Economie

Développement durable: Marché et régulateur se mobilisent

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5163 Le 07/12/2017 | Partager
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Hassan Boubrik, Président de l'ACAPS  -  Mohamed Hassan Bensalah, Président de la FMSAR (Ph. Bziouat)

Dans la suite logique de la COP22 organisée à Marrakech et des engagements pris par le Maroc, le secteur des assurances s'est positionné sur un créneau aux enjeux considérables. Et cela face notamment aux importants programmes d’investissement lancés par le pays.

Pour le secteur se posent des défis et des priorités expliqués par Hassan Boubrik, Président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et Mohamed Hassan Bensalah, Président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR), dans cette interview croisée.

-L’Economiste: Pourquoi choisir le thème du développement durable aujourd’hui ?
-Hassan Boubrik:
Le secteur financier a établi une feuille de route, avec l’engagement des différentes parties prenantes et signée à l’occasion de la COP22 tenue à Marrakech en 2016. Nous essayons de suivre les réalisations dans le cadre de cette feuille de route. Un an après, il est tout à fait normal que le secteur des assurances organise une journée consacrée à l’assurance durable. En marge de cette manifestation, nous avons signé deux conventions. La première avec le ministère de l’Energie et des mines et la Fédération des assurances. A ce niveau, il s’agit d’établir le cadre dans lequel le secteur des assurances accompagnera les projets d’investissements qui s'insèrent dans la stratégie nationale de développement durable. La seconde convention porte sur les principes d’assurance durable, édictés par les Nations unies, et signés par les grands groupes internationaux d’assurance. En paraphant ce document, le secteur marocain s’intègre dans ce mouvement. L’organisation de cette journée est donc tout à fait appropriée.

-Mohamed Hassan Bensalah:  D’abord, le but est de faire le point sur la Finance Climat que nous avons signé lors de la COP22.  Ensuite, pour rappeler que nous poursuivons nos efforts dans le cadre des engagements de la COP22. C’est le principal objectif avec tous les enjeux que cela représente pour nous.

                                              

«Aujourd’hui, nous ne disposons pas de mécanisme organisé de couverture contre les catastrophes naturelles»

                                              

-Quel est le potentiel du marché de couverture de risques liés au développement durable?
-Hassan Boubrik:
La question des catastrophes naturelles me vient tout naturellement à l'esprit. Nous avons une loi votée par le Parlement. Les décrets d’application sont prêts et transmis au ministère de l’Economie et Finances en vue de les mettre dans le circuit d’adoption. Sur cet aspect de catastrophes naturelles, le volume des primes se situe entre 400 et 600 millions de DH dès la première année. Ce qui représente un montant assez conséquent. Mais le plus important est la couverture qui concernera des millions de personnes, qui, en cas d’avènement de catastrophes naturelles, tremblement de terre, inondations,… pourraient être prises en charge par cette assurance. Aujourd’hui, nous ne disposons pas de mécanisme organisé de couverture contre les catastrophes naturelles. Les compagnies d’assurances peuvent intervenir dans d’autres domaines. C’est le cas du plan d’épargne vert, que nous souhaitons mettre en place progressivement. Je pense qu’un potentiel important existe face aux importants programmes d’investissement lancés par le Maroc dans le développement durable sont énormes.

-Mohamed Hassan Bensalah: Cela semble difficilement quantifiable puisqu’il s’agit d’un très gros marché. Surtout que les changements climatiques ne sont plus une théorie mais une pratique que nous vivons au quotidien. Toutes les statistiques marocaines ou mondiales sont là pour le démontrer. Maintenant, la profondeur de ce marché dépendra des mesures et de la prévention qui sera faite. Ainsi, plus nous investissons dans la prévention, plus le risque diminue. Ce qui veut dire que la prime elle-même va diminuer. Moins les choses sont faites, plus le risque devient certain et plus la prime est élevée. C’est pourquoi un esprit communautaire est nécessaire au Maroc, avec toutes les branches aussi bien les grandes entreprises dans la construction que celles dans l’aménagement que dans l’hospitalisation,… En outre, la notion internationale s’invite en matière de changements climatiques et le Maroc en subit les conséquences alors qu’il n’en est pas à l’origine. D’où la question liée à la notion de responsabilité vers laquelle nous nous dirigeons. Pour cela, tout ce modèle économique et d’investissement devra être revu. Ce qui nécessite des engagements et des montants financiers énormes. Ce sera la prochaine tendance sur laquelle le marché se penchera.

                                              

«Les changements climatiques ne sont plus une théorie mais une pratique que nous vivons au quotidien»

                                             

-Quelles sont les deux ou trois mesures prioritaires à prendre dans ce domaine?
-Hassan Boubrik: 
D’abord, accélérer la mise en place de la couverture des catastrophes naturelles. Le besoin se fait sentir et tout l’arsenal est quasiment prêt. La deuxième mesure concerne les plans d’épargne verts. Je pense qu’il faut travailler, avec les compagnies d’assurances, de manière plus accélérée, pour mettre en place ces produits d’assurances capitalisation. Et peut-être une troisième mesure portera sur l’admission automatique de tous les projets de la stratégie nationale de développement durable, en tant que provisions techniques des compagnies d’assurances.

-Mohamed Hassan Bensalah: La première porte sur les conditions du travail, des constructions, des barrages, de digues,…pour mettre un environnement adéquat et une protection des populations. C’est la principale mesure à mettre en place. La deuxième porte sur la protection des citoyens et de leurs biens qui est en interaction avec la première et qui compose le système total. Ce sont les principales mesures vers lesquelles nous devons nous diriger. Il existe des exemples qui ont été réalisés sur les décharges, sur la notion d’asthme,…. Tout cela a des conséquences. Et ils ne peuvent être réglés qu’en amont, dans le cadre de la prévention et des normes qui doivent être de plus en plus exigeantes. Pour notre secteur, nous sommes prêts à investir dans la prévention durable et verte pour diminuer la charge et augmenter la protection des assurés.
Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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