Politique

Destitution de ministres: Le MP et le PPS, les deux grands perdants

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5135 Le 26/10/2017 | Partager
Simple remaniement ou changement de majorité?
Réunion du bureau politique du PPS aujourd’hui
El Othmani doit faire des propositions

24 heures après l’annonce de la destitution des ministres, la classe politique est encore sonnée. Il s’agit d’un tournant historique dans la vie politique dont les répercussions ne sont pas encore toutes perceptibles. Un responsable dans un parti parle «d’un avant et d’un après». Un autre dira que la destitution des ministres sera banalisée, ce qui constituera une pression supplémentaire pour qu’ils assurent leur fonction avec sérieux et abnégation.

Si la première  séquence est bouclée, d’autres rebondissements sont à venir. Pour l’heure, la balle est dans le camp de Saâdeddine El Othmani, invité à pourvoir les postes laissés vacants par ces départs précipités. Il devra également prendre ses responsabilités en sanctionnant 14 responsables et rendre compte au Roi.

Le ministre de l’Intérieur est chargé de mener les investigations au niveau de l’administration territoriale. Remarquez que dans cette affaire, les élus n’ont pas été jusqu’ici inquiétés. C’est une autre procédure qui leur sera appliquée. En outre, le premier président de la Cour des comptes est chargé par le Souverain d’évaluer l’action des CRI.

Rappelons que la procédure de limogeage a été extrêmement rigoureuse sur le plan méthodologique: inspections des ministères de l’Intérieur et des Finances puis enquête de la Cour des comptes.
Politiquement, les deux grands perdants sont le MP et le PPS. Le premier a reçu un coup de massue. Non seulement Mohamed Hassad et Larbi Bencheikh sont limogés mais trois autres ministres du gouvernement de Abdelilah Benkirane sont bannis des responsabilités officielles. Il s’agit de Lahcen Haddad (MP puis Istiqlal, Tourisme), Lahcen Sekkouri (MP, Jeunesse et Sports) et Hakima El Haité (MP, Environnement).

Rappelons que cela intervient après l’épisode de départ de Mohamed Ouzzine (MP) et Abdeladim El Guerrouj (MP). Ceux-ci, comme les deux ministres amants du PJD (Habib Choubani et Soumaya Benkhaldoune) qui ont été acculés à présenter leurs démissions.

Hassad et Bencheikh avaient intégré le gouvernement d’El Othmani en avril dernier sous l’étiquette du MP. Beaucoup pensaient que Hassad a intégré le parti de l’épi pour en devenir le secrétaire général, après le départ de Mohand Laenser. Ce scénario tombe à  l’eau.

Le second perdant est le PPS. Son secrétaire général, Mohamed Nabil Benabdallah et El Houssein Louardi, ministre de la Santé, souvent cité par Abdelilah Benkirane comme modèle, passent à la trappe. Amine Sbihi, ancien ministre de la Culture PPS, est sur la liste des bannis. Comment réagira ce parti, qui, avec cette épreuve, touche le fond. Voudra-t-il remplacer les partants par de nouveaux noms et continuer dans la même majorité ou bien ira-t-il jusqu’à se retirer du gouvernement après le limogeage de son chef?  Il faudra attendre l’issue du bureau politique, convoqué pour aujourd’hui, jeudi, pour avoir une idée sur les suites à donner.

Nabil Benabdallah doit revenir de Londres où il se trouvait au moment de «l’annonce du séisme». Même si le PPS décide de quitter le gouvernement, El Othmani conserve une majorité confortable. Si par contre le MP décide de suivre le mouvement après cette débâcle, il faudra alors recourir à l’Istiqlal pour l’intégrer dans la coalition. Le parti, qui est prêt et attend une offre. Depuis qu’il est à sa tête, Nizar Baraka n’a pas critiqué une seule fois le gouvernement. Curieux pour un parti de l’opposition.

Par ailleurs, le RNI et le PJD sortent indemnes de cette épreuve. Quoique le PJD est indirectement éclaboussé par cette affaire. Le communiqué du cabinet royal fait endosser la responsabilité à l’ancien gouvernement, et en particulier à Abdelilah Benkirane.

Montée en puissance de la Cour des comptes

L’affaire Manar Al Moutawassit et ses rebondissements remettent en selle l’importance de l’évaluation des politiques publiques, une activité très timide et pas très valorisée par le gouvernement. Pour mener à bien cette mission, la Cour des comptes est mieux outillée que les autres instances de contrôle. L’IGF, l’IGAT (Intérieur) ou les inspections générales des ministères sont des entités administratives. Elles dépendent directement de leurs ministres à qui elles rendent des comptes. De ce point de vue, elles peuvent être suspectées de manque d’indépendance. Ce n’est pas le cas de la Cour des comptes, une institution constitutionnelle.

 

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