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    Veolia: «Polluer ne coûte rien, dépolluer coûte cher»

    Par Ali ABJIOU | Edition N°:4835 Le 15/08/2016 | Partager
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     Pour Antoine Frérot, le grand patron de Veolia, l’économie circulaire et la redevance carbone pour les pollueurs sont une nécessité pour protéger efficacement l’environnement  (Ph. Veolia)

    Pour Antoine Frérot, le président directeur général de Veolia Environnement, l’économie circulaire, recyclage et valorisation des déchets sont les principales armes pour affronter le dérèglement climatique. Le recours à une redevance «carbone» est une nécessité afin de réduire le gap entre pays riches pollueurs et pauvres non pollueurs, une idée qu’il compte défendre à nouveau lors de la 22e édition de la Conférence des Parties (COP22) qui se tiendra à Marrakech en novembre prochain.
     
    - L’Economiste: Les questions environnementales sont encore une fois posées sur la table à la veille de la COP22. Comment est vue par un industriel, un patron d’entreprise, cette problématique environnementale?
    - Antoine Frérot:
    La lutte contre le dérèglement climatique n’est pas seulement un problème d’énergéticiens. La non valorisation des déchets, la non réutilisation des produits usagés, le non recyclage accroissent fortement les besoins en énergie. L’enjeu est donc de développer une économie plus sobre en carbone. Nous devons passer d’une logique d’économie linéaire  «extraire-fabriquer-jeter» à un modèle circulaire où les déchets des uns deviennent les ressources des autres. La réutilisation des matières est moins émettrice de CO2 que l’extraction, la production et le transport de nouvelles ressources.
    Il faut également renforcer la lutte contre le gaspillage des ressources, en améliorant la performance des réseaux d’eau ou d’énergie. Recyclage et valorisation des déchets, production d’énergies renouvelables, efficacité énergétique constituent les fondements de cette nouvelle économie.  
     
    - Veolia a été un partenaire de choix pour la COP21 à Paris. Allez-vous maintenir la même mobilisation pour l’édition prochaine à Marrakech?
    - Comme j’ai eu l’occasion de le souligner lors d’un débat en avril dernier, auquel Mme la ministre de l’environnement du Maroc Hakima El Haite a assisté, dans la lutte contre le dérèglement climatique, l’accord signé à Paris en décembre dernier doit désormais devenir un levier pour agir. C’est tout l’enjeu: comment passer des promesses enthousiastes aux actions efficaces et concrètes. L’adaptation et le thème de l’eau seront au cœur des discussions du sommet.
    Veolia propose des solutions, tant pour ses installations que pour celles de ses clients à savoir: recyclage des eaux usées pour limiter la pression sur les ressources et les conflits d’usages, maîtrise de l’assainissement par temps de pluie, plans de continuité pour la fourniture de services essentiels lors d’événements extrêmes. Il est donc évident et naturel que nous maintenions à Marrakech notre mobilisation en faveur du climat.
     
    - Vous avez eu des positions très fermes envers la responsabilité des entreprises et des pays avec des amendes pour les pollueurs et des aides pour les non pollueurs. Comment peut-on appliquer ces notions dans les pays émergents?
    - Je soutiens l’initiative pour un prix du carbone robuste et stable permettant d’orienter les investissements vers des solutions bas-carbone. J’ai pris une position personnelle en faveur d’une redevance sur le principe «pollueur/payeur». Aujourd’hui, polluer ne coûte rien, dépolluer coûte cher. Tant que le coût de la dépollution demeurera supérieur à celui de la pollution, les émissions de gaz à effet de serre augmenteront. J’ai proposé qu’une initiative soit lancée au sein de l’Union Européenne. Un mécanisme financier au sein du Fonds Vert peut être recherché, pour ne pas pénaliser les pays en développement.
     
    - Vous plaidez pour une économie mondiale à bas carbone. Comment serait-elle définie?
    - On ne peut pas faire de politique environnementale forte avec des mécanismes de régulation faibles. Sans incitation financière ni réglementation ambitieuse, il est illusoire d’espérer gagner la bataille du climat. Aucune solution ne suffit isolément ; aucune entreprise, aucune collectivité, aucune nation ne peut à elle seule les déployer à une échelle suffisante. Si nous voulons «décarboner» l’économie et plafonner les quantités de carbone accumulées dans l’atmosphère, nous devons redoubler nos efforts de coopération et d’innovation.
     
    - Au Maroc, Veolia est présente dans différentes villes dont Tanger, comment se décline la vision environnementale du groupe localement?
    - La vision environnementale du groupe Veolia au Maroc réside d’abord dans son expertise dans la réalisation des systèmes de dépollution des littoraux rentrant dans ses métiers de base depuis la collecte des eaux usées jusqu’au rejet des eaux traitées/prétraitées, dans la mer à 2,2 km via les émissaires marins. C’est le cas à Tanger, Tétouan et Rabat et très bientôt à Salé. Ces systèmes de dépollution ont de nombreux impacts positifs sur les régions concernées tant sanitaires qu’économiques. Ils permettent de préserver l’environnement, de revaloriser et d’embellir les façades côtières et les oueds. Ils permettent également d’améliorer la qualité des eaux de baignade, pour de meilleures conditions de vie des citoyens, pour la santé et l’hygiène publiques et l’activité touristique.

    De la Compagnie générale des eaux à Veolia

    Ingénieur de formation, Antoine Frérot commence sa carrière en 1981 comme ingénieur chercheur au Bureau central d’études pour l’Outre-Mer (BCEOM), société spécialisée dans les grands projets de développement. Il rejoint la Compagnie générale des eaux en 1990, d’abord comme chargé de mission, puis, de 1995 à 2000, comme directeur général de la Compagnie générale d’entreprises automobiles (CGEA) et de CGEA Transport. En juin 2000, il est nommé membre du directoire de Vivendi Environnement (qui deviendra plus tard Veolia) et directeur général de la Connex, division transport du groupe.
    En 2010, il succède à Henri Proglio à la tête de Veolia. Après un premier mandat de 4 ans, le conseil d’administration de Veolia décide de le reconduire dans son poste jusqu’en 2018 pour finaliser la restructuration du Groupe.

    Propos recueillis par Ali ABJIOU

                                                                  

    Se diversifier au Maroc

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    Ci-dessus la station de traitement des eaux usées du littoral Tamuda Bay, un projet mené par Amendis filiale du groupe Veolia Environnement-Maroc (Ph. L’Economiste)

    Pour Veolia, la page de l’épisode de vente à Actis est définitivement tournée. «Nous allons continuer sur la même ligne pour le reste du contrat en nous concentrant plus sur l’exploitation, les investissements étant en grande partie réalisés», rappelle Frérot, le patron de la multinationale. C’est qu’il ne suffit pas de mettre en place des ouvrages très importants et complexes, il faut aussi désormais les exploiter de manière optimale et les maintenir en excellent état, rappelle le patron de Veolia. C’est une vraie expertise, notamment en matière de traitement des eaux usées. La dépollution est une technique très particulière qui nécessite des réglages très fins. Veolia a une expérience plus que reconnue dans ce domaine pour garantir une qualité de service acceptée et valorisée, insiste Frérot

    Par ailleurs, le groupe Veolia souhaite rester au Maroc pour développer ses activités dans ses autres domaines de compétence et d’expertise. «Nous chercherons à développer des partenariats avec les industriels pour accompagner leur performance environnementale, particulièrement dans les domaines de traitement des rejets liquides et solides, de réemploi en boucle fermée de l’eau pour les industriels comme nous le faisons déjà pour Renault à Tanger, de la gestion des déchets dangereux. Enfin, nous souhaitons proposer notre expertise en matière d’économie circulaire et valorisation de la matière comme le démantèlement de navires (acier-ferraille), la gestion intégrée de déchets (bois, papier, carton, plastique, métaux…) ou encore la production d’énergies «vertes» (CSR, biomasse, biogaz, cogénération)», poursuit Frérot.

     

     

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