Les agences de voyages rattrapées par la globalisation
 
· A partir du 1er novembre 2005, commission zéro sur vente de billets d’avion

· Le client paiera des frais de service variable selon le produit


· L’assainissement du secteur est inévitable


La rumeur qui circulait depuis des mois s’est avérée exacte. A partir du 1er novembre 2005, la rémunération que percevaient les agences de voyage sous forme de commission sur les ventes de billet passera à la trappe.
Sur chaque titre vendu sur un vol international, les compagnies aériennes restituaient 7% du prix à l’agence et 5,5% pour un vol intérieur. Royal Air Maroc adopte donc à son tour la commission zéro à l’instar de ce qu’ont déjà fait les grandes compagnies américaines et européennes. Et comme cela se passe dans d’autres marchés, les autres compagnies installées au Maroc, Air France, Lufthansa, Iberia, Alitalia, British Airways, qui s’en frottent les mains, vont s’aligner sur le «national carrier».
Combien la compagnie va-t-elle économiser par cette décision? Impossible d’avoir le montant qui est néanmoins non négligeable. Sur les 2 milliards de dirhams de chiffre d’affaires que dégage le marché marocain du transport aérien, la RAM possède à peu près 60 à 65%. Le transporteur réalise près de 45% de ses ventes via les agences de voyage.
Commission zéro ne signifie pas cependant disparition de toute rémunération. Il reviendra à chaque agence de voyage de facturer au client des frais de dossier (de service), de.
Par ailleurs, Royal Air Maroc instituera un système d’incentive qui récompensera les agences les plus dynamiques, celles qui réalisent le plus d’activité (chiffre d’affaires) avec la compagnie.
La Fédération des agences de voyages qui n’a pas souhaité réagir «avant d’être informée», sera notifiée officiellement la semaine prochaine, le 9 mai, selon une source à Royal Air Maroc. Ce qui est certain, c’est que l’information va faire l’effet d’une bombe dans le milieu des voyagistes, la plupart tirant l’essentiel de leur revenu de l’activité de billetterie. Pour les structures les plus diversifiées, celles qui brassent une importante activité dans le tourisme, les commissions sur le ticketing peuvent représenter jusqu’à 25% de leur chiffre d’affaires. Elles peuvent plus ou moins, amortir l’impact du changement.
En revanche, pour les plus petites, voire les moyennes, elles devront se construire un nouvel avenir.
La couleuvre sera dure à avaler, et c’est dans ce sens que Royal Air Maroc annonce la mise en place de deux commissions conjointes avec la profession pour assainir les difficultés techniques et juridiques. Mais le principe de la commission zéro ne sera sans doute pas négociable.

· Un phénomène mondial...


C’est une tendance mondiale irréversible dans le transport aérien, justifie Hassan Hihi, directeur général en charge du Commercial chez Royal Air Maroc qui préfère parler de «nouveau modèle économique dans la distribution de voyages». Il n’est plus possible de rester dans les schémas classiques, renchérit son collègue de la direction Marché Maroc, Saâd Azzioui.
Le passage à la commission zéro est bel et bien un changement radical pour les 400 agences de voyage marocaines qui vont devoir faire face à une restructuration de gré ou de force. Et pour celles qui font du monoproduit, l’heure des déchirements a sonné.
Le modèle de la commission zéro a commencé aux Etats-Unis avant de se répandre un peu partout en Europe à l’initiative des majors du transport aérien et à la faveur de la montée des ventes en ligne.
L’Asie est aussi entrée dans la danse avec cependant un couac en Inde. Les agents de voyages dans ce pays ont organisé une opération de boycottage des grandes compagnies au point où Air India et Lufthansa ont dû renoncer à leur décision.
Attaquées par les low-cost et confrontées à la flambée du kérosène, les compagnies cherchent à comprimer par tous les moyens leurs coûts de production.
La distribution est un foyer d’économies. La décision de Royal Air Maroc, justifient ses responsables, est un effet collatéral de la libéralisation du transport aérien dans le Royaume.


Dynamisme extraordinaire du réseau africain


Le trafic sur les liaisons africaines de Royal Air Maroc se développe à un rythme extraordinaire et la compagnie espère s’appuyer sur la dynamique de ces marchés (qu’elle négligeait jadis) pour atteindre son ambition de transformer la plateforme aéroportuaire de Casablanca Mohammed V en un hub international. Selon les prévisions de la compagnie, elle devrait transporter cette année 200.000 passagers au départ de capitales africaines.
La création d’Air Sénégal International lui a permis de s’affirmer dans la région. Dakar est sans aucun doute la ligne vedette du réseau africain du transporteur marocain avec 100.000 clients attendus pour la saison 2005. Air Sénégal lui permet aujourd’hui de drainer un important flux de trafic de continuation mais aussi, d’améliorer la recette unitaire. Dans deux ans, l’objectif est d’arriver à connecter les capitales de l’Afrique francophone à Casablanca. Les lignes Casa-Lomé et Casa-Cotonou seront ouvertes en 2006 et Casa-Brazzaville, l’année suivante (2007).
La compétition avec les majors européennes sur ces marchés est frontale et sans merci. 70% de passagers venant d’Afrique à bord de la RAM continuent leur voyage vers l’Amérique ou l’Europe. Ce qui n’est pas sans poser quelques soucis, sur les Etats-Unis notamment, de disponibilité de siège en business class pour les agences de voyages marocaines.



Air Gabon International est en route


La sucess-story d’Air Sénégal International fait des émules dans les pays francophones d’Afrique centrale dont les compagnies sont en déconfiture (Cameroun Airlines est quasiment en faillite avec un avion en exploitation pour 1200 employés, de même qu’Air Gabon). L’Etat gabonais a approché Royal Air Maroc pour créer une compagnie sur le schéma d’Air Sénégal International. Celle-ci s’appellera Air Gabon International. Un protocole d’accord, un pacte d’actionnaires et un business-plan vont être soumis incessamment au gouvernement gabonais.
En revanche, le projet de création d’une compagnie dans les Etats de la Cemac (Commuauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) est en veilleuse. Seuls 3 pays ont répondu avant le dead-line (30 avril) aux prérequis exigés par la RAM (transfert de droit de trafic, dissolution de la compagnie nationale, non-ingérence dans la gestion, etc).

Abashi SHAMAMBA