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    Société

    Musulmans de France
    Des idées reçues et des surprises

    Par L'Economiste | Edition N°:4859 Le 20/09/2016 | Partager
    Une enquête de l’Institut Montaigne sur les pratiques socio-culturelles
    65% des personnes interrogées favorables au voile
    Les «laïcs» très attachés à la polygamie
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    Les logiques d’âge et de classe sociale se combinent et permettent d’identifier le renforcement probable des attitudes religieuses autoritaires parmi les jeunes et dans les catégories populaires de la population musulmane résidant en France. Ce mouvement n'est pas spécifique aux jeunes musulmans des milieux populaires. Il s'observe également chez les jeunes qui se définissent comme chrétiens ou sans religion, mais s'exprime par d'autres opinions et comportements que l'affiliation identitaire à l'islam

    Une étude récente de l’Institut Montaigne, un think-tank français, affirme que les musulmans représenteraient 5,6% de la population de la France, soit entre 3 et 4 millions d’individus. Cette étude est dirigée par Hakim El-Karaoui, agrégé de géographie à l’ENS, essayiste et ancien enseignant à l’Université de Lyon. Après avoir travaillé à Bercy puis dans un cabinet de conseil en stratégie, il fonde sa propre société, Volentia.  L’étude se base sur un échantillon représentatif de 1.029 personnes; parmi elles 874 qui se déclarent musulmanes. A un moment où l’attention est portée sur le burkini et un contexte post-attentat, cette enquête nous offre une vision des musulmans de France dont plusieurs éléments font mentir plusieurs idées reçues.
    Premier constat, «les musulmans sont majoritairement nés en France et aujourd’hui Français pour les trois-quarts d’entre eux». Parmi les musulmans vivant en France, l’origine marocaine est la deuxième la mieux représentée après l’Algérie (soit 20% contre 30% de l’échantillon). Les musulmans sont en général plus jeunes et moins qualifiés par rapport au reste de la population. Ils ont 35 ans de moyenne d’âge et 4,5% d’entre eux sont cadres. L’étude nous révèle aussi que presque la majorité d’entre eux (46%) pratique leur religion, sans conflit sévère de normes avec celles de la société française. Quels éléments fondent le sentiment d’appartenance des musulmans?  L’interdit alimentaire apparaît comme étant un élément fondamental du groupe. En effet, 70% des individus interrogés déclarent acheter de la viande halal. Le port du voile est soutenu favorablement par 65% de l’échantillon; paradoxalement les deux tiers des femmes interrogées déclarent ne pas porter le voile. L’enquête ajoute d’ailleurs que «contrairement à  l’opinion dominante qui voudrait que les hommes soient plus conservateurs que les femmes, le port du voile est rejeté à 26% des hommes mais seulement 18% des femmes». Du point de vue des pratiques, on note que 30% des musulmans ne se rendent pas à la mosquée; autant ne s’y rendent que lors des fêtes religieuses musulmanes importantes.
        Qui plus est, cette étude de l’Institut Montaigne porte l’attention tout particulièrement sur une majorité de musulmans libéraux et un quart de musulmans plus défiants et conservateurs. Tout d’abord, cette analyse insiste sur le manque d’identification des musulmans aux instances religieuses. Par exemple, «ce ne sont in fine que 9% des personnes se définissant comme musulmanes en France qui déclarent se sentir représentées par le CFCM (Conseil français du culte musulman)». L’étude nous propose une typologie de six catégories regroupées par paire dans trois catégories: un groupe plus séculier, un groupe intermédiaire et un groupe plus conservateur et défiant.  Le premier groupement concerne 46% des musulmans sondés. Il se compose de musulmans plus libéraux et d’individus en général plus intégrés socialement. La grande majorité d’entre eux est en accord avec la primauté des normes républicaines, ceci dit, un certain nombre reste  plus attaché au halal ainsi qu’à l’expression religieuse dans le cadre professionnel (soit 18% et 28% des effectifs totaux). Parmi les interrogés ayant un bac+5, 35% sont défavorables au choix du sans-porc à la cantine contre 20% parmi le reste des musulmans questionnés. La troisième et la quatrième catégorie forment un groupe plus ambivalent. La troisième catégorie représentant 13% des interrogés rejette le niqab et la polygamie mais critique plus la laïcité. Les membres de la quatrième catégorie représentent 12% des effectifs interrogés. Ils acceptent la laïcité tout en critiquant presque à l’unanimité l’interdiction de la polygamie en France! Ils sont majoritairement composés de musulmans étrangers résidant en France. Enfin, les musulmans qualifiés de plus autoritaires (catégories 5 et 6) correspondraient à 28% des individus interrogés. Ils contestent plus fortement la laïcité. En effet, dans la 5e catégorie, composée de 13% des interviewés, 40% seraient en faveur du niqab et de la polygamie. Les membres de la sixième catégorie revendiquent en majorité une foi plus «dure» mais qui se limite au cadre privé. Pour les auteurs de l’étude, «on estime 15.000 à 20.000 salafistes en France; 50 à 60% d’entre eux sont issus d’une famille d’origine maghrébine tandis que 25 à 30% sont des convertis». La mouvance salafiste recrute plus facilement dans les quartiers populaires soit par le biais d’Internet ou du voisinage. Le salafisme reste minoritaire mais il progresse parmi la jeunesse des anciens «quartiers rouges» (communistes). Même si la radicalisation peut répondre à une stricte logique de choix individuel, elle tend à répondre à un besoin d’identité chez des jeunes en plein malaise identitaire.
    Enfin, l’Institut Montaigne émet des propositions pour mieux régler les rapports entre Etat et islam en France. Parmi les recettes proposées figurent: la centralisation du financement, la formation d’une nouvelle génération d’imams et le développement de l’enseignement de l’arabe classique. Pour les auteurs de l’enquête, le défi qui se présente à l’Etat est clair: «Il convient d’envoyer deux types de messages: l’un au grand public à qui il faut rappeler encore et toujours que l’on peut être Français et musulman, l’autre aux jeunes tentés par le fondamentalisme religieux, en réaffirmant qu’il n’y a pas de plafond de verre infranchissable».

     

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