×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    Accords de Bâle: Freins ou opportunités pour les PME marocaines?

    Par Selma HAJ KHLIFA | Edition N°:4856 Le 15/09/2016 | Partager

    Docteur en Sciences de gestion du Groupe ISCAE, Manager consultante en Stratégie Operations & Recherche chez Deloitte

    Les PME contribuent de manière conséquente à l’ouverture de nouvelles perspectives, pour une croissance durable et une économie plus compétitive, notamment grâce au rôle qu’elles jouent en matière de développement, de création d’emplois et de promotion de l’innovation. Cependant, elles ne peuvent remplir pleinement ces rôles que si elles disposent de lignes de financement suffisantes pour lancer et accompagner leurs activités.
    L’accès au financement bancaire demeure un enjeu majeur pour le développement des PME et, partant, de l’ensemble de l’économie, toujours affectée par la lenteur du redressement en Europe. Cependant, force est de constater que les politiques monétaires accommodantes, conduites sous l’égide des banques centrales, n’ont pas pu constituer la panacée pour venir à bout de la forte contraction de l’activité que connaissent actuellement aussi bien les pays développés que les pays en développement. Ceci s’est vérifié au Maroc où l’octroi de crédit n’est pas au rendez-vous, malgré trois baisses du taux directeur par Bank Al-Maghrib depuis septembre 2014.
    Pour autant, les perspectives de financement des PME sont globalement positives au regard de l’évolution du cadre réglementaire prudentiel marocain, de l’accord Bâle I en 1988 à Bâle III en 2013 qui a permis d’instituer un cadre prudentiel favorisant une plus grande transparence. Même si des études de simulations menées par plusieurs chercheurs ont montré que l’impact de ces accords sur le financement de l’économie restait plutôt mitigé.
    Pour évaluer l’impact de Bâle II sur les crédits aux PME marocaines, nous avons travaillé sur la base d’un échantillon de 2.032 clients constitués des PME et GE sur un horizon de temps de 2 ans récupérés auprès d’une grande banque marocaine.
    Selon les résultats empiriques de notre étude, l’évolution de l’approche standard vers l’approche de notation interne (IRB-Internal Ratings Based) impliquerait une augmentation des exigences en fonds propres pour la catégorie PME pour le profil risque dit «normal» qui représente l’essentiel de la population de notre échantillon. Ainsi, les banques bénéficieraient d’un allégement des niveaux de fonds propres et en l’occurrence d’une plus grande disponibilité de crédit en faveur des entreprises ayant un rating favorable.
    Pour le segment PME, le passage à l’approche de notation interne «IRB-F» par la banque se traduirait globalement par une surconsommation des fonds propres soit une perte de l’ordre de 48% en moyenne pour le portefeuille PME. Ainsi, seulement 15% des PME de notre échantillon se situent en zone d’économie en fonds propres.
    Pour les PME-Retail, les charges en capital réglementaire requises connaîtraient une baisse plus significative par rapport aux prêts aux PME-Corporate. Pour les prêts accordés aux Grandes Entreprises, la nouvelle approche de notation interne «IRB-F» permettra à la banque de réaliser une économie considérable de l’ordre de 87%.
    En rapprochant le budget de fonds propres, nous constatons que le passage de l’approche standard à l’approche de notation interne «IRB» pour chaque engagement de 100 MAD par les banques entraîne une augmentation du coût des fonds propres de l’ordre de 3 MAD par 100 MAD d’engagements pour la catégorie PME.
    Face au durcissement des exigences en fonds propres, il convient d’étudier l’apport à long terme des systèmes de garanties par l’Etat pour évaluer leurs contributions dans le nouveau paysage réglementaire marocain.
    L’entrée en jeu des mécanismes de garantie de risque de crédit, qui constitue l’une des formes les plus efficientes en termes d’appui institutionnel, permettrait tel que démontré dans notre simulation, de redresser cette situation en faisant migrer les PME ayant un profil de risque normal vers la zone d’économie en fonds propres, ce qui améliorerait leurs accès au financement bancaire. Selon les résultats de notre analyse empirique, l’intervention des mécanismes de garantie institutionnelle serait bénéfique pour les PME ayant un profil risque plutôt normal mais qui seraient négativement impactées par les exigences en fonds propres nées de la notation interne.
    Avec l’intervention de la garantie institutionnelle, la catégorie PME située en zone d’économie en fonds propres passe de 24% à 57% de la population globale et seulement 43% de celle-ci demeure en zone de surconsommation en fonds propres. Ces classes conservent leurs statuts de risque élevé, par contre les banques avec l’introduction de la garantie institutionnelle pourraient être encouragées à octroyer des crédits sur une base plutôt sélective.
    Face au relèvement des normes de solvabilité des accords de Bâle, l’intervention des mécanismes de garantie institutionnelle serait bénéfique pour les PME ayant un profil risque plutôt normal mais qui seraient mal notées par les systèmes de notation interne. La garantie institutionnelle offrirait ainsi un appui considérable à la majorité des PME marocaines dans un cadre bâlois, et permettrait en l’occurrence de réaliser un triple objectif, conciliant à la fois les intérêts des banques, des PME et de l’Etat.
    Sur la base des résultats de notre étude, nous pouvons conclure que la problématique d’accès des PME au financement est la résultante de deux facteurs: premièrement, une faiblesse inhérente aux PME qui n’arrivent toujours pas à se moderniser suffisamment en matière de gouvernance et de gestion afin d’améliorer leurs performances et leur solvabilité. Deuxièmement, une frilosité des banques vis-à-vis de la population des PME en général qui demeure assez présente malgré l’effet d’introduction de la garantie institutionnelle.
    La garantie institutionnelle ne devant représenter qu’un accélérateur de la solution du problème de l’accès au financement et non des pilotes, pour éviter les effets adverses, la solution à cette problématique à notre sens passe par une combinaison d’efforts de la part des PME elles-mêmes pour se moderniser, de la part de l’Etat pour accélérer ce processus de modernisation via des dispositifs d’accompagnement, de la banque centrale pour adapter les exigences réglementaires au contexte marocain pour ne pas pénaliser le crédit aux PME et des banques qui doivent faire preuve d’une plus grande ouverture sur les PME qui demeurent un segment rentable et prometteur malgré ses contraintes.

    Les pro et anti-Bâle

    Selon les partisans des accords de Bâle, le cadre prudentiel devrait permettre aux banques de réaliser des économies plus importantes en fonds propres, quelle que soit la catégorie d’entreprises (Retail-Corporate). Cette économie serait d’autant plus significative que l’approche adoptée par la banque est avancée. Pour leur part, les détracteurs de ces accords considèrent que l’augmentation de la proportion des exigences en fonds propres risque d’affecter défavorablement la rentabilité des banques, et pourrait se répercuter sur le coût du crédit aux PME.
    Si l’accord Bâle II a été conçu pour ne pas pénaliser l’accès aux crédits des petites et moyennes entreprises: il est désormais fortement corrélé avec le risque de l’emprunteur.

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc