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    1000 milliards de Dollars de chiffre d'affaires en l'an 2000 : Le grand enjeu de la planète informatique

    Par L'Economiste | Edition N°:204 Le 16/11/1995 | Partager

    Les grands opérateurs mondiaux en télécommunications se battent en Amérique et en Asie autour des grands marchés qui feront de la télévision de demain une machine interactive, pour s'informer, se distraire, travailler.


    La folie a saisi la planète informatique; non seulement les opérateurs du monde entier se pressent pour devenir des acteurs efficients de l'Internet, mais en outre se battent-ils pour prendre pied sur le nouveau marché du multimédia.
    De quoi s'agit-il? Tout simplement d'une nouvelle manière pour les hommes de se distraire et d'apprendre, de s'informer et de communiquer, mais de manière "interactive".
    L'Internet est un premier pas dans cette direction. Mais il va demeurer essentiellement destiné à la partie la plus éduquée de la population mondiale. Dans la prochaine décennie, les choses vont encore évoluer davantage, à savoir que le grand public aura lui aussi accès aux techniques nouvelles. Explications: ce dont les grands opérateurs mondiaux des télécommunications et de l'informatique sont persuadés, c'est que nos téléphones et nos téléviseurs vont évoluer vers des machines communicantes.
    Notre banal poste de télévision, par exemple, deviendra un "terminal multimédia". Le téléspectateur pourra, non seulement choisir un film qu'il souhaite voir sur son écran, mais encore le "traiter" comme si ce dernier était en train de passer sur son magnétoscope: arrêt sur image, retour arrière, avance rapide, etc Monsieur-tout-le-monde pourra participer en direct à des jeux télévisés, faire ses courses en choisissant ses achats sur son écran de télévision, écouter des disques laser dont il ne dispose pas chez lui. Bref, entrer de plain-pied dans l'âge du multimédia. Toutes les techniques pour procéder de la sorte existent déjà. Et les grands opérateurs ont entamé les grandes manoeuvres: il n'y a plus un seul stock de films à vendre, et les regroupements majeurs se sont déjà produits entre les industriels, comme Time Warner et Turner.

    La bataille fait rage


    L'étape suivante va, de nouveau, engager des milliards de Dollars d'investissements. Il s'agira de changer les réseaux de télécommunications arrivant jusqu'au domicile de chacun. Car il n'est pas question d'envisager que les images télévisées, dévoreuses de capacités de "transport", puissent transiter par les lignes téléphoniques normales. Sur Internet, on peut bien sûr télécharger des images animées. Mais quelques secondes de films vont nécessiter plusieurs dizaines de minutes de connexion. Pour transférer des images dans de bonnes conditions, il faut des fibres optiques, aux capacités beaucoup plus considérables que celles du réseau téléphonique, et compatibles avec les énormes quantités d'informations numériques que le multimédia exige. Qui seront les opérateurs de ces réseaux câblés? Les compagnies de téléphone, ou celles gérant actuellement les stations de télévision?
    Aux Etats-Unis, la bataille fait rage: dès lors qu'un opérateur possède un réseau de fibres optiques, plus rien ne l'empêche de faire transiter dessus n'importe quelle information; qu'il s'agisse de communications téléphoniques ou d'émissions de télévision.
    Si l'enjeu est absolument énorme, c'est que les analystes évaluent le chiffre d'affaires mondial dans le secteur des télécommunications à 1.000 milliards de Dollars par an, au bas mot, dès l'an 2000. Soit le double de ce qu'il était en 1993. De quoi faire saliver les plus énormes appétits. Aux Etats-Unis, Internet et les fibres optiques sont devenus la folie des investisseurs, qui envisagent sans état d'âme de "mettre au pot" les cent milliards de Dollars nécessaires pour câbler chaque foyer.

    Le retard français


    Les investissements nécessaires en Asie sont du même ordre. Mais il faudra 200 milliards de Dollars pour l'Europe. Sur le vieux continent, où tous les grands opérateurs des télécommunications sont traditionnellement assis sur les tas d'or générés par les rentes de situation permises par les monopoles d'Etat, on se place dans les starting blocks, avec des talents divers, à la déréglementation dans le secteur en 1998. Mais tous n'en sont pas au même point de préparation. Le personnel de France Télécom, par exemple, se bat contre la privatisation, alors que tous les acteurs savent qu'elle constituera le seul moyen pour le grand opérateur français de faire face aux défis qui le menacent. Les Français, paradoxalement, ont complètement manqué le virage de l'Internet. La tradition centralisatrice et colbertiste les avait conduits à privilégier, il y a une quinzaine d'années, l'aventure technologique nationale du Minitel. Un système intelligent mais extrêmement cher pour les consommateurs, et surtout complètement fermé, et incompatible avec ce qui existe ailleurs dans le monde, surtout Internet. Résultat: il y a fort à parier que les sept milliards de Francs de chiffre d'affaires générés chaque année en France par le Minitel vont basculer -en tout ou en partie- vers un Internet gratuit, nettement plus convivial, autrement plus puissant et surtout ouvert sur le monde L'opérateur télécom ne compensera pas par les communications téléphoniques générées par les connexions les fabuleux profits qu'il a engrangés pendant plus d'une décennie. Mais qui s'en plaindra? Pas le consommateur, en tout cas!

    Jean GUISNEL

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