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    Economie

    Polémique sur les déchets: Enquête en Italie pour mieux comprendre
    DNES à Pescara, Youness SAAD ALAMI

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4824 Le 29/07/2016 | Partager
    L’association des cimentiers veut mettre fin à une affaire «qui n’a pas lieu d’être»
    La valorisation du RDF ne présente aucun danger
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    Pour les dirigeants de la plateforme Deco à Pescara, «la production de RDF repose sur des résidus de plastiques, tissus, bois et cartons/papiers broyés, issus du traitement de déchets ménagers banals ayant subi une préparation en plusieurs étapes: tri, broyage, homogénéisation, bio-séchage et enfin conditionnement pour produire un combustible alternatif de qualité…et sans aucun danger pour la santé» (Ph YSA)

    Pour mettre fin à la polémique sur l’importation de déchets italiens et éclairer l’opinion publique sur la réalité des faits, l’Association professionnelle des cimentiers du Maroc (APC) a convié un groupe de journalistes à un voyage de presse, à Pescara (Italie), là où tout a commencé. Retour sur une importation qui a suscité une grande cacophonie.
    Fin juin 2016, une association locale proclamant la protection de l’environnement dénonce l’importation d’une importante quantité (2.500 tonnes) de déchets italiens entreposés au port de Jorf Lasfar. Rapportée par les médias, l’information fait rapidement grand bruit dans les réseaux sociaux. Après moult critiques, elle finit au Parlement. Bizarrement, au premier abord, c’est le groupe parlementaire PJD, leader de la majorité, qui questionne Hakima El Haïte, la ministre déléguée en charge de l’Environnement à ce propos. Il sera rejoint par le PAM et le PI. Puis, d’autres partis et ONG ont pris le train en marche. Politisant l’affaire et la rendant de plus en plus brûlante, certains ont porté plainte contre le gouvernement. La polémique bat son plein quand ce dernier décide, par voie de communiqué, le 14 juillet, l’interdiction de l’importation de tout type de déchets et la suspension de l’utilisation de la première livraison. «Une décision qui n’a aucune valeur juridique et qui a jeté le doute

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    sur la provenance de ces déchets et surtout leur contenance», estiment plus d’un. Sur place à Pescara, l’on affirme que «ces déchets ne présentent aucun danger». C’est ce qui a été expliqué aux journalistes qui visitaient, jeudi 28 juillet, la plateforme Deco là où la cargaison a été contrôlée, préparée, emballée, et exportée au Maroc. 
    Unanimes, Amina El Fassy El Fihry, Hind Baddag, Adil Guelzim et Jamal Hyabi, respectivement Chef du département communication de Ciment du Maroc, les directeurs «Activité traitement de déchets» d’Ecoval et «Activité combustibles et matériaux de substitution» de Cimat, et le Chef du département communication externe & relations publiques de Lafarge Holcim Maroc, rappellent qu’il s’agit avant tout d’une importation autorisée par le gouvernement. «Au Maroc, des dispositions obligatoires supplémentaires ont été mises en place, à l’initiative du ministère délégué en charge de l’Environnement et de l’APC, dans le cadre d’une convention signée entre les deux parties en avril 2015», explique-t-on. Et d’ajouter: «chaque mouvement de RDF (Refuse Derived Fuels) fait l’objet de contrôles qualité et ce, à plusieurs stades: lors de l’instruction du dossier de notification, en passant par les opérations de production du RDF au niveau du pays d’origine chez le producteur, puis avant le chargement du RDF au port d’origine, à l’arrivée des RDF au port marocain, et enfin à l’arrivée des RDF à la cimenterie». C’est uniquement à l’issue de ces contrôles et de leur conformité que le démarrage de la valorisation peut être lancé en présence d’inspecteurs du ministère de l’Environnement et des laboratoires LPEE (Laboratoire public d’études et d’essais) et/ou LNE (Laboratoire national de l’environnement) pour confirmer que cette valorisation ne génère pas de nuisances sur l’environnement. A ce titre, la composition des déchets reçus est parfaitement connue et maîtrisée. Toutes les analyses et fiches techniques devant figurer dans le dossier de notification. 
    Pour le cas des 2.500 tonnes de RDF, importées par Lafarge Holcim, la cimenterie travaille sur ce dossier d’importation depuis plus de 9 mois. «Nous avons

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    Fabrizio Deprio, PDG de Deco SA (à gauche) et Thomas Guillot de Geocycle Europe représentant Lafarge Holcim affirment qu’ils ont été très choqués par la réaction du Maroc, articles de presse... qui pourraient nuire a leur image. L’unité traite annuellement 270.000 tonnes de déchets transformés en RDF et réutilisés à 70% en Italie (30% exportés). Pour le Maroc, l’opération des 2.500 tonnes était seulement un test, qui a coûté au cimentier 24 euros la tonne, livrées à l’usine au Maroc (Ph YSA)

    sensibilisé nos ouvriers quant à l’utilité de ces produits et organisé un voyage, en février dernier, au profit des représentants syndicaux et responsables des collectivités territoriales (élus) à l’usine Deco de Pescara afin qu’ils puissent constater de visu le processus d’assemblage de ces RDF composés de plastique, tissus, bois et autres résidus qu’on peut toucher à la main et qui ne présentent aucune nocivité», selon Jamal Hyabi.
    Comme lui, l’ensemble de la délégation de l’APC reste perplexe par rapport aux rebondissements de cette affaire «qui n’ont pas lieu d’être». D’autant que ces produits alternatifs à l’énergie fossile ont été importés «légalement». Bien évidemment, le gouvernement a réagi suite au tollé provoqué sur les réseaux sociaux. Toutefois, sa décision n’a fait qu’alimenter la polémique. A Pescara, les dirigeants de la plateforme Deco ne comprennent pas non plus comment cette affaire a pu prendre une telle dimension. 

    Valoriser 20% des déchets marocains

    Pour le Maroc, engagé sur la voie du développement durable, la valorisation des déchets propose une alternative à l’enfouissement et à l’incinération. En effet, ce sont annuellement quelque 7 millions de tonnes de déchets ménagers qui sont produits. Le Royaume entend valoriser 20% de ses déchets en RDF, à l’horizon 2020. Ce qui lui permettrait de gagner 3% du PIB. Notons que la valorisation des RDF en cimenterie est reconnue comme ne générant aucun résidu (aucun «déchet ultime»). Les émissions des cheminées font l’objet de suivi en continu et de contrôles externes par des laboratoires agréés (LPEE...) et respectent les normes européennes en matière de rejets impactant la santé à savoir les métaux lourds et les dioxines et furannes. Pour Adil Guelzim, «l’industrie cimentière est un acteur majeur dans la valorisation des déchets, qui sont utilisés, en substitution des énergies fossiles, dans les fours de nombreuses cimenteries. Les déchets des uns deviennent ainsi les ressources des autres». «Ce procédé, sûr et réglementé, est reconnu par de nombreux pays comme une solution respectueuse de l’environnement. Elle revêt de nombreux atouts environnementaux, sociétaux et économiques à la fois pour les usines et les communautés locales», souligne le responsable de Cimat. Outre réduire les émissions de gaz à effet de serre en diminuant l’utilisation de combustibles fossiles, économisant ainsi des ressources naturelles non renouvelables, ce procédé permet, selon lui, d’offrir aux populations, aux collectivités et aux industriels une alternative à l’enfouissement et l’incinération des déchets en les valorisant et en contribuant à la création d’une filière locale et des emplois associés. A cet effet, plusieurs projets de plateformes déchets sont prévus au Maroc. Le premier devrait voir le jour à Oum Azza à Rabat pour un investissement de 55 millions de DH. Il sera financé par Lafarge Holcim. Auparavant, il faut ancrer le tri dans le processus de collecte des déchets. Car, à l’état actuel des choses, les déchets ménagers marocains sont inadaptés à une utilisation industrielle. Ils ne sont pas triés et sont humides. Et très peu d’unités de tri et de préparation des combustibles alternatifs existent. 

     

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