Bourse/rachat d’actions

Le succès pas forcément au rendez-vous
 
· La majorité des valeurs concernées retombent dans leurs travers

· Certains programmes ne servent pas à grand-chose


Les opérations de rachats d’actions tendent à se banaliser. En effet, ce sont pas moins de 11 sociétés cotées parmi lesquelles figurent Itissalat Al-Maghrib, Addoha, BMCE et autres BMCI qui ont lancé leur programme durant les deux dernières années. Néanmoins, le succès n’est pas forcément au rendez-vous, l’objectif étant au départ de soutenir le cours. L’exemple d’IAM en est la parfaite illustration. Démarré en mai dernier, le programme de rachat de l’opérateur historique court jusqu’en novembre 2009. Il concerne 16 millions d’actions, soit 1,82% de son capital. Toutefois, à fin juillet, IAM n’a réalisé qu’une infime partie de son programme (0,01%), soit l’équivalent de 94.000 actions achetées. Signalons tout de même que, pour le seul mois de juillet, l’opérateur télécoms a acquis près de 37.000 actions à un cours moyen pondéré de 187,13 DH. Pour rappel, depuis le lancement de l’opération de rachat, l’action IAM n’a cessé de fluctuer pour se retrouver à 183,20 DH le 25 août, bien loin du pic de 212.50 DH atteint en mai. En revanche, Maroc Telecom a plus d’un an pour atteindre son objectif. Reste à savoir si le marché suivra ou pas. Ce dont ne doutent pas bon nombre d’observateurs.
Le cas Addoha ne déroge pas à la règle. Le promoteur immobilier a entamé son programme, en juillet 2007, en introduisant le système du split (littéralement division). Les prix maximum d’achat et de vente se sont élevés à 2.750 dirhams après split, soit 5.500 DH sur la base du nominal de l’époque et un prix minimum de l’ordre de 1.960 dirhams, soit 3.920 DH. Au total, le programme portait sur 850.500 actions à détenir, soit 3% du capital. En termes de réalisations, signalons qu’Addoha ne détenait aucun titre au début du mois de juillet. Par la suite, les choses ont changé. Pour le 7e mois de l’année, l’opérateur immobilier a repris les choses en main en rachetant plus de 59.300 actions au prix unitaire moyen de 2.223,41 DH. Addoha en a cédé une partie (14.501 actions) à 2.238,82 unitaire. «Avec cette opération, le groupe a envoyé un fort signal en sous-entendant que son titre, dans ces proportions, est sous-évalué», indique un analyste. In fine, la société a réalisé 0,16% de son capital. Au niveau de l’évolution du cours, Addoha est actuellement bien loin du pic de 4.506 DH. L’action s’échange actuellement à 2.050 DH.
CGI, pour sa part, est en passe de clôturer son programme. A fin juillet, la branche immobilière de la CDG possède 2,16% de son capital (plus de 398.000 actions), sachant que l’opération concerne 3% de ce dernier. Pour le seul mois de juillet, l’entreprise a acquis 25.072 titres pour 2.268.97 DH unitaire. Comme pour les autres sociétés, l’effet sur son cours reste peu visible, puisque la valeur dépasse à peine 2.109 DH, sachant qu’elle avait atteint 2.705 DH un mois avant le lancement du programme. Dans cette liste, seule BMCE déroge à la règle. La banque parvient, en effet, à maintenir son cours à des proportions raisonnables. Passée de 2.710 DH en mai 2007, l’action tourne autour de 3.100 DH actuellement. «Cela est à mettre à l’actif des différentes opérations qui ont ponctué la vie de la banque», affirme un analyste spécialiste du secteur bancaire.
En effet, ce sont pas moins de 3 opérations stratégiques qui ont boosté la valeur: l’entrée du CIC dans le capital de la banque, la conquête de l’international et l’OPV consacrée aux salariés. Par ailleurs, certaines sociétés ne boudent pas le plaisir de recourir au programme de rachat d’actions, sans pour autant l’utiliser. «Le but est de se doter d’un moyen d’intervention en contre-tendance d’éventuelles variations excessives du cours sur le marché», fait observer un investisseur. C’est le cas de BMCI et d’Auto Hall qui n’ont, pour le moment, procédé à aucune opération dans le cadre de leur programme. Mais qui sait, ça sera peut-être le cas prochainement.


Impacts


Les impacts du rachat d’actions sur le titre émis sont multiples. En premier lieu, une entreprise rachetant ses actions envoie une sorte de signal sous-entendant que son titre est sous-évalué. Cette information est perçue comme étant crédible, d’autant plus que le rachat limite la trésorerie de l’entreprise et sa capacité d’endettement. Elle ne se mettrait donc pas à racheter ses propres actions si sa situation devait se dégrader à court terme.
En outre, le rachat s’accompagne d’un effet dit d’agence: l’argent rendu aux actionnaires par le biais du rachat ne serait plus placé dans des investissements hasardeux. Quant aux dividendes des actionnaires, ils ne sont pas affectés par le programme. Par ailleurs, une entreprise risque d’altérer sa situation financière en rachetant ses propres titres. Ceci est d’autant plus vrai lorsque les fonds employés sont trop importants. Ce qui diminue la rémunération directe des actionnaires.

M. A. B.