Culture

L’héritage de Pierre Bergé entre de bonnes mains

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5135 Le 26/10/2017 | Partager
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«Mon héritage très motivant est porté par l’engouement des Marocains pour ce projet et par une équipe soudée», indique Madison Cox, président de la fondation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent (Ph. Mokhtari)

Madison Cox qui a pris la relève à la présidence de la fondation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent connaît bien les jardins. Ce paysagiste américain a signé plusieurs chefs-d’œuvre, dont les jardins du Nouveau Monde au château de Blérancourt, l’exposition florale de Chelsea…  Il revient dans cet entretien sur l’héritage de Pierre Bergé à Marrakech et ce qu’il compte en faire, les difficultés rencontrées pour achever à temps le projet du Musée Yves Saint Laurent, très cher à feu Bergé.

- L’Economiste: Avez-vous le sentiment d’hériter un peu d’une lourde institution depuis la disparition de Pierre Bergé?
- Madison Cox:
Je le vois plutôt comme un héritage très motivant, porté par l’engouement des Marocains pour ce projet et par une équipe soudée. Le musée est plus une contribution culturelle pour le Royaume. Nous avons tous les deux avec Pierre Bergé assisté aux premiers jours de sa création. Le Maroc était primordial dans sa vie, tout comme dans celle de Saint Laurent, et il a toujours placé la barre très haut, les exigences de qualité qu’il avait pour Majorelle ont été les mêmes pour le musée.

- Vous êtes en charge des 2 musées, à Marrakech et à Paris. Les stratégies sont-elles les mêmes?
- D’abord les deux sont très différents. Celui de Paris, plus chronologique et plus traditionnel, est sis dans l’ancienne maison de couture, lieu de création de ces vêtements, ce qui enlève quelques contraintes puisque les réserves de ces milliers de vêtements, de photographies, croquis, dessins... existent déjà. Le plus difficile à Paris a été de créer les salles d’exposition. Alors qu’à Marrakech, nous sommes partis d’un terrain vierge, où nous avions tout à construire. Le premier rendez-vous entre Pierre Bergé et les architectes du Studio KO était donc de partir d’une page blanche. Et à 82 ans, il n’avait encore jamais mené un projet de cette manière tout comme il n’avait pas l’envie de créer quelque chose hors proportion par rapport au quartier où il est implanté. Si tout a été rapidement défini, un tel projet prend du temps à sortir de terre. Ce qui a beaucoup frustré Pierre Bergé, qui était très impatient.

- Partons dans les coulisses du musée et parlez-nous de l’arrière décor. Avez-vous rencontré des difficultés suite au décès de Pierre Bergé?
- Des difficultés oui, mais pas liées au décès de Pierre Bergé. En réalité, c’est la première fois qu’un tel établissement existe en Afrique dans le sens de conservation et de réserve des vêtements. Cette réserve constituée de 5.000 modèles étant à Paris, la Fondation Pierre Bergé / Yves Saint Laurent nous a envoyé à Marrakech quelque 350 créations, plus les accessoires, les sacs et les bijoux. Nous avons dû ici construire des espaces pour les conserver à l’identique de ce qui existe à Paris. Ce qui a été extrêmement compliqué et a demandé la participation de nombreux consultants et plus de temps. Il faut savoir que le textile comme le papier sont les deux éléments les plus difficiles à conserver.
 
- Les collections étant à Paris, comment se passe leur transfert au Maroc?
- Pour réduire les coûts de ce voyage très particulier, nous avons donc reçu les 350 modèles pour permettre plusieurs années de rotations. Quand tous les modèles auront été présentés, nous les renverrons à Paris pour en recevoir d’autres. Il faut aussi dire que nous avons également les réserves du Musée berbère car depuis l’ouverture de ce dernier, nous avons reçu plusieurs donations, dont une très importante de Bert Flint avec plus de 800 textiles, et celle de Tamy Tazi, qui nous a offert une partie de sa collection.

- Techniquement, qui finance quoi dans ce musée? Et quelles sont les perspectives?
- Le musée et le jardin étant une société commerciale commune, le propriétaire foncier est la  Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent qui est l’actionnaire majoritaire de la société commerciale, le Jardin Majorelle SA. Le projet du Musée YSL a coûté 180 millions de DH dont 150 millions en prêt classique de 15 ans, auprès d’Attijariwafa bank et 30 millions de DH financés par des fonds de la fondation française et des fonds propres du jardin Majorelle. Nous nous attendons à quelque 450.000 visiteurs pour la première année. Soit un visiteur sur deux des jardins Majorelle.

Carte de visite

La société Jardin Majorelle SA est une société en commandite par actions dont le capital est de 16 millions de DH et le chiffre d’affaires 2016 est de 60 millions de DH. Son business, c’est les entrées du jardin, du musée berbère et maintenant du musée Saint Laurent en plus de deux espaces restauration. La société emploie 150 personnes, (50 pour les musées et 100 personnes au jardin). A côté de cela, il y a une fondation jardin Majorelle de droit marocain, reconnue d’utilité publique au Maroc. «Elle perçoit des dons défiscalisés et les rétrocède sous forme de mécénats à des actions caritatives, scientifiques ou humanitaires. Toute redistribution se fait exclusivement au Maroc», indique Olivier Segot, directeur général de la fondation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent.

Propos recueillis par Badra BERRISSOULE

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