L'Edito

Jihad

Par | Edition N°:901 Le 23/11/2000 | Partager

Avec le renoncement de Coats Villeya, un des sous-traitants de Marks & Spencer, c'est un coup très dur que vient d'accuser le secteur textile marocain. Pis, c'est un coup qui fait mal à la politique d'attraction des investisseurs étrangers; un coup qui va se traduire rapidement par des baisses d'exportations, de recettes en devises, des disparitions d'emplois, des réductions de revenus...Marks & Spencer, c'est un emblème, une sorte de certificat de qualification qui permet de dire à des acheteurs moins importants: «Vous voyez, vous pouvez travailler avec nous en confiance, puisque Marks & Spencer le fait». C'est ce que les architectes des politiques économiques dans le monde appellent «les lièvres» ou les «bannières»: lorsqu'ils s'installent dans un pays, leurs concurrents se disent tous qu'il faut le faire aussi. De cette manière, un cercle vertueux s'engage, les investissements se font, les emplois se créent, des familles vont enfin sortir de la misère. Elles commenceront à con-sommer, ce qui fera sortir d'autres familles de la même misère...Mais, inversement, si une «bannière» quitte le navire, c'est un cercle infernal qui se met en place. Tout le monde se demande ce qui a pu se passer et dans le doute, chacun joue la prudence: arrêts d'investissement, abandons de projet et au bout du compte des emplois qui n'existeront jamais.Mais, qui est responsable de cela et qui peut renverser la vapeur avant que tout ne soit perdu? Ce n'est pas le Dirham ou le Smig tous seuls qui font partir Marks & Spencer, c'est le manque de productivité, l'impossibilité d'avoir des délais sérieux, le sentiment d'être soumis à un chantage diffus, le je-m'en-foutisme politique sur le droit du travail...Combien d'irréversibles accidents de ce genre faudra-t-il encore pour qu'enfin on fasse attention au Message Royal sur le Jihad économique?Nadia SALAH

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