Culture

Un beau livre d’histoire sur les sœurs jumelles du Bouregreg

Par L'Economiste | Edition N°:2973 Le 27/02/2009 | Partager

. 625 dessins, tableaux de peinture et photographies . Grande fresque de Rabat et de Salé «Une histoire d’eau, Rabat, Salé et l’Oued Bouregreg», c’est un bel ouvrage que vient de faire paraître le docteur Robert Chastel, passionné d’histoire et de photographies anciennes. Edité à compte d’auteur, cet ouvrage de 450 pages a été imprimé à Rabat chez Okad El-Jadida. Robert Chastel y retrace l’histoire de Rabat et de Salé (les sœurs jumelles du Bouregreg) et celle du port de Rabat. En fait, il s’agit de trois livres en un. Les récits historiques sont très détaillés, avec une grande précision au niveau des dates et des événements. De nombreuses citations et anecdotes rendent la lecture agréable, instructive et enrichissante. L’ouvrage contient aussi près de 625 dessins, tableaux de peinture et photographies, dont une majorité de clichés en noir et blanc anciens, d’une grande valeur historique. Une trentaine de photographies sur le port de Rabat contribuent aussi à agrémenter le livre. La plupart des gravures des XVIIe et XVIIIe siècles paraissent pour la première fois sur un ouvrage d’histoire du Maroc. La majorité des photos récentes a été prise par l’auteur au cours des 25 dernières années, lors de ses multiples promenades dans les deux villes et sur les rives de l’Oued Bouregreg. R’bati de cœur et d’adoption, il avoue avoir passé beaucoup de temps à «ausculter ce fleuve, qui est dépositaire de la mémoire des deux rives de Rabat et de Salé». «J’ai pour ce fleuve une amitié particulière et cet ouvrage se voudrait un hommage à son histoire meurtrie et à sa mémoire oubliée», ajoute-t-il. Le docteur Chastel retrace l’histoire de Rabat depuis le VIIIe s. av. J.-C., quand les phéniciens fondèrent le comptoir maritime de Sala. «Après les guerres puniques en 146, Sala deviendra Sala Colonia avec un port important qui n’a pas encore fait l’objet de fouilles. C’est sur les ruines de la ville romaine que les Mérinides construiront le Chella, la grande nécropole où sont enterrés les sultans de la dynastie. A la fin de la période romaine qui correspond à l’invasion islamique, Salé existait déjà mais elle ne prit de l’importance qu’au Xe siècle, quand elle fut réellement fondée par Banou Achara», précise-t-il. L’islamisation de la Tamesna, vaste région comprise entre le Bouregreg et l’Oum Er-Rbia, se fit avec une résistance des tribus berbères berghwata, qui adoptèrent un coran à leur manière, explique encore l’auteur. Cette hérésie valut à Salé d’être attaquée par les Idrissides puis par les Almohades. En 1148, Abdelmoumen détruisit les hérétiques et, à partir de Salé, fondait sur l’emplacement actuel de la Kasbah des Oudaïas, la ville d’El Mehedia, emplacement du futur Rabat. C’est au neveu d’Abdelmoumen, le sultan Yacoub El Mansour, que l’on doit la fondation de Ribat El Fath, le camp de la Victoire contre les hérétiques et pour conquérir par mer l’Andalousie.

Intense activité corsaire
De 1185 à 1199, Rabat fut construite... «Six kilomètres de remparts ceinturaient une ville de 400 hectares avec 4 grandes portes: Bab El Alou, Bab Roah, Bab Zaer et Bab El Had. La kasbah devenait le palais du sultan, qui fit venir des commerçants et assura une activité maritime importante à Rabat», poursuit l’auteur. Yacoub El Mansour commença la création du port de Salé et de son arsenal avec le célèbre port de Bab Mrisa. On lui doit aussi la Tour Hassan, qui ne sera pas achevée à sa mort en 1199. Les Mérinides saccagèrent Rabat au profit de Salé, qui devint une place portuaire célèbre et visitée par les Portugais, les Espagnols, les républiques italiennes et par les navires français de Provence. Salé eut aussi une intense activité corsaire durant cette période, ce qui était commun à toute la Méditerranée. Salé périclita à la fin des Mérinides.
La République du Bouregreg
En 1609-1610, Philippe II d’Espagne expulsa les Moriscos, descendants des Arabes, qui avaient envahi l’Espagne au VIIIe siècle. Ils s’échouèrent sur les côtes marocaines et pour se venger de l’Espagne, s’adonnèrent à la piraterie. Moulay Zidane voulut les enrôler mais ils s’affranchirent de la tutelle saâdienne, expulsèrent leur caïd et fondèrent la République du Bouregreg en 1627. «Les corsaires de Salé vivaient essentiellement à Rabat qui s’appelait Sala Jdida, alors que Salé s’appelait Sala Qdima. La rive de Salé était très ensablée et le port de Salé rendu peu accessible. Les chantiers navals des corsaires se trouvaient sur la rive de Rabat, en dessous de la Tour Hassan et le port se situait en dessous de la muraille du mellah. Il y eut des raïs originaires de Salé comme Fennich, Britel, Aouad, mais la plupart étaient de Rabat», raconte Chastel. La piraterie fit la fortune des R’batis. L’essor de Rabat se poursuivit jusqu’en 1777, date à laquelle le sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah fit venir les commerçants européens à Mogador. L’activité de Rabat et Salé va alors péricliter et ne reprendra qu’à partir de 1912, quand Lyautey fera de Rabat la capitale administrative du protectorat. Lyautey construisit un port fluvial sur le Bouregreg. Après 4 ans de travaux, des navires de 80 mètres de long accostaient à Rabat et Salé. Après la construction des jetées en 1921, Rabat recevait des navires de 110 mètres de longueur. Le port de Rabat va ensuite péricliter en 1940, le protectorat abandonnant Rabat au profit de Casablanca. «Aujourd’hui, de grandes mutations promettent au Bouregreg et aux deux cités un brillant devenir», conclut l’auteur, avec une note d’espoir.

Parcours

Robert Chastel est un médecin installé à Rabat depuis 1966. Il signe ici son quatrième ouvrage. Le premier, il l’a publié en 1993 et s’intitule «Rabat Salé, vingt siècles de l’Oued Bouregreg». En 2006, il a publié «Témoignages et chuchotements. Histoire de Casablanca des origines à 1952». En 2007, en privilégiant la photographie, il a édité «Archives photographiques, Casablanca 1900-1912».Nadia BELKHAYAT

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