Enseignement
Le détail du plan d’urgence

 
· Une vingtaine de projets sur quatre ans

· Renforcement du pré-scolaire public, école communautaire dans le rural


Vingt-trois projets pour accélérer la réforme de l’enseignement. Le programme Najah concocté par le ministère de l’Enseignement en collaboration avec un bureau d’étude s’étalera de 2009 à 2012. Le rapport de synthèse, dont L’Economiste s’est procuré une copie, répartit les mesures en trois blocs, lesquels sont fonction des objectifs: rendre effective l’obligation de scolarité jusqu’à 15 ans, stimuler l’initiative et l’excellence au lycée et à l’université, prise en charge des problématiques transversales du système et des moyens à mettre en place pour réussir.
La scolarité obligatoire jusqu’à 15 ans passera par la mise en place d’une dizaine de projets parmi lesquels le développement du préscolaire figure en bonne place. Surtout qu’il contribue à la rétention des élèves et à la lutte contre l’échec scolaire. Or, l’offre actuelle est limitée et inégalement répartie en quantité et en qualité. Pour remédier à «ces lacunes», le programme Najah préconise la mise à niveau par la formation continue des éducateurs. Trois sessions de 5 jours par personne et par année dans les centres de formation du ministère, sont prévues. Une mesure qui viserait également les éducateurs des kouttabs et des établissements privés.
Le développement du pré-scolaire passerait aussi par une amélioration de l’offre avec l’objectif de porter les effectifs à ce niveau de 705.753 actuellement à plus d’un million en 2012. Dans les milieux ruraux et défavorisés, le programme Najah prévoit l’ouverture de 3.600 salles de classes préscolaires intégrées dans les écoles primaires entre 2009 et 2012. Il est question d’insérer près de 50% des enfants en milieu rural et 10% des enfants en zones urbaines défavorisées dans le préscolaire public d’ici 2015.
Pour les encourager, les fournitures et matériels pédagogiques seront distribués gratuitement aux enfants démunis. Dans les villes, l’offre émanera particulièrement du privé qui aura droit à des mesures d’appui. Le pré-scolaire sera également mieux encadré: 250 inspecteurs seront recrutés en interne et une structure dédiée sera créée au ministère de l’Education nationale pour superviser la mise en œuvre de la stratégie de développement du préscolaire.
Rendre la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 15 ans nécessite aussi le renforcement des capacités d’accueil dans le primaire et le secondaire. Ainsi 100.000 places seront créées dans le primaire et 2.500 salles supplémentaires seront ouvertes entre 2009 et 2012, particulièrement dans le rural.
Les écoles satellites seront abandonnées au profit des écoles communautaires. Un modèle qui consiste dans le regroupement des élèves d’une même commune au sein d’écoles dotées d’internats et de transport scolaire. «Le déploiement s’effectuera au cas par cas après étude d’opportunité et tests dans les sites pilotes», indique le rapport.
Côté collège, 720 nouveaux établissements seront créés entre 2009 et 2012, soit 6.800 salles de classes pour une capacité additionnelle de 330.000 places. Le suivi de ces constructions sera assuré par une agence à créer. Celle-ci sera représentée dans chaque académie régionale.
A côté du renforcement de l’infrastructure, l’accent sera mis sur la mise à niveau des établissements qui seront dotés d’eau, 80% raccordés à l’électricité et 20% à l’énergie solaire. La réfection de 10.000 salles de classes et de tous les internats est prévue ainsi que le renouvellement des équipements défectueux.
Le plan «d’urgence» s’attaque aussi au problème d’égalité des chances d’accès à l’enseignement obligatoire. Pour cela, le dispositif d’appui social sera renforcé.
Le programme Najah prévoit la construction d’une cinquantaine d’internats dans le rural afin d’accompagner le développement des écoles primaires communautaires ainsi que 600 internats pour les nouveaux collèges ruraux. Ce qui représente 73.000 lits supplémentaires. Le but étant de multiplier par cinq le nombre d’internes au collège d’ici 2012.
La capacité d’accueil dans les cantines sera également optimisée. Les réfectoires seront ouverts aux internes et également à 30% des externes. Le nombre de bénéficiaires des cantines sera multiplié par 8 dans les collèges ruraux.
Pour faciliter l’accès aux établissements scolaires, le transport sera assuré par 650 bus dans le rural. Une mesure qui devrait profiter à 50.000 élèves.
Pour éviter l’exclusion à cause des coûts de scolarisation, une enveloppe de 450 millions de dirhams sera allouée chaque année pour soutenir les plus démunis. Des aides qui pourraient être versées en nature.


Institutionnalisation des cours de soutien


Contre le redoublement et l’abandon scolaire, principaux maux dont souffre le système, le programme Najah préconise d’agir en amont pour une meilleure connaissance des élèves afin de détecter à temps ceux qui rencontrent des difficultés. Un dispositif de suivi personnalisé sera mis en place.
En aval, un soutien des élèves en difficulté et leur accompagnement est préconisé. Le soutien scolaire sera institutionnalisé et intégré dans le service hebdomadaire des enseignants, indique le rapport de synthèse. Les élèves du primaire auront droit à 3 heures de soutien par semaine contre 4 heures dans le collégial. Des sessions de mise à niveau seraient également organisées durant les vacances scolaires et des centres d’écoute et de médiation mis en place.
Pour éviter d’éventuels abus, les instituteurs seront interdits de dispenser des cours particuliers à leurs élèves. Pour cela, une commission de déontologie sera créé dans chaque académie.

Khadija MASMOUDI