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    Tribune

    Burkini or not burkini
    Qu’en est-il en France et au Maroc?

    Par Mohamed BENJELLOUN | Edition N°:4854 Le 09/09/2016 | Partager

    Mohamed Benjelloun est historien de formation, ancien directeur de l’Office des changes, ex-directeur central à Bank Al-Maghrib et conseiller du président Alami à la Banque commerciale du Maroc, devenue Attijariwafa bank, et ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris (Ph. L’Economiste) 

    L’Histoire implique de traiter avec probité aussi bien les faits révoltants que ceux qui entraînent l’adhésion ou posent problème. Ainsi de nombreux observateurs considèrent que la polémique du burkini a généré sa propre terminologie et même l’étymologie qui s’y rattache: le mot burkini semble être formé de deux racines dont les significations s’opposent. La finale kini provient de bikini, vêtement composé de deux pièces afin, d’après les Occidentaux, de libérer le corps de la baigneuse. Cette culture tient à célébrer la beauté féminine par des poètes et des peintres... Faut-il noter que c’est Jean-Jacques Rousseau qui, le premier, a invité les mères à allaiter publiquement leur nourrisson et que du temps de Madame de Pompadour les courtisanes se montraient très prudes. Finalement, les citoyennes en France n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1950. L’on n’était pas loin de la parution de cette œuvre vindicative de Simone de Beauvoir «Le deuxième sexe». Il va de soi que nous dénonçons dans cette culture, tout ce qui heurte fortement notre morale (le mariage pour tous par exemple...), mais nous y louons la pudeur comme vertu et le dénigrement du voyeurisme...

    Prisonnière dans l’anonymat

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    Au Maroc, le burkini se présente comme un symbole plutôt politique. L’effort de renforcement de l’islamisme politique s’avère insuffisant (esplanades des mosquées, relationnel à travers le circuit de Zakat, actions de bienfaisance, mesures électoralistes...) et inefficace (échec de l’interdiction de l’alcool, de l’apparentement avec les Frères musulmans)
    (Ph. AFP)

    La deuxième racine du mot sous revue provient apparemment de burka, vêtement imposé par les mollahs et les talibans en Afghanistan, et qui avait comme mission de soustraire à la vue des autres et le corps de la femme et sa personnalité. Toute personne féminine que Dieu a fait naître ainsi, devrait, en dehors de sa demeure, y être prisonnière dans l’anonymat afin de ne pas perturber les passants masculins. Exclue de la fonction publique et interdite de travailler dans le privé, une femme ne pouvait donc se trouver dans la rue que sur autorisation du père, frère, époux ou un tuteur dûment désigné... Tout cela nous éloigne du vrai sens du voile, lequel constitue même pour une femme consciente de sa dignité et de ses responsabilités un moyen d’imposer à autrui le maximum de respect à son égard.
    Au Maroc, le voile, le cas échéant, n’altère ni sa personnalité ni ses droits... car toute musulmane peut vivre sa spiritualité tout en exerçant toutes ses activités de citoyenne quels que soient le pays ou le lieu où elle se trouve et indépendamment de la culture de l’entourage. Elle peut être étudiante, employée, infirmière, enseignante, etc.

    Pas besoin de faux Aalem ni de fausses Mourchidates

    Après ces rappels historiques, il est à préciser que le burkini a été introduit en France plutôt comme symbole religieux. Inclus dans des mécanismes obscurantistes, il s’oppose aux enseignements de l’Islam de tolérance, meilleure protection contre l’endoctrinement terroriste. L’objectif recherché par une minorité (même sans preuve cette hypothèse n’est pas à exclure vu le climat d’attentats répétés instauré en France) n’est-il pas peut-être de prévenir les Français de confession musulmane contre toute assimilation par une culture qualifiée à tort de «mécréante»? La décision du Conseil d’Etat annulant l’interdiction communale se réfère à la liberté de conscience norme des droits de l’homme tels que souscrits auprès de l’ONU. Bien entendu le port du voile reste interdit dans les établissements scolaires en application de la loi sur la laïcité de 1905, laquelle stipulait que l’Etat ne finance aucune religion et prohibe le port de signes de cette nature dans les endroits susvisés.
    Au Maroc, le burkini se présente comme un symbole plutôt politique. L’effort de renforcement de l’islamisme politique s’avère insuffisant (esplanades des mosquées, relationnel à travers le circuit de Zakat, actions de bienfaisance, mesures électoralistes...) et inefficace (échec de l’interdiction de l’alcool, de l’apparentement avec les Frères musulmans). Donc, une islamisation profonde de la société devient impérieuse. Il est temps de remplacer la responsabilité individuelle de chaque musulmane aussi pieuse soit-elle par une responsabilité collective seule à même d’apprécier la tenue convenable sur la plage car c’est un devoir de montrer la bonne voie et de dissuader contre l’interdit. Les autres formations politiques souhaitent avant tout un effort en commun pour faire décoller notre économie dans les meilleures conditions possibles afin d’éradiquer ce fléau de pauvreté... L’Islam est notre religion à tous, nous n’avons pas besoin de faux Aalem ni de fausses Mourchidates pour nous le dire.

     

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