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| Des eurodéputés mobilisés par l’affaire Britel |
| · Un Maroco-Italien inculpé illégalement pour terrorisme · Transféré secrètement par la CIA, il écope de 9 ans de prison L’histoire d’Abou El Kassim Britel est un vrai polar. Un anathème judiciaire le pourchasse depuis près d’une décennie. En septembre 2003, le «jugement» d’un tribunal marocain l’enfonce encore plus dans un thriller politico-judiciaire. A cette date, l’impact des attentats du 16 mai était encore palpable. Accusé de terrorisme, Britel verra sa peine réduite, en appel, de 15 ans à 9 ans de prison pour «constitution de bande criminelle». Il soufflera fort probablement, en avril prochain, sa 41e bougie derrière les barreaux d’Oukacha à Casablanca. Les tracas du ressortissant maroco-italien ne sont pas récents. En 2000, une «information confidentielle» est parvenue à la Digos (services d’ordre publics de la police italienne) de Bergamo. Le frère de Britel aurait abrité un suspect lié à Al Qaïda. Une enquête judiciaire est alors ouverte, dans laquelle Abou El Kassim Britel est mis en cause. Il sera innocenté quelques temps plus tard par le tribunal de Brescia. «La lutte antiterroriste est dans l’air du temps», dira-t-on. Mais cette affaire judiciaire n’est pas aussi ordinaire qu’elle paraît. D’abord, Britel n’a pas été arrêté sur le sol marocain, mais pakistanais! Plus surprenant encore, il a été «raflé et interrogé par les services secrets américains avant d’être transféré à Témara par le biais des vols secrets de la CIA», affirme le député italien Ezio Locatelli, l’un des deux membres de la délégation parlementaire qui lui a rendu visite le 10 janvier. Le rapport du député suisse Dick Marty, mandaté par le Conseil de l’Europe, avait mis à jour l’affaire des vols secrets en 2006 (voir encadré). Abou El Kassim Britel est un détenu ayant la double nationalité. C’est ce qui explique, en partie, ce 2e déplacement de la délégation parlementaire. Elle en avait déjà effectué un en février 2007. Au cours de cette visite, les députés italiens ont rencontré l’ex-ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Nabil Benabdellah, et le secrétaire général du ministère de la Justice, Mohammed Lididi. Depuis l’année dernière, le dossier Britel circule chez les autorités marocaines. Des réponses «rassurantes et positives» ont été formulées, rapporte la délégation parlementaire. Le dossier a déjà mobilisé une centaine de députés italiens (majorité et opposition) et européens. Seulement deux d’entre eux, représentant principalement la gauche, ce sont déplacés dernièrement à Casablanca. Ezio Locatelli, originaire de Lombardie, est membre du parti italien la «Rifondazione comunista». Quant à Tana De Zulueta, ex-journaliste à The Economist et anthropologue de formation, elle représente les Verts. Les deux partis forment la majorité du gouvernement mené par Romano Prodi. «C’est une représentation institutionnelle et non pas un positionnement politique», insistent les émissaires parlementaires. A noter qu’en Italie, les députés ont pour prérogatives de visiter les prisons. L’affaire Britel n’est même pas une erreur judiciaire. «Il s’agit bel et bien d’un enlèvement et d’une séquestration qui se sont déroulés au Pakistan», précise la députée italienne. Pour eux, la procédure judiciaire a été bafouée dès le début. D'après le rapport Marty, sur les vols secrets de la CIA, des personnes soupçonnées de terrorisme ont été enlevées et transférées dans des pays tiers dont le Maroc. Elles ont été d’abord torturées avant d’être «jugées». L’affaire d’Abou El Kassim Britel n’est pas une exception. La lutte antiterroriste ne doit pas être un prétexte pour piétiner la légalité. Avoir un procès équitable est un droit fondamental. Même après les révélations de la presse, la commission d’enquête du Parlement marocain ronronne. L’on se demande aussi à quel point le CCDH est responsable de cette inertie? Les générations futures auront-elle droit à un IER bis? Faiçal FAQUIHI |