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    Chronique

    Le terrorisme au cœur de la campagne française

    Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4860 Le 21/09/2016 | Partager

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

    Comme cela était largement prévisible, la guerre contre le terrorisme est une thématique qui domine la campagne des présidentielles françaises dont les primaires automne/hiver vont être un bouillant lever de rideau. Ce sujet a été donc choisi par François Hollande pour s’adresser aux Français après une longue hibernation qui devenait inquiétante pour ses amis. Les sondages catastrophiques qui reflètent le refus des Français à sa reconduction l’ont incité à sortir du bois plutôt que prévu. Et il a choisi l’angle de la lutte de la démocratie française contre la menace terroriste.
    Sans déclarer ouvertement son intention de se représenter, François Hollande a tenté de montrer un visage de fermeté dans la lutte contre les entreprises terroristes, tout en se posant comme le garant de l’Etat de droit que la droite classique menée par Nicolas Sarkozy ou celle extrême incarnée par Marine Le Pen propose de détricoter pour l’adapter à l’ampleur des nouvelles menaces qui pèsent sur le pays.  
    Volant à la rescousse de Hollande, le Premier ministre Manuel Valls a tenu à éclairer la situation: «Tous les jours, les services de renseignement, la police, la gendarmerie, tous les jours, déjouent des attentats, démantèlent des filières irako-syriennes (...) Aujourd’hui, la menace est maximale, et nous sommes une cible – chacun l’a compris. Cette semaine, au moins deux attentats ont été déjoués». Et Manuel Valls de livrer un constat chiffré qui fait froid dans le dos: «Nous avons près de 700 jihadistes français et résidents en France, qui combattent actuellement en Irak et en Syrie (…) 275 femmes et plusieurs dizaines de mineurs. Nous avons sur notre territoire (...) 1.350 personnes visées par des enquêtes qui sont aujourd’hui en prison, 293 en lien directement avec des filières terroristes (…) et on peut considérer – je comprends le poids de ces chiffres – qu’il y a à peu près 15.000 personnes qui sont suivies parce qu’elles sont dans un processus de radicalisation». Dans son approche, François Hollande a tenté de montrer que la droite propose des thérapies susceptibles de porter atteinte aux valeurs fondatrices de la République et de l’Etat de droit. L’idée d’interner les fichiers S et la pratique de la prison préventive sur

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    La préoccupation sécuritaire a de fortes chances de monopoliser le cœur de la campagne présidentielle. Il faut dire que les deux protagonistes, Hollande et Sarkozy, ont un intérêt politique à fixer le curseur sur ce sujet (Ph. AFP)

    simple soupçon est perçue à gauche comme une dangereuse escalade. Nicolas Sarkozy répond au président de la République que la gauche au pouvoir n’a pas mis tout en œuvre pour protéger les Français des organisations terroristes qui visent sa sécurité. Et que lui, si les Français lui redonnent l’Elysée, pourra changer de fond en comble l’arsenal juridique destiné à lutter contre le terrorisme.
    Sarkozy formule les propositions de la droite de cette manière: «Tout étranger suspecté d’être en lien avec une activité terroriste devrait être expulsé sans délai. Tout Français suspecté d’être lié au terrorisme, parce qu’il consulte régulièrement un site djihadiste, que son comportement témoigne d’une radicalisation ou parce qu’il est en contact étroit avec des personnes radicalisées, doit faire l’objet d’un placement préventif dans un centre de rétention fermé. Et qu’on ne me dise pas que ce serait Guantanamo! En France, tout enfermement administratif est soumis au contrôle a posteriori d’un juge, et je ne propose pas autre chose». La droite semble suivre cette ligne politique: à situation exceptionnelle, législation exceptionnelle. C’est l’Etat de droit qui doit s’adapter à la menace et non l’inverse.
    Ce débat très clivant implique un seul constat: la préoccupation sécuritaire a de fortes chances de monopoliser le cœur de la campagne présidentielle. Il faut dire que les deux protagonistes, Hollande et Sarkozy, ont un intérêt politique à fixer le curseur sur ce sujet. Pour Hollande, c’est une manière d’évacuer à moindre frais ses multiples échecs sur la plan économique et son incapacité à inverser les chiffres du chômage. Pour Sarkozy, le terrain de la sécurité est presque le seul où il parvient à développer une posture déterminée et cohérente avec les multiples angoisses françaises. Hollande, garant de l’Etat de droit, a intérêt à avoir en face de lui un Sarkozy qui assume, au nom de la sécurité vitale, ses possibles violations. Le spectre est ainsi posé. La campagne peut se dérouler sauf irruption et perturbation inattendues des extrêmes. Jean-Luc Mélenchon pour l’extrême gauche et Marine Le Pen pour l’extrême droite.

    Similitudes

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    Dans leur quête effrénée du pouvoir, François Hollande et Nicolas Sarkozy présentent d’étranges similitudes. La première: les deux affrontent une opposition interne d’une rare violence. Pour Hollande, la gauche frondeuse, menée par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, ne semble avoir qu’un mot d’ordre comme programme, l’empêcher de se présenter à un second mandat. Pour Nicolas Sarkozy, ses concurrents dans les primaires, François Fillon, Alain Juppé ou Bruno Lemaire sont presque sur le point de se fédérer au sein d’un mouvement du «Tout sauf Sarkozy».
    Seconde similitude: Hollande affronte les handicaps d’un bilan économique catastrophique. La courbe du chômage n’est pas inversée. La machine économique n’est pas relancée. Alors que Nicolas Sarkozy subit l’effet «Shewing-gum» d’une série d’affaires de corruption politique. Il vient d’être envoyé en tribunal correctionnel dans l’affaire «Bygmalion» qui touche aux fausses factures du financement de sa campagne électorale en 2012.
    Malgré tous ces handicaps, ils sont perçus comme les possibles finalistes de la course présidentielle de 2017. Un scénario qui ne plaît pas beaucoup aux Français à en juger par les multiples sondages montrant qu’ils refusent un remake de 2012 et qui révèlent une incapacité chronique de la classe politique française à se renouveler.

     

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