×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Evénement

    COP22/Climat: «Rien n’est encore gagné»

    Par Safall FALL | Edition N°:4856 Le 15/09/2016 | Partager
    Atténuation ou adaptation: vers quel portefeuille concentrer les efforts financiers
    COP22: Les impacts de la ratification de l’Accord de Paris par les deux plus «gros pollueurs»
    Les attentes du rendez-vous de Marrakech
    patricia_espinosa_056.jpg

    Pour sa première visite au Maroc depuis sa nomination en mai dernier, Patricia Espinosa, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’a voulu bien chargée (Ph. CCNUCC)

    Il aura suffi de 48 heures de travaux pour mettre 140 délégués d’une cinquantaine de pays sur la même longueur d’onde, en préparation de la prochaine Conférence des Parties (COP), 22e du genre, en novembre prochain à Marrakech. Les consultations informelles sur le climat tenues à Rabat, en fin de semaine dernière, viennent de réunir les négociateurs de plus d’une cinquantaine de pays. La déclaration finale de cette rencontre – menée à huis clos – parler «progrès sur une série de questions-clés» en perspective de la tenue de la COP22 ainsi que sur les résultats escomptés de cet évènement. Le dossier du financement du climat et de renforcement des capacités des pays en développement ont été remis sur la table. Les experts se sont aussi penchés sur l’Agenda de l’action mondial, les Contributions nationalement déterminées (NDC), le Mécanisme de Varsovie sur les pertes et dommages et le dialogue facilitatif, ainsi que le bilan mondial de 2018 (2018 Facilitative Dialogue and Global Stocktake).

    - L’Economiste: Nous sommes à quelques semaines de Marrakech. Quelle valeur ajoutée devraient apporter ces réunions informelles auxquelles vous venez d’assister?
    - Patricia Espinosa: D’abord, je suis très satisfaite des retombées de ces consultations. Je pense que ces discussions sont une excellente opportunité d’examiner les problématiques sur lesquelles nous devrons nous concentrer en vue de la Conférence de Marrakech. Je suis aussi satisfaite parce que nous avons perçu une véritable volonté positive auprès de toutes les délégations de contribuer, de façon constructive, à mettre en place les moyens d’implémentation de l’Accord de Paris. Il y a encore beaucoup d’actions à déployer sur le terrain, mais cet engagement prouve aussi que le progrès est possible et la volonté pour y arriver existe  bel et bien.

    - D’autant plus que l’actualité est marquée par les ratifications simultanées de l’Accord de Paris par les Etats-Unis et la Chine… Qu’est-ce qui devrait changer?
    - Ces décisions sont évidemment extrêmement importantes. Elles n’auront pas uniquement un impact positif sur les travaux de Marrakech, mais aussi, de façon plus générale, sur les acquis globaux obtenus jusque-là dans la lutte contre les changements climatiques. Je pense que le fait que les deux plus gros pollueurs du monde aient ratifié cet accord est extrêmement significatif. Je vous rappelle qu’il s’agit là de deux Etats qui ont toujours été  quelque peu réticents à prendre des décisions majeures pour s’engager dans l’agenda mondial contre le changement climatique. Je pense donc que ces annonces constituent des signaux très positifs et offrent davantage de possibilités pour l’application rapide de l’Accord de Paris. Elles vont, in fine, clairement avoir un impact sur les travaux de Marrakech mais aussi dans les actions urgentes à mettre en œuvre dans les années à venir.

    - Vous êtes issue d’un pays du Sud. Au-delà de votre casquette onusienne, quelles  devraient être, justement, les priorités des économies émergentes dans ces efforts sur le climat?
    - Ces pays sont déjà parmi les plus profondément touchés par la problématique des changements climatiques. C’est le cas pour le Mexique, pour le Maroc, par exemple, mais aussi pour de nombreux autres pays en situation de développement. Je pense qu’il est très important que les gouvernements et les législateurs au niveau de ces Etats puissent prendre réellement au sérieux cette situation. Parce qu’il s’agit là du bien-être de leur population respective. C’est de la responsabilité des gouvernants de développer de véritables capacités de résilience aux effets du changement climatique. Au Mexique et dans d’autres pays de la région, j’ai fréquemment été témoin des difficultés, suite à des catastrophes naturelles, à faire face aux pertes en vies humaines, d’infrastructures, qui parfois, ont  mis des décennies à être mises en place. Ce n’est qu’un exemple des effets terribles des perturbations climatiques. Il est donc devenu impératif que les gouvernants prennent leurs responsabilités. Les pays émergents ont les possibilités et les moyens d’y arriver, notamment avec l’aide des partenaires multilatéraux.

    - On vous a sans doute très souvent interpellée sur la différenciation à établir entre gros et petits pollueurs dans le prix à payer pour atteindre les objectifs climat… Quelle est votre position sur ce débat?
    - Je pense que cette problématique a été bien prise en compte dans les engagements obtenus à Paris. Tout le monde est d’accord: chacun de nous, que l’on soit petit ou grand pollueur, a une responsabilité vis-à-vis du réchauffement climatique. Mais l’Accord de Paris intègre aussi le fait que cette responsabilité est plus importante dans certaines régions du monde plus que d’autres, ou dans certains pays par rapport à d’autres. C’est à cet égard, d’ailleurs, que certains négociateurs exigent que les pays développés doivent soutenir les efforts financiers et techniques nécessaires aux programmes d’adaptation dans les pays en développement. En même temps, il faut reconnaître qu’il y a une volonté commune d’assumer cette responsabilité sur la situation actuelle de la planète.

    - Kigali, la capitale du Rwanda, s’apprête à abriter une réunion internationale pour la limitation, voire l’élimination des hydrofluorocarbures (HFC), substance à effet de serre. Quelles sont les chances d’aboutissement de cette mesure?
    - Je ne suis pas sûre de pouvoir personnellement me rendre à Kigali parce que l’agenda sur le changement climatique est extrêmement chargé. Mais le secrétariat de l’UNFCCC y sera bel et bien présent. Cet évènement sera en tout cas un autre moment historique pour prouver les engagements de la communauté internationale à adresser sérieusement la problématique du réchauffement climatique. En attendant, je pense que nous aurons un grand besoin d’intégrer tous ces efforts et ces actions, nous mettre à ramer dans le même sens et générer des synergies. L’heure n’est plus aux discours.

    Bio express

    Patricia Espinosa est une grande habituée des circuits onusiens. Ancienne ministre des Affaires étrangères du Mexique (2006-2012), elle est actuellement ambassadrice de son pays en Allemagne depuis 2013. Espinosa cumule une trentaine d’années de parcours dans les affaires internationales. Elle représente son pays dans plusieurs organisations internationales et multilatérales. La lutte contre les changements climatiques et la promotion du développement durable constituent ses domaines d’action de prédilection.

    Propos recueillis par
    Safall FALL

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc