L'Edito

Frousse

Par | Edition N°:911 Le 07/12/2000 | Partager

Bien sûr, personne n'a voulu la baisse actuelle des cours boursiers, mais l'on peut être sûr qu'il y a des malins pour en profiter en toute légalité.Acheter aujourd'hui des ONA à 1.100 DH ou des BMCE à moins de 500 DH, pour ne citer que deux titres très connus, c'est une sacrément bonne affaire: un PER, -Price Earning Ratio, manière rapide de calculer le prix par rapport au rendement-, aux alentours de 10 signifie qu'il faut se précipiter dessus, en espérant ne pas être trop nombreux à le faire, sinon les prix remonteraient! Donc, la stratégie est toute tracée: décourager le plus possible ses voisins pour qu'ils vendent et faire le contraire de ce qu'on leur recommande de faire!Dans ce contexte, comment doivent réagir les entreprises cotées? Elles sont un peu coincées: si elles rachètent pour soutenir leurs cours, -ce qui n'est pas illégal -, on risque de leur reprocher d'avoir joué le jeu du voisin médisant; si au contraire, elles laissent faire en se disant que ce qui compte c'est leurs résultats d'exploitation et les dividendes qu'elles vont distribuer, alors on les accusera d'avoir laissé les épargnants découragés se faire plumer par plus malins qu'eux. Quadrature du cercle!En fait, l'histoire de l'épargne au Maroc a déjà connu ce phénomène. En 1976-77, l'Etat avait lancé son premier grand emprunt en le baptisant Emprunt Sahara, une opération financièrement très intéressante, mais des rumeurs avaient couru, si bien que la majorité des acheteurs ont eu peur de tout perdre. Ils ont vendu à perte en se disant qu'il valait mieux récupérer un peu que rien du tout. Naturellement, quand les petits porteurs écoutaient les rumeurs, les vrais requins, eux, faisaient leur marché: ils ont racheté pour une bouchée de pain des titres qui leur ont rapporté énormément.C'est un processus identique qui s'est mis en place à la bourse, et malheur à celui qui écoute sa frousse au lieu de prendre sa calculette.Nadia SALAH

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