Economie

Afrique: Le financement, éternelle préoccupation

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5137 Le 30/10/2017 | Partager
L’épargne peine à être mobilisée par défaut d’information
Le montage des projets n’est pas toujours bien ficelé

L’Afrique a un besoin de financement annuel de 200 milliards de dollars, ce qui constitue une opportunité considérable pour les investisseurs. Cela n’empêche pas pour autant les opérateurs, qu’ils soient de grande ou de petite taille, de souligner la difficulté de financement. Pour Lamiyaa Marzouki, invitée au club Afrique Développement d’Attijariwafa bank (1), et DGA à Casablanca Finance City, il faut d’abord comprendre les caractéristiques du système financier africain.

C’est un marché à 95% bancaire, dans lequel les marchés de capitaux ne jouent pas leur rôle dans le financement de l’économie. Badr Benyoussef, directeur de développement à la Bourse de Casablanca, a quant à lui attiré l’attention sur l’aspect culturel du marché. «La Bourse n’a jamais été dans les pratiques normales d’épargne ou d’investissement», indique-t-il. Et d’ajouter que, la société n’a pas conscience de l’importance, ou parfois même de l’existence de cet outil. 

La faiblesse des PIB de certains pays africains constitue une autre contrainte selon Koffi Kloussekh (directeur de développement de projet chez Africa50). Un petit projet d’infrastructure peut être très difficile à mettre en place pour un pays dont le PIB ne dépasse pas les 10 milliards de dollars. Le PDG d’Albator Energy, Koen Becker, a été d’accord sur ce point. La société a en effet développé une petite centrale électrique sur 7 ans au Mali, qui va assurer 25% de la production nationale du pays.

Cet opérateur du privé a dressé un constat différent. Pour lui, la contrainte n’est pas celle du financement mais plutôt de la structuration des projets. «Une fois qu’un projet est bien structuré et répond aux demandes des bailleurs, il y a un choix assez important», indique-t-il. Et, bien entendu, la problématique de financement des PME a été évoquée.

Plusieurs solutions ont été proposées. Casa Finance City a par exemple pour objectif de drainer les investissements et de les canaliser vers l’Afrique. Elle a également souligné l’importance de l’intégration financière du continent. «Un accord est déjà en vigueur avec la place Maurice, et avec des agences de promotion des investissements africains», précise-t-elle. La bourse de Casablanca penche quant à elle vers l’éducation et la sensibilisation des acteurs.

Elle a adopté à ce titre le «programme élite» pour l’accompagnement et la formation des entreprises qui veulent utiliser l’outil boursier, selon leurs besoins. Ce programme a été importé du London Stock Exchange, qui l’a lancé en 2012 en Italie. Le Maroc est le seul pays à l’avoir développé en Afrique. Le programme compte actuellement 35 entreprises, et une dizaine d’investisseurs.

Un immense besoin en infrastructures

L’Afrique importe 60% de son énergie. Sept habitants d’Afrique subsaharienne sur dix n’ont pas accès à l’électricité. Au cours des 25 prochaines années, 950 millions de personnes supplémentaires auront besoin d’accéder au réseau électrique. 46 milliards de dollars devront être investis chaque année afin de combler ce gap énergétique. L’alimentation constitue un autre défi majeur pour la région. Le continent africain compte 65% des terres arables non cultivées au monde et présente une capacité potentielle pour nourrir 9 milliards de personnes à l’horizon 2050. Pourtant, l’Afrique importe annuellement en net pour 35 milliards de dollars en nourriture et pourrait importer plus de 110 milliards à l’horizon 2025. La population du continent croît rapidement, elle change ses habitudes alimentaires et devient de plus en plus urbaine.

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(1) La manifestation s’est tenue le 26 octobre en marge des rencontres B to B entre les entrepreneurs africains organisée par le Club lors des journées du 26 et 27 octobre

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