Crise financière: La recette Zouhair Chorfi
 
· Doper le commerce extérieur

· Soutenir la demande intérieure



«POUR ne pas être impacté par la crise financière internationale, il faut vraiment être en dehors de la planète!» Anecdotiques, les propos de Zouhair Chorfi, à l’occasion de la conférence annuelle organisée par Attijariwafa bank, ont le mérite d’être au moins terre à terre. Pour le directeur du Trésor et des finances extérieures, si le Maroc peut se targuer d’avoir un PIB en hausse régulière, c’est grâce à la diversification de ses sources de croissance, tels que le secteur du BTP, des télécommunications… Mais cette croissance a été davantage tirée par la demande intérieure à travers ses deux composantes, la consommation et l’investissement, ce qui réduit notamment le rôle de la demande extérieure. «Cette indépendance place le Maroc dans une situation plus ou moins confortable», souligne Chorfi, qui insiste sur les performances du Maroc en matière de gestion de l’inflation. En effet, «à fin septembre 2008, le taux d’inflation en glissement annuel ressort à 3,3% au lieu de 2,5% un an auparavant», explique Chorfi. Au niveau de l’épargne et de l’investissement, «nous avons vécu avec un excédent pendant six ans et depuis 2007 nous avons un compte courant en quasi-équilibre, proche de 0 et -1%. Cet excédent du compte courant a permis une naissance de liquidités chez les acteurs économiques».
Concernant les effets de la crise, «pour les pays émergents qui dépendent des ressources extérieures, et dont la position extérieure est fragile, l’impact est direct et immédiat», prévient Chorfi. L’ensemble des pays émergents devraient pâtir, à différents degrés, du ralentissement de la demande extérieure émanant des pays développés. Cependant, à en croire l’orateur, le Maroc a une position extérieure solide. Les engagements du Royaume en devises envers les banques internationales représentent moins de 20% de son PIB. Par ailleurs, la dépendance des agents économiques vis-à-vis des financements extérieurs reste marginale grâce au développement des marchés de capitaux domestiques. Les engagements extérieurs des banques marocaines demeurent également faibles, puisqu’ils représentent seulement 1,2% de leurs ressources. Pour ce qui est des entreprises marocaines, leurs engagements en devises représentent à peine 3,3% des crédits qui leur sont accordés par les banques. S’agissant de la dette extérieure publique, elle s’est élevée à 130 milliards de DH à fin juin 2008, et représente dans sa quasi-totalité une dette à moyen et long termes. De plus, elle est dominée par la dette à l’égard des institutions financières internationales (51%) et des créanciers bilatéraux (37%). Pour ce qui est des banques internationales, leur part est de 12,2% à fin juin 2008 contre 18,4 % en 2003.
Comment expliquer cette faiblesse des engagements en devises?
Selon Chorfi, «les conditions de financement pour les entreprises sont meilleures sur le marché domestique, en raison de la réforme du secteur financier. De plus, la maîtrise du déficit budgétaire et le développement du marché des bons du Trésor ont permis la réduction du poids de la dette extérieure publique, puisque celle-ci représente en 2007 moins de 20% du PIB contre 44% en 2000».
Le projet de loi de Finances 2009 a été élaboré de manière à stimuler la demande intérieure et à renforcer la résilience de l’économie nationale. Ainsi, l’investissement public sera en forte progression. Une enveloppe de 44 milliards de DH sera ainsi débloquée pour soutenir la consommation, améliorer le pouvoir d’achat, et garantir la stabilité des prix (34 milliards de DH). A signaler aussi l’augmentation des salaires (3,5 milliards), la réduction du prélèvement fiscal sur les revenus (4,8 milliards de DH), ainsi que l’introduction de mécanismes de soutien aux démunis (1,5 milliard de DH). En outre, le budget de 2009 intègre également la diversification des sources de la croissance, via le renforcement des stratégies sectorielles.
Ainsi, concernant le secteur agricole, le plan Maroc vert sera axé sur deux piliers: le développement d’une agriculture à forte valeur ajoutée et à haute productivité, tourné essentiellement vers l’export, soit un investissement de 120 milliards de DH sur la période 2009-2020. Le second pilier concerne la mise à niveau solidaire du tissu productif au profit de 800.000 agriculteurs, notamment à travers la reconversion et le développement des activités agricoles locales, pour un investissement d’environ 20 milliards de DH, sur la même période. En raison de l’importance de ce secteur pour l’économie nationale, les crédits alloués à l’investissement ont progressé de 1,6 milliard de DH en 2008 à 4 milliards de DH en 2009, soit une augmentation de 2,4 milliards (+150%)
Le renforcement des secteurs exportateurs s’articulera autour de plusieurs aspects. Le tourisme en sera le fer de lance, avec l’allocation d’une enveloppe de 823 millions de DH, soit une augmentation de 11% par rapport à 2008. De manière générale, les crédits consacrés au secteur du commerce extérieur augmenteront de 40%. La promotion des exportations sera également soutenue via la création d’un fonds de 500 millions de DH, dont 250 millions pour 2009. Cependant, même avec le choc extérieur, la croissance prévue dans la loi de finances de 2009 reste quand même de 5%. «Nous avons un match dur à jouer, mais je suis sûr qu’on pourra s’en sortir», assure le directeur du Trésor.
Selon les prévisions du directeur du Trésor pour l’année 2009, les effets de la crise seront limités. Ils se manifesteront par un ralentissement des exportations, un tassement des recettes touristiques, une quasi-stagnation des IDE, faible évolution des transferts des MRE. Néanmoins ces effets négatifs seront contrebalancés par la vigueur de la demande intérieure, qui demeurera le principal moteur de croissance. Autre facteur positif, la baisse du cours du pétrole qui devrait se situer en 2009 aux alentours de 70 dollars le baril. Sans oublier le ralentissement des importations sous régime de l’admission temporaire.
A fin septembre, les importations des biens d’équipement et des demi-produits sont en augmentation respective de 27 et 22,4%. Les crédits à l’économie connaissent pour leur part une progression soutenue de 12,3%. Les termes des échanges sont également favorables: +20% à fin septembre. Sans oublier la bonne performance sur le plan de l’exécution de la loi de Finances 2008, ainsi que la réduction du poids de la dette du Trésor.

H. E. & A. B.