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| Ali Fassi-Fihri retourne à l’ONE |
| · Il retrouve une situation comparable à celle de 1994 · Fortes tensions sur l’offre et finances très dégradées · Péché originel: l’ONE n’a pas le pouvoir de sa stratégie C’est donc Ali Fassi-Fihri qui va prendre en charge la gestion de l’électricité, après limogeage, vendredi 14 novembre 2008, de Younes Maamar. En fait, Ali Fassi-Fihri retrouve l’Office national de l’électricité où il a été directeur adjoint. Il y est resté jusqu’en 2001, jusqu’à la fin du redressement de l’Office, avant de partir vers un siège plus tranquille, la direction de l’Office national de l’eau potable: l’Onep, ayant un ministère de tutelle, les Travaux publics, plus transparent, donc plus sérieux et mieux organisé que le ministère de l’Energie et des Mines, a eu une vie moins éprouvante que l’ONE. Fassi-Fihri avait été nommé directeur adjoint de l’ONE, en avril 1994, aux côtés de Driss Benhima (DG) et d’Amar Drissi (directeur financier), pour s’occuper d’une situation d’urgence: des délestages très graves par manque de production et une situation financière catastrophique (cf. www. leconomiste.com du 14 avril 1994). Le trio dit «de choc» avait été nommé d’urgence, sous le gouvernement de Mohamed Karim-Lamrani, (lequel devait être limogé à son tour quelques semaines plus tard). Aujourd’hui, le même scénario a donc été joué, contre Younes Maamar. Le monde économique est resté traumatisé par ces délestages qui avaient duré plus d’un an, dans le cœur industriel du pays, sans compter la mise en panne des grands consommateurs qui sont aussi des producteurs stratégiques comme l’OCP, les cimenteries… La CGEM avait tenté de calculer l’impact sur le PIB, mais n’a pas publié ses conclusions à cause des pressions gouvernementales. On pensait que la perte de PIB devait se situer entre 1 et 2 points, avec ses conséquences obligées sur le chômage et la pauvreté. Cette expérience désastreuse explique évidemment l’extrême sensibilité des opérateurs et de l’opinion publique aux actuels délestages, même si ces derniers n’ont pas l’ampleur des coupures du début des années 90. Fassi-Fihri trouve une situation de production moins grave que celle à laquelle il avait fait face, il y a quatorze ans. Il n’empêche que les actuelles difficultés sont moins justifiables qu’à l’époque. En 1994, en effet, le Maroc venait tout juste de sortir de dix ans d’ajustement structurel, où chaque DH était compté et où il manquait cruellement de réserves en devises (avec ce que cela implique sur la défiance des fournisseurs et financiers étrangers): difficile dans ce contexte de lancer des investissements de l’importance d’une centrale électrique. Depuis, le cadre a changé du tout au tout: les finances publiques se portent bien. Par deux fois, le budget de l’Etat a affiché des excédents alors que les réserves en devises caracolent régulièrement, et depuis 10 ans, au-dessus des huit mois d’importations. Et puis la taille du Maroc n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a vingt ans: aujourd’hui, on parle en milliards ou dizaines de milliards; à l’époque, on comptait en dizaines de millions. Ce changement de taille vient de l’accélération de la croissance, qui commande une accélération du taux d’appel de l’électricité. Le Maroc vivotait avec un taux de croissance de la consommation de 2 à 3% par an, il est passé depuis quatre ans à des rythmes de 8 à 9% l’an, avec des pointes au-delà de 10% dans les zones en boom économique comme Marrakech ou Tanger. Nulle raison objective donc de ne pas avoir fait les investissements électriques qui s’imposaient… et pourtant ils n’ont pas été faits. Sur le plan financier, l’ONE d’aujourd’hui n’est pas très éloigné de l’ONE du début des années 90. A cette époque, l’Office n’arrivait pas à se faire payer régulièrement par les Régies, lesquelles, dépendantes du ministère de l’Intérieur, étaient fort mal gérées, mais fort bien protégées. Officiellement, les arriérés se montaient à 4 milliards de DH, une somme colossale à l’époque, qui représentait, par exemple, le quart de l’ensemble du programme annuel d’investissements de l’Etat. Par moment, y compris au cours de l’année 1994, l’Office n’avait ni la trésorerie ni le crédit nécessaires pour payer ses factures de pétrole. Aujourd’hui, Ali Fassi-Fihri retrouve une situation comptable préoccupante. Si l’on transformait l’Office en société anonyme (comme cela a été fait pour l’OCP, de manière à isoler l’exploitation phosphatière des contingences -et des gourmandises- politiques), le premier juge venu enverrait le Premier ministre tout droit en prison, simplement en appliquant les dispositions légales en matière d’insuffisances financières. De manière incompréhensible, les alertes lancées par le DG remercié, Younes Maamar, sont restées sans suite. Le redressement de la structure financière de l’ONE ne figure même pas dans le plan stratégique présenté au printemps dernier par la ministre de l’Energie et des Mines, Amina Benkhadra. Les critiques les plus méchantes disent que ce manquement n’a pas d’importance puisque l’ensemble du plan reste lettre morte. Le besoin de recapitalisation de l’Office est de l’ordre de 12 milliards de DH, auxquels s’ajoute le traitement du transfert de la caisse de retraite de l’Office. Ce transfert, sur le modèle de celui de l’OCP cette année, exige une somme évaluée (début 2008) à 11 milliards de DH. Contrairement à l’OCP qui a pu participer au financement du transfert vers la CDG (grâce à la hausse des cours du phosphate), l’ONE n’a pas les ressources nécessaires pour alléger la charge qui pèsera, en dernier ressort, sur les contribuables. Le besoin de recapitalisation de l’Office a quatre principales sources. La première vient de ce qu’il a joué le rôle de «caisse de compensation» sauvage, entre le prix international du pétrole et du charbon et le prix de l’électricité. Il n’a pas été possible de savoir combien a coûté cette politique. Notons que cette dernière n’a pas été décidée formellement: elle est seulement le résultat des non-décisions des derniers mois du gouvernement Jettou (période électorale) et la première année du gouvernement El Fassi (soucis de ne pas augmenter les prix). La deuxième source des difficultés vient des arriérés des distributeurs, avec, pour commencer, un milliard de DH de l’ex-RAD (la Régie de Casablanca, concédée à la Lydec). Ali Fassi-Fihri trouvera cette créance dans l’état où elle s’était formée, la première année de son mandat, c’est-à-dire en 1994! Il s’agissait d’une dette de la RAD envers son fournisseur l’ONE, que le gouvernement n’avait pas inscrite dans le cahier des charges signé avec la Lydec. En effet, Rabat pensait que si cette charge était ajoutée à celles, connues et moins connues, acceptées par la Lyonnaise des Eaux, cette dernière aurait déclaré forfait avant de commencer. La dette a donc été retirée de la corbeille de la mariée, le gouvernement promettant de régler le problème avec l’ONE. Ce qu’il n’a pas fait, ni lui ni ceux qui l’ont suivi (Filali, Youssoufi, Jettou et enfin El Fassi). Le même scénario s’est reproduit avec le Perg, Programme d’électrification rurale, relancé et accéléré par Benhima et… Ali Fassi-Fihri. En principe, les municipalités devaient partager les frais… ce que nombre d’entre elles ont oublié de faire. L’ONE en est de sa poche pour un peu moins de 580 millions de DH. A cette troisième source de fragilisation financière est venue s’ajouter une catastrophe fiscale: un redressement d’un milliard, venant, ironie du sort, en grande partie du Perg. Et pour faire bonne mesure, ces phénomènes sont tous cumulatifs, concourant à la dégradation de l’état financier de l’Office comme à la dégradation de la sécurité électrique du pays. C’est ainsi que le développement du Perg a participé à la hausse de la consommation électrique, donc à l’urgence de construire les centrales, donc à l’aggravation de l’effet de «caisse de compensation sauvage». Le limogeage choquant de Tazi en 1994 et, en ce moment, celui de Maamar, tout aussi choquant, tout comme le rappel, à quatorze ans de distance, d’Ali Fassi-Fihri, attirent l’attention sur une question de structure: comme un péché originel, l’ONE n’a pas le pouvoir (ce qui est différent des moyens) de ses missions et jamais, depuis quinze ans, le choix du ministre de tutelle, ni par la puissance ni par la compétence, n’a compensé ce manque de pouvoir. L’Office accomplit bien la gestion électrique, y compris en cas de crise de production. Mais il n’a aucun des leviers qui lui permettrait d’avoir une stratégie électrique. Et puisque, depuis l’Indépendance, aucun des gouvernements ne s’en est occupé, le Maroc est dans une situation électrique et, plus généralement, énergétique chaotique.
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