le niveau exigé est de 9,5%. Nous sommes donc très à l’aise sur ce plan et attendons la prochaine évaluation avec beaucoup de sérénité.
     
    - Vos pairs n’ont pas de mots assez durs à l’égard de la politique des taux d’intérêt négatifs menée par la BCE.

    - Je m’abstiendrai de toute critique de la politique monétaire de la BCE. Mais je constate en revanche que les taux soi-disant négatifs, incitent toujours plus à la consommation et décourage l’épargne qui est censée financer l’investissement. Ils n’ont que très peu d’effet sur l’investissement et donc, sur la croissance. Il faut quand même rappeler une règle de bon sens: les agents économiques se décident d’investir en fonction de perspectives économiques et de la confiance qu’ils ont en l’avenir. Les taux d’intérêt aussi bas soient-ils ne peuvent rien contre les incertitudes actuelles qui pèsent sur l’Europe. Pour l’instant, personne ne peut prévoir combien de temps durera cette séquence. Nous espérons tous qu’il s’agit d’une situation exceptionnelle. C’est par une harmonisation fiscale et par des réformes courageuses que l’économie européenne redémarrera.  

    - Les banques augmentent les commissions pour atténuer l’impact des taux négatifs. Quelle est l’approche de Sabadell?
    - Pour avoir habitué longtemps le client à la gratuité et en l’érigeant en argument de concurrence, les banques se retrouvent aujourd’hui prises à leur propre piège. Si elles font marche arrière en multipliant les commissions partout, la réaction du client peut être redoutable.
    Chez Sabadell, nous avons opté pour une action multiforme. Un certain nombre des services qui étaient jadis gratuits sont devenus payants. En parallèle, nous avons mis en œuvre un programme ambitieux de réduction des frais généraux. C’est une orientation inévitable pour toutes les banques, car derrière chaque service, il y a des coûts. Si la situation perdure, il n’est pas exclu d’assister à une nouvelle course à la taille dans le secteur bancaire, les établissements cherchant à améliorer le répartiteur des charges fixes.  Pour ce qui nous concerne, l’un des axes majeurs de notre internationalisation est d’assurer une présence dans des pays complémentaires de manière à réduire notre dépendance de la zone euro et de l’Espagne  D’où notre implantation au Mexique et en Grande-Bretagne, bien avant le Brexit que nous n’avions pas prévu.  
     
    - Faut-il s’habituer à vivre avec une croissance molle en Europe?
    - Je ne suis pas désespéré malgré la situation actuelle. Regardez l’Espagne. - C’est le pays qui réalisera le plus fort taux de croissance en Europe cette année après avoir connu une longue crise économique dont l’explosion de la bulle immobilière et la montée du chômage furent les aspects les plus spectaculaires. Pour ce qui concerne l’économie européenne, je suis persuadé qu’il n’y a pas de fatalité. Si l’Europe relance l’innovation, initie des projets d’infrastructure et si les Etats membres mènent des réformes structurelles, il n’y a pas de raison pour que la croissance ne reparte pas.

    - Si vous étiez Mario Draghi, que feriez-vous de plus pour relancer la machine économique?
    - (Rires). Monsieur Mario Draghi a fait tout ce qu’il a pu, mais la politique monétaire a atteint ses limites. Maintenant, c’est au Conseil de l’Europe d’agir et de prendre des initiatives. Je pense que le patron de la BCE a épuisé toutes ses cartouches.

                                                             

    2 fois le PIB du Maroc d’actifs au bilan

    Avec un total actif de 215 milliards d’euros, soit un peu de deux fois le PIB du Maroc, et un effectif de 25.000 employés, Banco Sabadell est le quatrième groupe bancaire privé espagnol. Coté à la Bourse de Madrid, le groupe fait partie de «l’Ibex 35», l’indice qui regroupe les 35 premières capitalisations boursières espagnoles. La banque compte 11,4 millions de clients avec un focus sur le segment des particuliers de classe moyenne (haute), de professionnels et des entreprises. Depuis deux ans, le groupe a décidé d’accélérer son internationalisation. Il est présent dans 18 pays mais l’Espagne reste encore le principal contributeur à son bénéfice avec 68% du total en 2015. Banco Sabadell est opérationnelle au Maroc depuis fin 2009 via une succursale basée à Casablanca. La banque s’est positionnée sur l’accompagnement des entreprises espagnoles implantées au Maroc et celles qui cherchent à y faire du business. Elle compte 500 comptes actifs dans son portefeuille. En valeur, si le marché marocain pèse encore très peu dans les revenus de la banque, le management parie sur le développement à terme des flux d’affaires entre l’Espagne et le Maroc. «D’ici 3 ans, l’objectif est de doubler le volume d’affaires et de revenus», confie le président Josep Oliu.

    Propos recueillis par
    Abashi SHAMAMBA

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