Economie

Surchauffe des prix du beurre

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5140 Le 02/11/2017 | Partager
5.700 à 7.200 euros HT la tonne selon la qualité
La forte demande internationale entraîne une flambée des cours
A l’origine, la dédiabolisation de cette denrée
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Entre le mois de septembre 2016 et septembre 2017, le prix du beurre pasteurisé est passé de 4,30 euros HT à 7,20 euros HT, soit une hausse de 71%. Au Maroc, le prix oscille autour de 100 DH le kilo, TVA à l’import comprise

Les consommateurs ont certainement constaté que le prix de leur viennoiserie et autres pâtisseries a augmenté. Une explication: le prix du beurre. «Depuis quelques mois, il y a une certaine pénurie de beurre au niveau mondial à cause d’une forte demande. D’où une flambée des cours», explique Sabrina Doublali, DG de Milk Product Morocco et AGI Industrie, les deux principales sociétés importatrices de beurre.

Elles revendiquent 70% de part de marché au Maroc. Le prix du beurre à l’international est passé d’environ 4.300 euros à 7.200 euros depuis quelques semaines contre environ 3.000 dollars au début de l’année dernière. Ce qui correspond à un prix final au Maroc de 90 à 100 DH, la TVA à l’import comprise, contre environ 60 à 70 DH auparavant. Le beurre dont il est question est celui qui est vendu sous forme de «bloc» de 25 kg et non pas les formules de 250 kg, qui seraient trop chères pour une utilisation industrielle.

Selon l’édition 2017 du Cyclope, «la remontée des prix a été spectaculaire à partir du printemps en Europe» à cause d’une baisse de production dans les principales régions (Océanie et Europe) due à «une année 2015 catastrophique en termes de prix». Pourtant, la production mondiale de beurre en 2016 était en hausse de 2%.

Elle a été renforcée par la production en Inde (+165.000 tonnes, en Europe (+35.000 tonnes) et dans une moindre mesure aux Etats-Unis (+22.000 tonnes). En revanche, il a été constaté une baisse de la collecte du beurre en Nouvelle-Zélande et en Russie après trois années de hausse. En 2016, les exportations de beurre au niveau mondial ont enregistré une augmentation de 8,2% sous l’effet de la demande américaine et chinoise.

De tous les produits laitiers dont les prix sont revenus aux niveaux d’avant 2010, c’est le beurre qui a vu son prix prendre l’ascenseur. «Il existe de petites quantités à l’international, mais les prix ne sont pas à la portée du consommateur marocain», signale la DG de Milk Product Morocco. Pour continuer d’approvisionner le marché, les importateurs se rabattent sur d’autres régions telles que l’Ukraine et les pays d’Europe centrale, où les prix sont plus accessibles. Mais pour les professionnels, «il s’agit d’un produit de seconde zone» contrairement à celui de Nouvelle-Zélande et d’Irlande, connues pour leur beurre très prisé par les consommateurs.

«C’est le beurre néo-zélandais qui est le plus demandé à l’échelle internationale. D’où  la forte hausse du prix depuis quelques mois», explique Houssine Azaz, président de la Fédération nationale de la boulangerie et pâtisserie. La flambée des prix n’a pas tardé à gagner progressivement le Maroc. Certains boulangers ont attendu quelques semaines avant de répercuter la hausse sur leurs clients. D’autres ont décidé de supporter le différentiel de prix pour ne pas perdre leur clientèle.

D’autres encore préfèrent utiliser de l’huile de table au détriment de la qualité. «Les vrais professionnels et les franchisés ne remplaceront jamais le beurre pour pouvoir continuer de proposer aux amateurs des viennoiseries de qualité. Les connaisseurs ne sont pas très regardants sur le prix», ajoute Azaz.

Comment s’explique donc la forte demande pour le beurre, que l’on pourrait presque qualifier de subite? «Nous avons constaté un regain d’intérêt pour le beurre aux dépens de la margarine dont les producteurs avaient longtemps vanté les vertus», explique Doublali. Il y a quelques années, les producteurs de matières grasses d’origine végétale ont ravi la clientèle du beurre à coup de publicité et de communication sur les effets de la consommation de cette denrée. Certains producteurs sont même allés jusqu’à colorer la margarine pour qu’elle ressemble au beurre, avant d’être rappelés à l’ordre par les autorités de tutelle. L’objectif étant de ne pas induire les clients en erreur.

Sur les marchés internationaux, certains producteurs procèdent à des blends (mélanges) du beurre avec d’autres intrants. Mais pour obtenir la dénomination «beurre», le produit doit contenir 82% de matière grasse d’origine animale. Le reste étant de l’humidité.

Au Maroc, c’est l’Onssa qui se charge d’effectuer les analyses préalables à la commercialisation. En 2016, le Maroc a importé 24.198 tonnes de beurre pour un montant de 776,7 millions de DH contre 20.370 tonnes en 2015. Au terme du premier semestre 2017, les importations ont atteint 9.457 tonnes, soit 397,6 millions de DH. Ces derniers chiffres sont provisoires.

Encore plus cher en 2018

La projet de loi de finances prévoit le rétablissement de la perception d’un minimum de droits d’importation sur le beurre après une exonération qui aura duré 10 ans. Une mesure qui avait été instaurée pour permettre l’approvisionnement du marché national suite à la flambée des cours internationaux des produits laitiers à l’époque. Les droits d’importation ne manqueront pas d’être répercutés sur le client final. Par conséquent, pour ne pas pénaliser les consommateurs, le législateur a décidé d’appliquer des droits d’importation minimum de 2,5% au lieu des 25% prévus dans la grille tarifaire en vigueur.

 

 

 

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