Economie

5 écoles sur 10 sans sanitaires!

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5134 Le 25/10/2017 | Partager
Un rapport de l’Unesco pointe de graves problèmes d’infrastructures
Pas de statistiques sur les élèves en situation de handicap
L’absentéisme des profs, un mal endémique
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Les écoles manquent décidément de tout, même des infrastructures sanitaires et d’assainissement les plus élémentaires. Il s’agit là d’un chantier qui doit être inscrit dans le cadre du programme national de réhabilitation des écoles (Ph. Jarfi)

En matière d’enseignement, il faut aussi rendre des comptes. Et cela passe d’abord par les gouvernements. Pointer du doigt les enseignants pour leurs faibles résultats et pour leur absentéisme est à la fois injuste et contre-productif, insistent les auteurs de l’édition 2017/2018 du Rapport mondial de suivi sur l’éducation de l’Unesco (GEM)(1).

Des conclusions qui coïncident avec la polémique suscitée par Mohamed Hassad, le ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique suite à ses récentes mesures (publication de la liste des écoles privées qui gonflent les notes de leurs élèves et celle des enseignants absents, www.leconomiste.com).

Les travaux de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture montrent que malgré les efforts, il reste des défis majeurs avant que le Maroc n’atteigne l’objectif global de l’éducation (voir aussi «Le Maroc atteindra ses objectifs… dans un demi-siècle», cf. notre édition N°4852 du 07/09/2016).

■ Trop rares, les toilettes: Moins de la moitié des pays à faible et moyen revenu disposent de normes concernant l’éducation à la petite enfance et seuls quelques-uns d’entre eux sont dotés de mécanismes de contrôle. Dans près de la moitié des pays, il n’existe pas de dispositions sur la taille des classes. Avoir accès à des installations sanitaires correctes est une question de dignité. Sur ce sujet, le rapport cite le Maroc en «exemple». Seulement 50% des écoles ont des installations sanitaires ou sanitaires de base. Il n’y a pas de réglementation sur le nombre d’élèves par toilette, ni sur les toilettes et les lavabos pour les étudiants handicapés. En plus le taux de l’absentéisme des enseignants est pointé du doigt. Au Maroc, il a atteint presque 10% dans le primaire. De surcroît, le statut et le soutien des enseignants stagiaires sont problématiques.

■ Ils font le choix du privé: Dans les pays où les procédures d’accréditation sont défaillantes, des milliers d’étudiants terminent leur cursus avec des diplômes qui ne sont pas reconnus. Alors que l’éducation primaire a été gratuite au Maroc en 2002, 90% des parents marocains paient encore des frais. Le Maroc s’oriente de plus en plus vers un système éducatif privatisé. Et il connaît une croissance rapide (la part des étudiants inscrits est passée de 4% à 15% de 1999 à 2015). Près de 191 écoles primaires et secondaires publiques ont fermé entre 2008 et 2013. L’Etat lui-même a promu l’éducation privée, par le biais d’incitations fiscales et politiques. Cela a conduit à une diminution des opportunités pour les pauvres d’accéder à une éducation gratuite de qualité, élargissant ainsi le fossé entre les étudiants pauvres et riches.
■ Et des cours informels: La mauvaise qualité de l’éducation dans les écoles publiques couplée à la forte pression exercée sur les élèves pour obtenir de bonnes notes les poussent à exiger de plus en plus le tutorat privé (qui consiste généralement en des cours informels donnés par les enseignants eux-mêmes). Cette activité s’étend à l’échelle mondiale et vaudra plus de 200 milliards de dollars en 2020. Cependant, pour tous ceux qui ne peuvent pas se permettre le tutorat, non seulement ils n’ont pas le même accès à la connaissance de leur professeur, mais ils déclarent ne pas pouvoir se écouter en classe puisque leurs camarades comptent sur un tutorat privé pour se rattraper et perturbent les cours!

■ L’éducation, un droit: Là où les mécanismes officiels sont défaillants, les citoyens jouent un rôle essentiel pour faire en sorte que les gouvernements respectent leur droit à l’éducation. Ce dernier n’est pas justiciable au Maroc, comme dans 45% des pays du monde. Cela signifie que les citoyens ne peuvent pas poursuivre le gouvernement s’il viole le droit à l’éducation.

■ Ceux qui ne rejoignent pas les bancs de l’école: A l’échelle mondiale, moins de 20% des pays garantissent juridiquement 12 années d’enseignement gratuit et obligatoire. Or, aujourd’hui encore on compte 264 millions d’enfants et de jeunes non scolarisés et 100 millions de jeunes ne savent pas lire. Au Maroc, près de 37.000 enfants n’ont pas rejoint les bancs de l’école. 69% des jeunes et des adultes analphabètes sont des femmes. Selon les données de 2009 de la base de données mondiale sur l’inégalité dans l’éducation, 53% des jeunes des zones urbaines ont achevé le premier cycle de l’enseignement secondaire, contre seulement 16% des jeunes ruraux.

■ Violence physique: Chez nous, plus du tiers (38%) des élèves de 13 à 15 ans ont été victimes d’intimidation liée au sexe à l’école. Près de 40% ont subi de la violence physique. Cependant, l’implication des parents semble avoir des avantages significatifs. Au Maroc, ainsi qu’en Egypte et en Tunisie, une plus grande implication parentale (mesurée par la supervision, le soutien émotionnel et la communication parent-enfant) était associée à une moindre probabilité de victimisation par les pairs.

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(1) «Rendre des comptes en matière d’éducation: tenir nos engagements», le deuxième volume de la série de rapports GEM, effectue un suivi des progrès effectués dans la réalisation des Objectifs de développement durable en matière d’éducation (ODD4) adoptés par la communauté internationale. Il s’intéresse aux différentes manières dont les personnes et les institutions peuvent rendre des comptes dans la réalisation de cet objectif, qu’il s’agisse des règlements, des procédures de contrôle, du suivi, des audits, de l’intérêt des médias ou de mouvements de la société civile.

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