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L'Edito

Angoisse

Par L'Economiste| Edition N°:731 Le 23/03/2000 | Partager

La sécheresse est une angoisse collective. Elle est assez forte pour induire des comportements attentistes jusque dans les secteurs qui ne sont pourtant pas concernés. En quoi les exportations de textiles façonnées en AT peuvent-elles bien souffrir du manque de pluie? Pourtant, elles se sentent impliquées. Ce n'est pas une donnée rationnelle, pourtant c'est une donnée objective. Donc, pas de doute, la sécheresse est une question politique de première importance. Evidemment, le gouvernement ne fait pas tomber la pluie, mais quand on est dans le domaine politique, à fortiori quand on est un gouvernement ayant une légitimité des urnes, la sensibilité à l'opinion publique devrait être une seconde nature. En principe, un tel gouvernement devrait facilement deviner que dans le domaine de la sécheresse ce n'est plus la rationalité qui compte. Ce sont l'intelligence des attitudes et du calendrier, le maniement des images, des idées et des actions qui montrent aux citoyens que le monde politique est à leur service, qu'il cherche à répondre à leurs attentes. Le ministre de l'Agriculture l'a bien vu, il y a quinze jours au Parlement, quand son discours a été si mal reçu: la position gouvernementale avait déjà deux mois de retard sur l'angoisse collective. Les élus n'ont fait que refléter le sentiment d'abandon des citoyens.Or, ceux-ci savent qu'il ne faut plus rêver d'un Maroc agricole, qui retiendrait sans casse une forte partie de sa population loin des villes, petites ou grandes: le Maroc est trop longtemps, trop souvent sec.Dans cette certitude, la stratégie doit se faire et se dire en trois volets inséparables: le palliatif, pour porter secours immédiatement à ceux qui s'enfoncent dans la misère, le curatif pour sauver ce qui peut l'être dans un système raisonnablement productif et rentable et, volet essentiel, le préventif. Sur ce point, il ne s'agit pas d'apporter l'eau inexistante à des coûts exorbitants, mais d'organiser un projet de société qui enfin tiendrait compte de ce que le Maroc est sec.Nadia SALAH

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