Economie

Une enquête du CNJA : Jeunes : La génération famille-TV

Par | Edition N°:150 Le 20/10/1994 | Partager

Les résultats de la dernière enquête sur les jeunes viennent d'être publiés par le Conseil National de la Jeunesse et de l'Avenir. Quelques confirmations, mais aussi des inquiétudes, en particulier pour le volet "éducation-formation".

Portant sur un échantillon représentatif de 6.000 jeunes environ, âgés de 15 à 34 ans révolus, la dernière enquête du CNJA traite des thèmes suivants: les jeunes et les relations familiales, l'éducation-formation des jeunes, les activités socioculturelles des jeunes et enfin les jeunes et le marché du travail.

L'objectif principal de l'enquête, indique la note de présentation, est de "permettre une appréciation sur le niveau d'intégration sociale, culturelle et professionnelle des jeunes, sur leur perception de l'avenir et par conséquent sur leur accomplissement".

La cellule familiale demeure la pierre angulaire et une valeur sûre dans l'éducation et l'encadrement des jeunes à travers toutes les phases de leur croissance. Près de sept jeunes sur dix considèrent que la famille est un appui essentiel pour réaliser leurs attentes.

L'importance du soutien familial apporté dans la recherche des moyens pour assurer l'insertion des jeunes dans la vie active se confirme. Près d'un jeune sur deux obtient un travail par l'intermédiaire de relations familiales ou personnelles. L'absence d'une structure d'intermédiation entre les jeunes en quête d'un travail et les organismes employeurs est un fait qui explique cette pratique.

Il ressort également de l'enquête que les jeunes sont majoritairement attachés au rôle joué par "l'habitation avec les parents" en tant qu'école et cadre où se transmettent les valeurs spirituelles, sociales et culturelles entre générations.

On notera que les avantages associés à cette vie avec les parents, témoins de la solidité et de la pérennité des liens, l'emportent largement sur les inconvénients; on est loin de la jeunesse des années 70 contestant les valeurs familiales.

Après avoir bénéficié d'une prise en charge plus ou moins totale jusqu'à leur entrée dans la vie active, les jeunes consacrent, dans leur écrasante majorité, une partie de leurs revenus pour aider leur famille.

Pour le C.N.J.A., "ces transferts sont l'expression de la solidarité et de l'entraide qui caractérisent les relations familiales dans notre société". Ce système de transferts, relève le rapport de l'enquête, "constitue un système séculaire de sécurité sociale adapté aux traditions et valeurs de la société marocaine".

Attentisme mal venu

L'attachement à la vie familiale est également plébiscité par les jeunes: 70% d'entre eux se la fixent comme objectif essentiel à atteindre dans leur vie, d'où leur aspiration à fonder un foyer. Autre enseignement à souligner, le rôle primordial joué par l'exploitation familiale agricole, dans l'apprentissage des métiers aux jeunes et dans le cadre de l'occupation offerte aux jeunes; à défaut de leur assurer un travail rémunérateur, elle les éloigne des risques de délinquance en attendant de trouver un emploi salarié.

En ce qui concerne le volet "jeunes et marché du travail", il ressort encore des résultats de l'enquête une nette prépondérance des relations familiales et personnelles dans l'intermédiation pour 47% des jeunes actifs.

La majorité des jeunes actifs surtout en milieu rural ne transitent pas par le marché de l'emploi.

Les employés non-qualifiés représentent la majorité des salariés permanents, soit 45% en moyenne.

La proportion des jeunes exerçant comme "cadres" dans l'entreprise reste, somme toute, modeste. Ceci pose une fois de plus le problème du taux d'encadrement de la firme marocaine.

La modernisation du tissu productif national passe impérativement par son amélioration, dit en substance M. El Malki, secrétaire général du CNJA.

En matière de création d'entreprises, 75 % des jeunes estiment que l'initiative de l'investissement demeure fondamentalement une affaire personnelle ou familiale. Ici encore, l'information ne semble pas bien circuler. Plus des 3/4 des jeunes qui ont créé leur entreprise en milieu rural ne connaissent même pas le crédit "Jeune Promoteur". D'où le recours à l'assistance familiale.

L'Administration ne fait plus recette

Autre fait nouveau relevé par l'enquête: l'emploi dans l'Administration ne fait plus recette auprès des jeunes. Ils préfèrent de plus en plus travailler dans le secteur privé. Jusqu'à la fin des années 80, l'Administration constituait le principal pourvoyeur d'emplois et le débouché "naturel" aux lauréats sortis du système scolaire.

Le nombre des jeunes écartés du système scolaire reste encore très élevé en dépit de réels efforts et sacrifices consentis par l'Etat en vue de généraliser l'enseignement.

La proportion des "sans niveau scolaire" parmi les 15-34 ans est de 34%; le milieu rural semble le plus affecté par l'analphabétisme des jeunes.

En effet, 15% des jeunes citadins n'accèdent pas à l'instruction contre 60% en milieu rural.

Par rapport au sexe on relève également une disparité. Ainsi, 50% des filles n'ont pas accès au système scolaire contre seulement 18% chez les jeunes garçons.

Les motifs de la non-scolarisation sont divers, mais le plus important semble, d'après l'enquête, l'incapacité des parents à assurer sur le plan matériel la scolarité de leurs enfants, ce qui est paradoxal, l'école étant supposée gratuite.

Syndicats et partis n'ont plus la cote

On mentionnera également que l'utilisation par les parents de leurs enfants comme main-d'oeuvre gratuite au sein de l'exploitation familiale limiterait l'accès à l'école en milieu rural.

En outre, la perception de l'institution scolaire est nettement différente chez les jeunes suivant qu'ils habitent en ville ou en milieu rural. Pour les premiers, l'école constitue un moyen de promotion sociale; en revanche, pour les seconds, l'école est avant tout un moyen d'apprendre à lire et à écrire.

Quant aux langues d'apprentissage, les jeunes ont en général un niveau satisfaisant en langue arabe et reconnaissent leur faible niveau en français. Seuls 8% d'entre eux maîtrisent la langue de Molière.

Il y a enfin une très forte motivation à apprendre d'autres langues étrangères, en particulier l'anglais qui est perçu comme la langue de communication au niveau international.

Pour ce qui concerne les activités socio-culturelles des jeunes, la première constatation réside en la faible affiliation des jeunes dans les activités associatives.

A peine 4% d'entre eux adhèrent à une ou plusieurs associations; le mouvement associatif est avant tout un phénomène urbain.

Les associations militantes: syndicats, associations politiques, etc... n'ont pas la cote auprès des jeunes; seules les associations à caractère récréatif leur paraissent très attractives.

Le niveau culturel et la disponibilité des établissements socio-culturels tant du point de vue quantitatif que qualitatif sont les facteurs déterminants de la participation à la vie associative.

Les jeunes occupent leur temps libre à regarder la télévision, surtout en milieu urbain où le taux d'équipement des ménages en téléviseurs est plus élevé.

En revanche, en milieu rural, la radio constitue le principal loisir pour les jeunes. Ceci s'explique aussi bien par les disparités socio-économiques avec les citadins que par le niveau d'instruction, indique l'enquête.

La proportion des jeunes qui pratiquent le sport pendant leur temps libre reste faible.

La pratique du sport n'est pas encore ancrée dans les moeurs des jeunes. Ici encore, le niveau d'instruction constitue une variable discriminante. Plus on est instruit, plus on est enclin à pratiquer le sport.

Dernière composante des loisirs des jeunes, la lecture des journaux, qui est motivée d'abord pour s'informer sur la politique internationale, avec un moindre intérêt pour le sport et la politique nationale, tout au moins pour ceux disposant d'un niveau d'instruction supérieur.

Abashi SHAMAMBA

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