Baromètre mondial de la corruption 2009
 
Le privé, loin d’être «propre»
 
· Une des nouveautés relevées par Transparency

· Fonctionnaires, partis politiques et policiers parmi les plus corrompus


· Des ménages affectent 1 à 10% de leur revenu annuel au bakchich



Le Baromètre mondial de la corruption 2009, publié hier mercredi par Transparency International (TI), révèle un sentiment de méfiance croissant à l’égard des entreprises. Dans ce cadre, plus de la moitié des personnes interrogées estiment que le secteur privé a recours à des pratiques de corruption pour influencer les politiques publiques, la législation et les dispositions réglementaires. L’enquête, réalisée auprès de plus de 73.000 personnes dans 69 pays a également dévoilé que la corruption au quotidien frappe de plein fouet les populations les plus pauvres du monde.
Au Maroc, sur les 500 ménages sondés, 80% sont assez à extrêmement certains qu’ils ne résoudront leur problème qu’après avoir donné des pots-de-vin. Les chiffres, annoncés hier par Transparency Maroc (TM), interpellent fortement l’ensemble des personnes et entités concernées.
L’administration, le système juridique, les partis politiques sont perçus, en moyenne, parmi les secteurs et institutions les plus corrompus. Les policiers font également partie des agents les plus touchés par la corruption. De ce fait, plus de la moitié des ménages interrogés (58%) paient des pots-de-vin à la police. La population marocaine a aussi un fort contact avec les services de la justice, d’enregistrement et des autorisations. En outre, 90% des ménages perçoivent la «gravité» de la corruption politique dans le domaine de la gestion du foncier.
En comparaison avec les conclusions du baromètre réalisé en 2006, les scores convergent vers les mêmes résultats. Ainsi, une bonne majorité est disposée à payer une grosse somme pour ses achats auprès des entreprises «propres» (non corrompues). De plus, 13% des ménages affectent 1 à 10% de leur revenu annuel au versement de pots-de-vin dont la valeur est estimée en moyenne entre 250 et 750 DH, au cours des 12 derniers mois.
Certes, la corruption est un sérieux problème d’actualité politique, cependant elle est en train de «se banaliser». Selon les résultats du baromètre, 64% des sondés considèrent que l’action actuelle du gouvernement est assez à très «inefficace» pour lutter contre le phénomène. Pire encore! Seulement 18% des ménages interrogés ont formulé une plainte et 67% pensent que cette action n’aurait été d’aucune utilité. Globalement, la population marocaine affirme qu’elle ne dispose pas des moyens pour s’opposer et porter ainsi plainte.


Regagner la «confiance» des citoyens


Le Baromètre mondial de la corruption, désormais à sa 6e édition, s’appuie sur les données issues du sondage dit «Voice of the people» (la voix du peuple) ainsi que d’autres enquêtes. Cette année, le sondage dévoile des réponses recueillies entre octobre 2008 et février 2009 auprès de 73.132 personnes dans 69 pays et territoires du monde entier. Les questions ont porté sur l’expérience vécue par les personnes interrogées en matière de petite corruption, sur leur perception de la présence de pratiques corrompues au sein des institutions, et sur leur opinion concernant l’intégrité du secteur privé et l’efficacité des pouvoirs publics dans la lutte contre la corruption. Les résultats ont reflété les conclusions des éditions précédentes (partis politiques, administration et institutions parlementaires sont parmi les plus touchés par la corruption).
La nouveauté provient cette année des critiques croissantes exprimées à l’égard du secteur privé et de la volonté du public de payer plus cher pour des biens et des services émanant d’entreprises saines. Ainsi, le Baromètre 2009 montre clairement que le secteur privé comme le public a beaucoup à faire pour regagner la «confiance» des citoyens.

Bouchra SABIB