Economie

Ecole publique: Après les DVD, les retraites anticipées

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5128 Le 17/10/2017 | Partager
Chaque année, des milliers d’enseignants concernés
L’Education nationale se vide de ses compétences
Le ministère colmate les brèches avec des CDD
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Depuis 2013, le nombre de départs à la retraite anticipée est en nette augmentation

C’est à une véritable hémorragie que l’on assiste à l’Education nationale. Selon les chiffres de la Caisse marocaine de retraite (CMR), 3.053 enseignants ont bénéficié du départ à la retraite anticipée, contre 6.648 personnes un an plus tôt. La tendance haussière qui s’était installée depuis 2012 s’est ralentie cette année. Aux départs anticipés, il faut ajouter les 6.872 personnes ayant fait valoir leurs droits à la retraite.

Soit un total de 9.925 enseignants sur les 236.511 que compte le ministère au titre de l’année scolaire actuelle. Pour 2018, les prévisions tablent sur 9.132 départs à la retraite pour limite d’âge. Pour ne pas être pris de court comme en 2016, année qui a enregistré 6.648 départs anticipés, il a avancé pour la première fois la période de dépôt des demandes de retraite anticipée au mois d’octobre 2017 au lieu de mai.

L’objectif étant de pouvoir disposer suffisamment à temps de statistiques avant la rentrée scolaire 2018-2019. Sont donc concernés par ce dispositif tous les enseignants justifiant 30 ans d’exercice au 31 août 2018. Aucune exception n’est accordée sauf en cas de maladie. Comment s’explique-t-on ces départs massifs d’un métier que tous les jeunes étudiants rêvaient de pouvoir embrasser au terme de leur formation?

«Beaucoup de personnes n’arrivent plus à suivre la cadence des changements, devenus trop fréquents, qui touchent les programmes scolaires et les curricula. A cela s’ajoute le fait que l’enseignement est un métier stressant. La situation est aggravée par le phénomène des classes surchargées. En faisant leurs calculs, beaucoup d’enseignants se rendent compte que finalement leurs revenus ne diminueront que de 1.000 ou 2.000 DH sur un total de 12.000 DH», explique Mohamed Khoufaify, secrétaire général adjoint de la Fédération nationale de l’enseignement UMT.

Certains enseignants ont parfois l’impression de travailler pour 1.000 ou 2.000 DH alors qu’ils pourraient gagner pratiquement 80% de leurs revenus en étant inactifs. D’autres collègues choisissent la retraite anticipée parce que leurs enfants sont devenus autonomes et contribuent même parfois à financer le foyer parental. Par ailleurs, outre la surpopulation dans les classes, les professeurs se plaignent de «l’augmentation de la masse horaire hebdomadaire par rapport au temps de travail d’il y a quelques années».

«Les départs massifs anticipés sont en fait une des conséquences de la réforme du régime de retraite des fonctionnaires. Mais d’autres raisons peuvent être invoquées comme les mutations que connaissent la société et la jeunesse, l’environnement de l’école, les changements de valeurs… Autant de facteurs qui font que toute une génération d’enseignants veut se retirer de l’école publique», analyse Abdelilah Dahmani, secrétaire général de la Fédération nationale de l’enseignement UNTM (bras syndical du PJD).

                                                           

35.000 recrues en sursis

Pour faire face à l’hémorragie, le gouvernement a fait appel aux enseignants contractuels. La première vague de recrutements en 2016-2017 s’est soldée par l’embauche de 11.000 enseignants, la seconde 2017-2018 par 24.000. Les nouvelles recrues bénéficient d’un CDD limité à deux ans. Elles signent un engagement dans lequel elles reconnaissent expressément ne pas pouvoir prétendre au statut de fonctionnaire. D’ailleurs, elles restent régies par les dispositions de l’article 42 du code du travail (réglementation dédiée au privé) en matière de démission unilatérale, de débauchage…

N’ayant pas suivi de formation dans le domaine de l’éducation, elles bénéficient de trois programmes de mise à niveau: une formation à distance via un portail, des séances pendant les jours de vacances et un coaching par des professeurs ou des inspecteurs. L’enseignant contractuel est évalué quatre fois au cours de son contrat. En cas de succès au test d’aptitude professionnelle, son contrat est prorogé d’un an, renouvelable sous tacite reconduction.

En cas d’échec, le contrat est rompu sans aucune indemnisation. En 2016, le ministère de l’Education n’avait pas imposé de limite d’âge. Du coup, des licenciés flirtant avec la cinquantaine ont passé le concours. Cette année, seuls les moins de 45 ans étaient éligibles au concours. Ce qui ne règle pas le problème de la constitution d’une retraite dans le cadre du RCAR. Le problème éclatera au grand jour lorsque les enseignants contractuels auront atteint 60 ans.

 

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