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    Tribune

    Le Maroc vieillit

    Par Omar CHIBAN | Edition N°:4860 Le 21/09/2016 | Partager

    Omar Chiban est ingénieur statisticien et économiste

    La population marocaine connaît une évolution tendancielle fortement marquée par le vieillissement.  Après avoir augmenté à un rythme rapide, du début du XXe siècle à la fin des années 1980 (3,5% puis 2,3% …), l’augmentation de l’effectif de la population marocaine marque un point d’inflexion avec un taux de croissance annuel qui diminue progressivement pour arriver en 2014 à 1,25% par an.
     Cette tendance est le résultat de la politique de planification familiale engagée par le Maroc depuis le début des années soixante mais aussi par l’amélioration des conditions de santé (vaccinations, lutte contre les maladies infectieuses, nutrition, hygiène corporelle et hygiène du milieu,…) et du niveau de vie en général.
    Les politiques mises en œuvre dans ces domaines ont abouti à une forte baisse de la mortalité infantile et à une baisse vertigineuse de l’Indice synthétique de fécondité (ISF) qui dégringolait de 7 enfants en moyenne par femme en âge de procréer en 1960 à 2,2 en 2014 (voir encadré sur les tendances au déclin).
    Pour mémoire, au lendemain de l’indépendance, l’effectif de la population marocaine était plus élevé que celui de notre voisin de l’Est. Actuellement nous sommes à 34 millions d’habitants  alors que nos voisins sont à 40 millions.

    Trois problématiques en perspective

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    Cette situation se traduit par au moins trois conséquences: la première est relative à la transformation de la situation épidémiologique de la population, la deuxième concerne l’impact sur l’économie et la troisième sur les systèmes de protection sociale.

    1) Etat épidémiologique:
    - La morbidité (les maladies) des personnes âgées augmente, le nombre de maladies qui apparaissent chez les personnes de plus de 65 ans, selon certaines études, dépasse 7 chez les hommes et 9 chez les femmes, ce nombre augmente rapidement avec l’âge et tend à se stabiliser aux alentours de l’âge correspondant à l’espérance de vie à la naissance.
    - L’incapacité
    Les personnes âgées de 60 à 69 ans ont souvent des gênes ou difficultés dans la vie quotidienne. La prévalence de la dépendance lourde croît avec l’âge. Elle peut atteindre 20% à 85 ans et 35% à 90 ans.
    - L’espérance de vie sans incapacité
    L’influence de certaines maladies sur les incapacités, bien que persistante, a diminué car leur gravité a baissé du fait du progrès de la médecine.

    2) Impact sur l’activité économique:
    Le vieillissement et la dénatalité ont un impact structurant sur l’économie d’un pays. Cet impact  se mesure, à l’horizon, au niveau de l’effectif de la population active qui baisse, donc de la diminution des forces de travail. Cette situation favorise l’immigration pour des raisons économiques et l’arrivée des populations à partir d’autres pays, avec toutes les conséquences que l’on peut ici se passer d’énumérer.
     Notons qu’au Japon, la population baisse régulièrement et fortement. Actuellement de 120 millions, elle ne serait que de 80 millions en 2050. A cette date les personnes âgées de plus de 60 ans représenteraient 42%. Pour s’adapter, le Japon a mis en œuvre des stratégies de robotisation dans les usines, les entreprises et même dans les services: on compte actuellement 34 robots pour 1.000 employés.

    3) Impact sur les systèmes de protection sociale:
    L’allongement de l’espérance de vie fait que le rapport entre la «durée de vie en activité» rapportée au nombre «d’années de vie en retraite» diminue. Dans certains pays ce rapport tend vers 1 et pourrait être inférieur à 1 dans quelques dizaines d’années. (Thomas Malthus a laissé ses traces et Alfred Sauvy n’a pas convaincu).
    Ce qui entraîne, ipso facto, des conséquences sur les systèmes de retraite mais aussi une forte tendance à l’augmentation des dépenses de santé.

    Les tendances au déclin(1)

     En 1960, 44,4% de la population était âgée de moins de 15 ans (population à charge). Cette proportion tombe à 28% en 2014 et serait de 21% en 2030.
    En 1960, la population âgée de 60 ans et plus (population vieillissante et majoritairement à charge) était de 7,2%. Elle atteint 10% en 2014 et serait de 15,3% en 2030.
    La population dont l’âge est compris entre 15 ans et 60 ans (population en âge d’activité) a, quant à elle, évolué de 48,4% en 1960 à 62,4% en 2014 et serait de 64% en 2030.
    La lecture de cette situation pourrait se faire également de la manière suivante:
    En 1960, à une personne âgée de 60 ans et plus correspond 6,3 personnes âgées de moins de 15 ans.
    En 2014, ce nombre tombe à 2,8 personnes et serait de 1,4 en 2030.
    Au-delà de 2030, tout en restant égal par ailleurs, il faut s’attendre à autant de personnes âgées de 60 ans et plus qu’à celles âgées de moins de 15 ans.
      L’espérance de vie à la naissance est passée de 48 ans en 1960 à 68 en 2004 et à 73 en 2014 (l’espérance de vie en bonne santé étant inférieure d’environ 10 ans).
    La pyramide des âges au Maroc tend à ne plus correspondre à la forme géométrique qu’on lui connaît: elle se serre à la base, se gonfle progressivement et successivement  aux tranches d’âges intermédiaires et se gonfle sensiblement en s’étirant vers le haut pour les âges de 60 ans et plus. 

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    (1) Chiffres issus des publications du Haut Commissariat au Plan

    Que faire?

    Quelles que soient les propositions qui pourraient être faites dans l’objectif de neutraliser les variables de causes et d’alléger les impacts, leurs effets ne peuvent être perceptibles que dans le long terme.
     Les propositions et les actions de politiques publiques à préconiser doivent être issues d’un débat large et approfondi. Les mesures préalables à engager consistent à:
     Evaluer et auditer la politique de planning familial et déterminer les réformes à élaborer afin d’apporter des corrections aux tendances du vieillissement.
    Définir les actions qui amortissent, atténuent ou adaptent l’impact du vieillissement sur la population active et asseoir la stratégie de gestion de la migration sur la base des hypothèses et des scenarii vraisemblables.
    Revoir de fond en comble les structures relatives aux programmes de santé en donnant à la gériatrie la place qui lui revient et aux hôpitaux les services médicaux de prise en charge des pathologies liées au vieillissement.
    Redéfinir les systèmes de protection sociale (retraites et assurance maladie) sur la base de stratégies alternatives et non seulement sur les modifications des paramètres de calcul comptable des ressources emplois.

     

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