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| FEUILLETON DE L’ETE Les coulisses de la terreur Neuvième partie: Les banques pas tout à fait comme les autres |
| Le système financier qui accompagne le terrorisme contemporain ne ressemble pas au système classique: il est légal mais il échappe aux contrôles que tout système légal doit subir, il est un mélange de clientélisme et de népotisme, de diplomatie secrète installée par la CIA et l’Arabie saoudite… les scandales ont été nombreux mais personne n’a vu que c’était des alarmes sérieuses… Les autorités monétaires de Londres, des Etats-Unis… ont préféré encaisser de grosses amendes plutôt que de nettoyer ces drôles de banques. SUR le plan international, la première réaction officielle de l’administration américaine après les attaques du World Trade Center et du Pentagone, intervient quatorze jours plus tard, le 24 septembre 2001. A la surprise générale, cette réponse n’est ni militaire, ni très spectaculaire, et prend une tournure inattendue. Le président américain annonce le gel des comptes bancaires, dans le monde entier, de 27 individus et organisations soupçonnés d’entretenir des relations avec Oussama Ben Laden et sa mouvance. Il s’agit, selon les propres termes de George Bush, “d’une frappe contre les fondations financières du terrorisme”. Mais le territoire américain ne sera pas concerné par ces mesures: le président Bush prend bien soin de souligner: “Nous savons que beaucoup de ces individus et de ces groupes opèrent essentiellement à l’étranger et qu’ils n’ont pas énormément d’argent aux Etats-Unis. Nous avons donc développé une stratégie pour en tenir compte”. A l’époque, seuls quelques rares experts financiers s’étonnent de cette remarque sibylline sur la faiblesse des avoirs suspects aux Etats-Unis, comme si les conclusions d’une enquête qui ne faisait que commencer étaient déjà arrêtées, comme si, par avance, il s’agissait d’exempter le sanctuaire financier américain de toute espèce de suspicion. Des réseaux construits grâce à la CIA Le rôle joué par les Etats-Unis dans la montée en puissance de la mouvance Oussama Ben Laden n’est plus un secret pour personne. Selon un rapport du Congrès américain, la CIA finançait les moudjahidin, pour un montant annuel variant entre 150 à 300 millions de dollars (à l’époque, 1,5 à 3 milliards de DH), versés sur des comptes bancaires contrôlés par les services de l’armée pakistanaise. Les mêmes circuits bancaires ont fonctionné jusqu’au milieu des années 90, longtemps après qu’il n’y ait plus eu la moindre menace soviétique dans la région: l’Union soviétique n’existait plus. Une banque américaine, la Capital Trust Bank de New York, dirigée par Mohammed Hussein al-Amoudi, a vraisemblablement servi pour transférer des fonds des pays du Golfe vers la mouvance Oussama Ben Laden. Né en 1941 en Ethiopie, Mohamed Hussein al-Amoudi obtient la nationalité saoudienne en 1965. En 1991, il fonde le groupe Mohamed International Development Research and Organisation Company (MIDROC), à travers lequel il devient le principal investisseur privé en Ethiopie. Il aurait -selon des sources financières libanaises- réalisé ses investissements en plaçant des fonds, par l’intermédiaire de la National Commercial Bank saoudienne, pour le compte de la famille royale dont il est très proche. Jusqu’en 1994 (au moment où Ben Laden perd sa nationalité saoudienne, mais pas ses réseaux dans la famille royale), Al-Amoudi dirigeait le Saudi Amoudi Group aux côtés d’Ibrahim Ben Ali Ben Mussalam, l’un des principaux gestionnaires de la fortune du roi Fahd. Des industries bien particulières En 1998, Mohamed Hussein al-Amoudi était associé à Khaled Ben Mahfouz et à Salah Idriss, propriétaires de l’usine Al-Shiffa au Soudan, bombardée en septembre de la même année en représailles des attentats contre les ambassades américaines de Naïrobi et Dar es-Salam. On retrouve les trois mêmes personnages associés dans le projet World-star, système mondial de télécommunication numérique par satellite, mis en oeuvre par la société américaine World space. En mars 1998, l’hôtel Sheraton d’Addis Abeba, dont Mohamed Hussein al-Amoudi est propriétaire, accueillait sous l’égide de son groupe Midroc un forum consacré aux opportunités d’investissement en Afrique, forum auquel étaient largement conviés les représentants de la grande industrie américaine. Ce système à entrées multiples a largement été mis sur pied dans les années 80 par Khaled Ben Mahfouz, ressortissant saoudien resté célèbre pour son implication, en 1991, dans le scandale financier de la Banque de Crédit et de Commerce International (BCCI), dont il est le président. Regroupant des capitaux arabes et pakistanais, la BCCI est accusée d’avoir constitué un vaste réseau de corruption et de blanchiment, impliquant notamment l’administration américaine et tout particulièrement la CIA, ainsi que la famille royale saoudienne. Le clan Ben Mahfouz est soupçonné d’avoir financé Ben Laden au Soudan, via la Saudi-Sudanese Bank. Selon James Woolsey, ancien directeur de la CIA, Oussama Ben Laden est marié à l’une des jeunes soeurs de Khaled Ben Mahfouz. Court-circuiter les banques centrales “Le discours panislamique des grandes banques saoudiennes et égyptiennes, comme celui de l’Association internationale des banques islamiques, présidée par le prince Muhammad Fayçal, insiste sur la nécessaire réunification de la communauté musulmane par le biais de la finance”, explique Michel Galloux, chercheur au Centre d’études et de documentation économique, juridique et sociale du Caire (CEDEJ). “A cet égard, il est significatif de voir ces banques s’adresser à des consoeurs étrangères plutôt qu’à la banque centrale, pour leur refinancement ou des investissements à l’extérieur des frontières. Il est aussi intéressant de voir leur préférence aller à des actionnaires musulmans non nationaux lors d’opérations d’augmentation de capital. Enfin, leur contestation s’exprime également vis-à-vis de la réglementation bancaire, souvent jugée inadaptée à leurs spécificités de fonctionnement et, là encore, semble-t-il, on peut interpréter une telle revendication comme une critique implicite de l’ordre bancaire national”. Ces banques, dont les rapports annuels sont souvent difficilement déchiffrables, gèrent et investissent des sommes considérables sous la rubrique de la zakat, l’impôt religieux dont ni les provenances, ni les destinations ne sont enregistrées. Avec les comptes courants, nous sommes ici confrontés à ce que les experts ont baptisé le “blanchiment à l’envers” ou le “noircissement” de capitaux: des capitaux a priori propres qui, par placements et déplacements successifs, deviennent progressivement gris, ou sanglants dans le cas du terrorisme. Si ces circuits financiers participent à l’augmentation des gains des économies informelles et des grandes organisations criminelles, parallèlement, et en partenariat avec de grands groupes bancaires occidentaux, les banques islamiques effectuent le plus souvent des opérations parfaitement licites dont les montages ne sont pas, en soi, criminogènes. Blanchiment… à l’envers De cet indémêlable enchevêtrement licite/illicite-légal/illégal procèdent la complexité et l’opacité du blanchiment à l’envers. Al-Taqwa Management (taqwa signifie piété), la banque officieuse de la confrérie des Frères musulmans dont le siège est aux Bahamas et la principale filiale à Lugano, en Suisse italienne, rebaptisée Nada Management Organisation, du nom de son directeur général Youssef Nada, constitue l’un des principaux relais de cette séquence bancaire. Al-Taqwa est étroitement associée à la Dar al-Mal al-lslami (DMI), la maison de l’argent de l’islam, ayant également son siège social à Nassau. C’est en 1981, dans les coulisses du sommet islamique de Taïf, que Mohammed Ben Fayçal al-Saoud, le frère du prince Turki, réunit de grands investisseurs d’Arabie saoudite et des Emirats du Golfe pour créer cette banque privée. Un an plus tard, le roi Fahd charge son beau-frère, Cheikh Saleh Kamel, de lancer un autre établissement privé, la banque islamique Dallah al-Baraka (la bénédiction). Un nouvel axe du financement saoudien de l’islamisme est ainsi ouvert, conformément aux bonnes et vieilles recettes de la BCCI, en partenariat avec de grandes banques occidentales, notamment américaines et néerlandaises. C’est par l’intermédiaire de ces deux banques et d’ Al-Taqwa que sont financées les innombrables ONG islamiques, agents d’influence de la diplomatie musulmane des Saoud. DOUZE personnes, Ben Laden lui-même et ses lieutenants sont concernés par les premiers gels d’avoirs décidés par l’administration américaine. 11 groupes considérés comme «terroristes» sont désignés, ainsi que 4 organisations non gouvernementales ou entreprises: EN outre, drainé par une multitude d’organisations charitables guère affectées par les enquêtes, un montant annuel d’environ 16 millions de dollars continuait à alimenter la mouvance. LA famille Ben Mahfouz est l’une des premières fortunes du monde avec des actifs estimés, en 1999, à 2,5 milliards de dollars (22,5 milliards de DH). Elle est directement mêlée à la faillite scandaleuse de la banque BCCI. |