Maroc Sourcing

Les étrangers boudent la 7e édition
 
· 110 au lieu des 200 exposants attendus

· Les premiers effets de la crise mondiale?


· Les professionnels soulignent un manque de visibilité



La dernière édition de Maroc Sourcing, qui a baissé le rideau samedi 18 octobre, n’a visiblement pas attiré des foules. Ce désintérêt de la part des professionnels est-il le reflet de la mauvaise conjoncture économique internationale? Mohammed Tazi, directeur général de l’Amith (Association marocaine des industries du textile et de l’habillement), s’en défend. «Certes, nous avons enregistré moins de participants étrangers. Mais, la fréquentation a été meilleure que l’an passé», affirme-t-il. Toujours est-il que sur les 200 exposants prévus au départ, seule la moitié (110) a maintenu sa participation.
L’Amith a l’ambition, à travers l’organisation de cet événement, d’améliorer les conditions de sourcing des entreprises marocaines pour les rendre plus flexibles et plus performantes.
Quant aux exposants présents, ils ont des objectifs différents. Pour les représentants de la Mafaco, une entreprise de tissage, filature et ennoblissement basée à Kenitra, le salon est «une opportunité pour rencontrer la concurrence, découvrir les dernières technologies, mais aussi pour se rendre compte des difficultés que peuvent rencontrer les autres».
Le management de la société Technologia de Hombreras Marroqui (THM), fabricant d’épaulettes et cigarettes de manches, déplore, lui, le manque de visiteurs étrangers. «Nous avons toujours participé à ce salon. L’objectif pour nous est de montrer aux donneurs d’ordre que nous sommes capables de leur fournir les accessoires dont ils ont besoin. Le problème, c’est qu’il y en a de moins en moins qui font le déplacement», déplore Soundous Boudi, DG de THM. Les Turcs sont d’ailleurs quasiment absents de cette édition. «Nos résultats étaient positifs jusqu’au 31 août dernier. Mais le secteur n’a aucune visibilité sur les mois à venir. Les donneurs d’ordre sont frileux et ne savent pas s’ils doivent investir en Europe de l’Est, en Tunisie ou au Maroc», ajoute-t-elle. Les entreprises souffrent aussi de la hausse des prix des matières premières. «Nous avons confirmé nos prix en janvier 2008. Nous avons déjà subi trois augmentations de prix au courant de l’année. Nous comptons donc sur ce salon pour booster notre activité. Nous manquons malheureusement de soutien», poursuit Boudi.
Le responsable de WML Morocco, fabricant de fournitures et accessoires, parle pour sa part de conjoncture économique difficile. La société mère a fait faillite en Angleterre mais elle continue son activité au Maroc. «Nos principaux clients comme Dim et Etam connaissent la récession du fait de la baisse de la consommation ce qui se répercute sur nos commandes. Auparavant, nous livrions 50.000 pièces par semaine, nous livrons aujourd’hui 50.000 pièces par mois», indique le responsable de l’entreprise. Son partenaire britannique, Berisfords, est plutôt confiant dans l’avenir.
Pour Chris Brown, directeur des ventes de Berisfords, qui a fait le déplacement, le Maroc peut profiter de la crise financière qui sévit en Europe. Le Maroc craignait la concurrence de la Chine dont les coûts sont moindres. «Mais l’écart se dissipe puisque la Chine connaît une hausse de ses prix, rattrapant ainsi ceux du Maroc. Il devient donc plus intéressant pour nous de nous approvisionner au Maroc, grâce à la proximité géographique par rapport à l’Europe», affirme Brown.
Mohammed Tazi partage cet avis. «Les donneurs d’ordre manquent de visibilité et ne veulent donc pas s’engager à long terme mais à plus court terme. Ce qui peut être une opportunité pour le Maroc», explique-t-il. Au lieu de s’approvisionner en Asie, ils se tourneront vers le Maroc, à condition de lever les verrous de la compétitivité (transport logistique, fluidité des marchandises, réglementation sociale…). «A situation exceptionnelle, une réglementation exceptionnelle», martèle-t-il.
Selon Tazi, tous les fournisseurs de l’Europe enregistrent une baisse des importations européennes: l’Inde, la Tunisie, le Bangladesh. Le Maroc a enregistré une baisse de 2%, se situant ainsi dans la moyenne des baisses. Les difficultés actuelles ne sont pas dues à un manque de compétences, mais à une crise de confiance et une baisse de la consommation. «Nous sommes sereins mais lucides. A nous de saisir les opportunités qui pourront se présenter», conclut le DG.


Rencontres B to B


Pour cette édition, Maroc Sourcing a présenté l’offre de produits et de services de court terme (hiver 2008-2009), des produits d’actualisation (été 2009) et de long terme (hiver 2009-2010). L’initiative du forum international des rencontres B to B a été reconduite afin de permettre aux enseignes internationales de distribution de faciliter leur connaissance du potentiel d’exportation marocaine d’habillement ainsi qu’une journée de conférences-débats sur la typologie et l’évolution des marchés.

Jihane Kabbaj