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Chronique

Burkini, le faux pas de Manuel Valls

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4848 Le 01/09/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

Il  y a un homme politique en ce cette période qui doit se sentir mal à l'aise ou qui doit jubiler d'excitation. C'est selon l'angle de vision qu'on saisit pour analyser sa séquence. C'est le Premier ministre Manuel Valls. La suspension par le conseil d'Etat de l'arrêté contre le burkini a été ressentie par les commentateurs comme un désaveu pour lui. Il a été un des rares à gauche à applaudir ces arrêtés et à investir pleinement pour soutenir les maires qui les ont pris. Son tonitruante intervention dans le journal «Le Monde», tranchée et pleine de certitudes, en est l'éclatante preuve de sa détermination. Sauf qu'en pleine polémique sur le burkini, il a  ouvertement été contredit, voire désavoué par deux ministres femmes importantes  de son gouvernement que sont Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale, et Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé.
La solitude de Manuel Valls est flagrante à l'heure où la gauche se cherche un leadership pour porter ses couleurs pendant les prochaines présidentielles. La candidature de François Hollande n'étant ni naturelle ni évidente, la gauche est toujours à la recherche de son astre fédérateur. Dans certains milieux, la candidature du Premier ministre aux primaires de la gauche, dans le cas où François Hollande renoncerait, paraît une sérieuse hypothèse de travail. Sauf que la polémique sur le burkini vient de brouiller davantage l'image de rassembleur de la gauche qui lui est indispensable pour le distinguer des autres profils aussi clivants que ceux d'Emmanuel Macron, Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon.
Déjà victime d'une réputation d'autoritaire, sanguin, impétueux qui lui colle à  la peau depuis le renoncement en rase campagne sur l'échéance de la nationalité et  le recours au fameux 49/3 qui lui garantit un passage en force

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Emmanuel Macron, ministre démissionnaire de l’Economie, et Manuel Valls incarnaient la ligne libérale au gouvernement. Les deux personnalités étaient en compétition sur plusieurs thèmes. Le départ de Macron laisse momentanément le champ libre à Manuel Valls (Ph. AFP)

de sa dernière loi sur le travail, Manuel Valls vient avec cette crispation nationale sur le burkini, renforcer son image droitière qui agace profondément ses détracteurs. Pendant sa fulgurante ascension, Manuel Valls a été baptisé aussi bien par ses amis que ses adversaires «Sarkozy de gauche».
Les premiers voulaient signifier la fermeté et la détermination de l'homme à ne pas laisser la préoccupation sécuritaire comme un apanage exclusif de la droite. Les seconds voulaient dénoncer sournoisement  ce qui est perçu comme les renoncements idéologiques et les  reculs sur les valeurs de gauche que certaines personnalités sont prêtes à accomplir pour arriver à conserver le pouvoir.
Isolé à gauche, Manuel Valls aura de plus en plus de mal à séduire et à incarner ce leader fédérateur dont la gauche a besoin pour battre une droite sur le retour et une extrême droite assurée de réaliser une grande performance lors des prochains scrutins. Le burkini aura eu ce dommage collatéral d'avoir poussé Manuel Valls à commettre ce faux pas qui l'éloigne davantage de la gauche classique.
D'un autre côté, il est difficile d'imaginer que ce que fait Manuel Valls pour sculpter son portrait et ses postures est simplement le fruit du hasard ou de la réaction spontanée, voire non réfléchie, sous la pression des événements. L'homme semble décidé à creuser son propre sillon, sans doute convaincu que cette gauche traditionnelle, incarnée par Martine Aubry ou Arnaud Montebourg, est en train de se réduire comme une peau de chagrin, avant de disparaître littéralement du paysage politique français. Manuel Valls, convaincu que le discours de gauche classique, «droit de l'hommiste», interventionniste jusqu'à l'assistanat, est en train de baisser pavillon. Il s'activerait donc à créer une autre offre politique qui permettait à une certaine forme de gauche de continuer à exister et à éventuellement séduire.
Sur le plan économique, les plans de Manuel Valls ont été quelque peu contrariés par l'irruption d'un homme comme Emmanuel Macron qui propose les mêmes offres et les mêmes ruptures. Sur le plan sécuritaire et sociétal, il reste unique dans son genre à proposer une thérapie ferme et énergique qualifiée de droite allant parfois jusqu'à provoquer un choc thermique au sein de sa propre famille politique.  
Manuel Valls donne cette impression de jouer le coup d'après. Ce qui laisse transparaître cette fatalité de passer la prochaine présidentielle par pertes et fracas. Toute sa démarche serait celle de l'homme qui prend date avec l'après-inévitable défaite.

Départ de Macron, une bonne affaire?

La démission d’Emmanuel Macron du gouvernement est un coup dur pour François Hollande et un signe de soulagement pour Manuel Valls. Dur pour Hollande car cela ajoute une fragilisation supplémentaire à sa gouvernance qui voit trois de ses anciens ministres le défier ouvertement en posant un regard sans concessions sur son bilan. Au point que certains sont persuadés que le geste de Macron n’est pas moins dur contre Hollande que la demande expresse formulée par Arnaud Montebourg à son égard de ne pas se présenter à un second mandat. Soulagement pour Valls car il voit se dévoiler un concurrent potentiel qui boxe dans la même catégorie que lui. Valls parie sur le fait qu’en dehors du gouvernement et privé des ressorts qu’offre la fonction ministérielle, le phénomène Macron risque de s’évaporer et son côté artificiel et surfait apparaître au grand jour.
Pour François Hollande, Macron et sa fracassante démission est un argument supplémentaire que la droite utilise déjà contre lui pour signer l’échec de son mandat et la nécessité de parvenir à une alternance en 2017.  Cette démission à de fortes chances aussi de brouiller les prochaines primaires à gauche dont l’enjeu principal est soit de redonner une nouvelle légitimité à François Hollande s’il décide de se représenter, soit de trouver une nouvelle personnalité capable d’incarner les espérances à gauche.

 

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