Tourisme: Boussaïd redoute 2009
 
· Le ministre mise sur son plan de sauvetage

· Une équipe public/privé pour le suivi et le pilotage


· RAM et ONDA totalement impliqués



LE ministère du Tourisme met le paquet pour sauver le secteur. D’ailleurs, il bénéficie de l’appui de tous les opérateurs, institutionnels et privés. Son projet de «task-force», pour anticiper des effets négatifs de la crise internationale, suscite en effet l’adhésion de tous. Une sorte de cellule de suivi est constituée, composée des présidents de la Fédération nationale du tourisme (FNT), de l’Observatoire du tourisme (OT), des quatre fédérations métiers du secteur touristique: des hôteliers (FNIH), des agences de voyages (FNAVM), du transport touristique (FNTT), des restaurateurs (FNR), ainsi que des présidents des Centres régionaux du tourisme (CRT). Après avoir multiplié les discours rassurants, le ministre du Tourisme redoute les effets de la crise pour 2009. Mais Mohamed Boussaïd, le ministre, dit avoir les moyens et les hommes pour minimiser, le cas échéant, les dégâts.
Décliné comme «une réponse concertée avec une démarche participative» entre les différentes parties, Cap 2009 vise à limiter l’impact de la crise sur le secteur. Dévoilée le 23 décembre à Casablanca, cette batterie de mesures (additionnelles, concrètes et tactiques pour accompagner le secteur face aux défis de 2009) devrait entrer en application à la mi-janvier. Les actions transversales ainsi que les actions spécifiques identifiées, à décliner dans les différentes régions touristiques, en concertation avec les opérateurs locaux, seront placées sous la responsabilité des CRT. Le suivi et le reporting sont confiés à un comité présidé par l’Observatoire du tourisme et composé de la FNT, de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et du ministère.
Dans les détails, Cap 2009 procède de quatre objectifs: atténuer l’impact de la crise internationale sur le court terme par le lancement d’actions nationales pour consolider nos parts de marché. Elles avaient augmenté de 13% en 2007, soit plus de 7,4 millions d’arrivées de touristes internationaux, juste derrière l’Afrique du Sud (l’Egypte avec 10,6 millions de touristes est classée par l’Organisation mondiale du tourisme dans le marché du Moyen-Orient). Les prévisions à fin octobre affichent une évolution de 6,3% en termes d’arrivée et un peu plus de 6% également en termes de positionnement par rapport aux destinations concurrentes, devant la Tunisie, Chypre et les Iles Canaries (voir infographie).
Mais face aux incertitudes qui pèsent sur l’économie mondiale, Boussaïd se refuse à tout pronostic. Il appelle cependant les opérateurs à se mobiliser «pour défendre nos parts dans les marchés émetteurs traditionnels et conquérir de nouveaux marchés».
Maintenir l’attractivité de la destination Maroc en donnant plus de gages pour entretenir surtout la dynamique des investissements en cours et la confiance des opérateurs impliqués dans les grands projets. Notamment les aménageurs-développeurs, les banques et les institutionnels. Il s’agit aussi de consolider les parts de marché des destinations émettrices, en intensifiant la communication et les contacts de proximité auprès des tour-opérateurs, médias et autres prescripteurs. Enfin, il est question de préparer et anticiper la sortie de crise par une communication soutenue sur les actions réalisées au titre du plan Cap 2009.
A noter que ce plan ne met pas entre parenthèses le processus de la Vision 2010, mais constitue «un ensemble d’actions complémentaires pour répondre à d’éventuels effets de la crise sur le secteur du tourisme», insiste à l’envi Boussaïd. Le ton volontariste du ministre tranche avec les prévisions pessimistes des experts de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). En effet, ces derniers annoncent que «le tourisme mondial subira un ralentissement pour atteindre seulement 2% de croissance en 2008 par rapport à 2007». Pis encore, l’organisation prévoit une croissance de 0% en 2009.
Mais pas question pour les opérateurs publics ou privés de baisser les bras. «On peut tirer profit de cette conjoncture», rappelle le ministre. De son côté, Kamel Bensouda, président de l’Observatoire du tourisme, appelle aussi à «éviter le panic management». Pour lui, il ne faut surtout pas prendre des décisions hâtives, ou mener des actions dans la précipitation à fort risque sur le moyen terme.
La «positive attitude» des acteurs du secteur suffira-t-elle à sauver l’activité? Oui, répondent en chœur les opérateurs, qui estiment qu’à côté du discours volontariste, il y aura des actions de même nature qui seront engagées. A ce titre, le directeur général du Conseil régional du tourisme de Casablanca est éloquent. La rallonge de 50 millions de DH, au titre de la loi de Finances 2009, pour la promotion du tourisme est une aubaine. Pour Saïd Mouhid, «ce budget spécifique permettra de mener des opérations ponctuelles, en l’occurrence amorcer de nouveaux marchés, organiser des éductours au profit des journalistes et tour-opérateurs». En clair, cette rallonge budgétaire va permettre aux acteurs de la promotion de la destination Maroc d’initier des opérations impossibles auparavant, faute de moyens.
Mais est-ce que toutes les actions annoncées dans le Cap 2009 sont réalisables? Le directeur général du CRT de Casablanca nuance. «Certes, toutes ces actions ne sont pas à effet immédiat, mais elles imprimeront à coup sûr une nouvelle dynamique, en ce sens que cette manne va libérer de nouvelles énergies». Plusieurs axes ont été retenus par ce plan de sauvetage: la promotion pour attirer davantage de touristes, le référencement de la destination auprès des TO, le développement des achats en ligne, la communication sur les marchés émergents. Il s’agit aussi de mettre en place le Moroccan convention bureau (MCB), une structure mixte à fonds publics et privés essentiellement dédiée au MICE (Meeting, incentive, congress & events), formule qui existe à Paris, Tokyo, Madrid… Dans ce chapitre, les porteurs du Cap 2009 mettront en place des moyens de soutien aux nouvelles destinations et capacités programmées, par le développement de lignes aériennes. Là, la compagnie aérienne nationale a son rôle à jouer. D’ailleurs, elle l’a déjà prouvé -après la série d’annulations de près 30% des vols charters sur le Maroc- en ouvrant ses vols réguliers aux TO. Le président de l’Observatoire du tourisme voit dans ce geste «une totale implication de Royal Air Maroc dans le secteur du tourisme».
Renforcer le positionnement du Maroc à l’étranger, en multipliant les actions de communication et en participant aux Salons professionnels. Ceci passe avant tout par le renforcement de la couverture médias à l’international et la multiplication des programmes évènementiels pour consolider l’image de la destination.
L’un des axes s’articule autour du programme Kounouz biladi pour développer le tourisme interne. L’on parle de nouvelles offres adaptées, sachant que ce programme ne donnera ses fruits, au plus tôt, qu’à fin 2009. «Reste à monter des formules adaptées week-end et vacances», explique Abdelhamid Addou, directeur général de l’ONMT. Une façon, peut-être, de «faire beaucoup mieux que la moyenne internationale (0% de croissance en 2009) et défendre nos parts de marché», renchérit Boussaïd. Pour cela, il faut tendre la perche aux MRE, qui représentent près de la moitié des 7 millions de touristes internationaux. Ils sont une garantie en ces temps de crise. D’autres axes portent sur l’amélioration de l’expérience touristique du client, l’entretien de la dynamique d’investissement et le renforcement de l’accompagnement institutionnel.
De l’efficacité du système de pilotage du Cap 2009, dépendra le succès de ce plan ambitieux devant combiner une vision courte avec succès immédiat et impératif à plus long terme.


L’ONDA s’implique


L’Office national des aéroports entend jouer pleinement sa partition dans la nouvelle démarche concoctée par les acteurs du tourisme pour parer aux éventuels effets négatifs de la crise. Son directeur général, Abdelhanine Benallou, présent à la cérémonie de présentation du plan Cap 2009, promet d’adapter les services de l’ONDA à la conjoncture. Benallou décide ainsi de baisser de 50% les redevances aéroportuaires pour les moyens courriers et compagnies charter opérant dans des créneaux horaires peu gênants pour les lignes régulières. Voilà qui ancre définitivement l’ONDA dans la continuité de son plan stratégique 2008-2012. Preuve, la réduction des redevances a donné ses premiers résultats: 50 nouvelles lignes et 150 nouvelles liaisons aériennes.

Bachir THIAM