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| Elites politiques, panne conjoncturelle ou crise profonde? Taha Balafrej: «L’élite est imposée d’en haut» |
| Taha Balafrej pointe du doigt une «élite d’un nouveau genre, imposée au gré de sa proximité de ces cercles de décision». «C’est parce qu’ils se sont trouvés dans ce circuit qu’ils ont été portés aux postes de responsabilité», dit-il. Le fait est, à ses yeux, singulier et porte un coup à la crédibilité des partis et des élites qui les composent. «C’est à cause de ça que des élites qui ne veulent pas s’inscrire dans ces casiers abandonnent et laissent la place à ceux qui accepteraient». Au terme des législatives de 1997, où il s’était porté candidat, Taha Balafrej donnait le titre de «lignes rouges» à son témoignage rendu public. Aujourd’hui encore, il est persuadé que ces lignes «déterminent les pouvoirs et les rôles». C’est ainsi qu’il pointe l’interventionnisme de ce qu’il appelle «les centres de décision», comme étant handicapant pour une action autonome et responsable des élites politiques. Il en veut pour preuve le processus de nomination du gouvernement El Fassi et, avant, celui de Jettou. Mais les partis politiques ont leurs propres limites qu’ils imposent à leurs élites. Taha Balafrej en fera l’expérience. Il a participé activement avec d’autres membres du pari, pour la plupart des quadras, à l’élaboration du programme électoral du parti aux législatives de 2007. C’était une manière, dit-il, d’amorcer une réforme au sein du parti. Mais l’action n’a pas abouti. «Quinze jours avant les élections, il y a eu reprise en main par les appareils qui n’ont pas vendu le programme tel que nous l’avions conçu». Taha Balafrej déplore que le programme qu’ils ont passé des mois à préparer n’ait pas profité à la campagne. Les candidats, sur lesquels le groupe n’avait aucun droit de regard, ont repris leurs vieux slogans pour faire campagne. «Pour faire aboutir nos idées et imposer notre manière de voir, il aurait fallu compter sur l’appui d’au moins dix membres du bureau politique». Constat lucide ou aveu d’impuissance? La crise du leadership est réelle au sein de l’USFP. Mais là encore, Balafrej invoque l’interventionnisme qui empêcherait «l’autonomie permettant aux partis de régler leurs problèmes internes en toute liberté». Une clarification s’impose. Selon l’idée de Balafrej, «l’élite devrait être porteuse d’un projet, elle doit être en contact avec les populations, non sur la base du clientélisme, mais de réponses à des besoins». Le militant socialiste dit s’inquiéter devant la situation des élections perverties par l’argent et les méthodes peu orthodoxes. Si la majorité conclut à la neutralité de l’Administration, Balafrej assure que la réalité est autre. «C’est faux de dire que les autorités n’interviennent plus dans les élections, elles ont simplement changé de méthodes». Mais pour réhabiliter les élites et partant la pratique politique, Balafrej estime qu’il ne faut pas faire l’économie d’une réforme constitutionnelle. K. R. |