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L’homme qui a stoppé le désert grâce aux termites

Par Sandrine SAWADOGO | Edition N°:5052 Le 23/06/2017 | Partager
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A gauche de la plaque qui délimite la forêt, on constate la dégradation de l’environnement et l’avancée de la sécheresse (Ph. L’Economiste du Faso)

L’aventure démarre au début des années 80 lorsque Yacouba Sawadogo décide de stopper le désert. Il utilise et adapte une méthode ancestrale de culture. Il va révolutionner le monde agricole.

184 km de Ouagadougou (capitale du Burkina Faso), au Nord, s’étend sur 25 hectares la forêt de «Gourga». Même en pleine saison sèche (mai 2017 NDLR), la végétation de cette partie de la région du Nord impressionne et attise la curiosité. Une forêt dans une zone réputée aride.
L’œuvre est de Yacouba Sawadogo, 80 ans, connu comme «l’homme qui arrêta le désert». Pour cette tâche herculéenne, il a trouvé une idée innovante: le «zaï». D’où lui est venue cette technique? Pour Sawadogo, c’est en apprenant de la terre. «À la fin des années 1960, des prédicateurs ont annoncé que nous ferions face à une sécheresse sans pareille dans notre localité. Face à ce malheur annoncé, j’ai décidé de laisser tomber mon commerce de pièces détachées afin de me mettre à l’agriculture. Afin de comprendre comment la nature se régénère, j’ai mis deux ans à sillonner les terres de mon village, souvent à pied, souvent à cheval».

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C’est en 1970 que Yacouba Sawadogo a entamé le reverdissement du désert. Âgé à l’époque de 40 ans, cet ancien commerçant de pièces détachées de motos se lance dans l’agriculture. 40 ans après, ce pari fou est gagné et sa technique a révolutionné le monde agricole
(Ph. L’Economiste du Faso)

C’est au bout de ces deux ans de «communion» avec la terre que lui est venue l’idée du «zaï», une technique qui consiste à préparer le sol en saison sèche. Pour ce faire, il y creuse de petits trous, les remplit de débris organiques. Ces débris à leur tour attirent les termites, naturellement présentes dans cet environnement. En s’installant dans les petites cavités, les termites creusent des galeries, ce qui permet de retenir l’eau de pluie lors de la saison des pluies. Il ne reste plus qu’à semer les graines.
Mais l’innovation ne s’arrête pas là. Au fil des saisons, Yacouba Sawadogo est passé maître dans la technique du zaï. C’est désormais de la matière organique composée de compost ou de fumier associé à des tiges de mil concassé qu’il met dans ses petits trous. En plus des graines pour son champ, il y ajoute des graines d’arbres.
Le coup de poker devient un véritable coup de maître. La petite expérience de Yacouba se transforme peu à peu. En bordures de son champ s’érige désormais une forêt. Elle s’étend entre 25 et 27 hectares, selon des estimations GPS. Celle-ci attire de nombreux oiseaux qui rapportent à leur tour de nouvelles graines et contribuent à la diversification faunique. C’est ainsi qu’on y retrouve des espèces végétales locales courantes.  Les animaux ne sont pas en reste. Au fil de la promenade dans cette forêt, on remarque des petits canaris déposés çà et là. Il s’agit en fait d’abreuvoirs pour oiseaux, rongeurs, reptiles et autres lièvres que la forêt abrite. Un véritable écosystème au milieu de cet espace aride.

                                                                                       

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La forêt s’étend sur 25 ha, selon des estimations de Yacouba Sawadogo. Elle attire de nombreux oiseaux qui rapportent à leur tour de nouvelles graines et contribuent à la diversification faunique (Ph. L’Economiste du Faso)

A fin de pérenniser cet acquis, M. Sawadogo décide de partager sa technique autour de lui. Ainsi est créée dans son village natal, à Gourga (4km à l’Ouest de Ouahigouya), une mini-foire «marché zaï».
Une manifestation qui a connu la présence de producteurs venus des quatre coins du pays. Une initiative qui a abouti à la création de «l'Association des groupements Zaï pour le développement du Sahel».
Cependant une menace plane sur cette réserve. «Aujourd’hui, je lance un cri du cœur aux autorités de ce pays. Le lotissement est en train de détruire cet écosystème», déplore M. Sawadogo. Depuis quelques années, la ville a rejoint le village de Gourga et l’urbanisation a atteint la forêt. Des parcelles à usage d’habitation ont été découpées à l’intérieur de la forêt et les travaux de construction de certaines ont débuté.

Sandrine SAWADOGO

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