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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

dimanche 23 novembre 2014,
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Trois grands constructeurs - distributeurs jugent le marché informatique marocain

   

C'est le grand paradoxe du secteur informatique: il ne génère aucune "base de données" sur lui même. En l'absence de statistiques, L'Economiste a interrogé les représentants au Maroc de deux constructeurs et d'un grand éditeur de logiciel. Il s'agit de M. Lhopital (IBM devenue récemment EIBM), M. Luc Saint Jeannet et Sqalli (Bull Maroc), Ahmed Chami (Distrisoft) et Halim Belmaachi (Microsoft).

IBM, Bull et Distrisoft ne prévoient aucun palier dans la demande au Maroc. Ils sont d'accord pour prévoir que les taux de croissance resteront à 2 chiffres (15 à 20 %) .

Pour Bull, les 2 segments à plus forte croissance sont les postes de travail intelligents (micros), les mini-ordinateurs (départementaux) et les systèmes d'exploitation standard de type UNIX. Bull explique que "les systèmes propriétaires ont tendance à une évolution naturelle". En parallèle, il y a une croissance des postes de travail et des serveurs intermédiaires, pour les utilisateurs finaux, avec des applications de types informationnels, précise ce constructeur.

Pour IBM, le marché marocain n'est "pas encore au stade de la consolidation, comme il l'est en Europe". Ce constructeur juge le marché marocain sous-équipé et pense que la demande va se développer autour du stockage, des réseaux et terminaux. "Il faut développer tout ce qui est télématique", précise-t-il.

Chez Distrisoft, l'analyse est plus nuancée: "il y a de belles années pour l'informatique", mais estime que beaucoup d'entreprises auront des difficultés au Maroc : " c'est une tendance internationale" qui fait que les représentants baissent leurs prix, et perdent de leurs capacités de recherche - développement. La tendance est au Dowsizing. Le marché se sature sur les gros systèmes, pense Distrisoft.

En revanche, des constructeurs comme Dell ou HP, qui ont bien adapté leurs produits à l'évolution vers mini - micro, résistent mieux à cette tendance.

Pour IBM, la croissance du marché des grands systèmes sera moins forte que chez les minis et les micros. Néanmoins il y a des croissances à attendre en raison des intégrations autour d'unités déjà en place: "les contrats vont se sophistiquer autour de solutions globales". Pour l'ex - Big Blue, il y aura de moins en moins de ventes avec des "prix catalogue" et de plus en plus de "solutions globales". Le raisonnement est vrai aussi chez les minis.

Pour Bull: les minis sont un créneau porteur: "Les organisations ayant déjà un patrimoine important qu'il faut développer, sauvegarder en ont besoin". Dans les marchés des standards autour de ces main-frame, il y aura des minis dédiés à des applications de gestion, de bureautique, auxquels seront connectés des micros.

Bull considère qu'il y a trois marchés bien identifiés. Un premier se trouve autour des main-frame, pour faire communiquer, de la manière la plus transparente les utilisateurs finaux, via les serveurs informationnels avec les centraux. Le 2ème marché est celui des petits et moyens systèmes qu'il faut décentraliser. Ce seront de "gros" micros, pour une informatique répartie. Il y en a aussi un 3ème, celui des petits systèmes de gestion de PME qui privilégie la qualité de l'applicatif. Ces marchés sont attaqués par Bull et ses partenaires.

Chez IBM, le micro est aussi la nouvelle vedette. Le constructeur voit même des développements en "cash and carry" sur des modèles standard, qui deviennent de plus en plus puissant. IBM sera présent sur tous les créneaux, y compris quand il s'agit de vendre du matériel venu d'ailleurs et inversement de faire vendre sur d'autres réseaux ses matériels. La réorganisation de la marque, au niveau mondial, va dans ce sens.

Pour Distrisoft la tendance est "aux stations de travail Risc et la micro-informatique" .

Avis partagés sur les périphériques

Bull ne considère pas que le périphérique soit un marché en explosion: "il y a déjà un marche de renouvellement et une technologie qui évolue vers les standards". Les périphériques sont de plus en plus banalisés, produits par des entités spécialisées, qui ont trouvé leurs niches . Au Maroc, les grands comptes évoluent de manière naturelle. Ceux qui installent l'informatique mettent en place les périphériques d'emblée.

Deux créneaux peuvent émerger, selon Bull: les routeurs (pour les passerelles entre les réseaux locaux et distants) et des outils de sauvegarde plus performants, les super - streamer.

Distrisoft estime aussi que les produits périphériques vont se banaliser, mais au contraire pense que le marché reste fort et que de nouveaux produits vont apparaître.

IBM partage l'opinion de la banalisation, et les voit même dans la grande distribution, "au moins dans une certaine mesure". Pour ce constructeur, la spécialisation va se poursuivre sur la fabrication des périphériques, avec des productions indépendantes.

Pour IBM, il s'agit de poursuivre la stratégie d'éclatement de la firme pour se rapprocher du client d'une part et d'autre part avoir davantage de souplesse pour proposer des solutions globales. Cette démarche s accompagne d'un changement d'image: la marque veut acquérir un "look" de "jeunesse astucieuse" à la place de la "lourde respectabilité". Bien qu'EIBM se propose d'élargir ses contacts directs avec la clientèle, "elle n'en poursuit pas moins sa stratégie d'agréments, en vertu du principe selon lequel plus il y a de banques, plus il y a de comptes".

Bull place aussi l'utilisateur final au centre de sa stratégie: "l'objectif est qu'il puisse accéder à tout le système informatique". Nous investissons clairement encore sur les systèmes propriétaires (outil de communication, accès aux données) et les bases de données sur les machines UNIX.

Chez Distrisoft la stratégie est de "mettre un PC dans chaque maison avec un logiciel Microsoft dessus, à la portée de tout le monde", autour du Windows, Word, Visual Basic, en version franco-arabe au Maghreb. "Nous voulons encourager les SSII pour des applications spécifiques à notre zone". Microsoft va aussi tirer profit des configurations matérielles de plus en plus puissantes, en utilisant ce qui est acquis.

Tendances des recherches

Pour Bull, le développement de la recherche est dans les regroupements de puissances, d'acteurs du marché autour d'une technologie. Une association de ce genre a été créée autour de la technologie Power PC en 93. Les recherches futures se feront en partenariat, comme pour le Risc. Bull investit plus sur le logiciel, le caractère opérationnel, que sur la puce.

Distrisoft voit les développements de la recherche dans les technologies d'ordinateurs sans clavier, de reconnaissance de la voix, dans l'élévation des puissances, et dans l'extension de l'informatique dans les appareils de bureau, fax, téléphone.

Chez IBM, ce sont les technologies de l'image qui retiennent le plus l'attention, avec les développements sur le multimédia, le traitement scanner du papier pour l'archivage des images et des textes et enfin la croissance des réseaux. Pour IBM, ces recherches devront se développer en partenariat, en "co-entreprises", quitte à ce que la firme crée elle-même les partenaires qu'elle recherche. IBM développera les grands systèmes d'exploitation, les micro OS2, les Risc, UNIX.

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Les évidences du logiciel

IBM est on ne peut plus net: "le développement du logiciel, c'est la chance du Maroc", puisqu'il ne nécessite pas d'investissements très lourds et que les compétences existent.

Dans l'optique de Bull, la demande des années 90 concerne des services nouveaux. Le facility-management, I'intégration-système: "il y a une compétence au Maroc qui commence à être exportée". Les éditeurs de logiciels s'implantent en s'appuyant sur des structures locales. Il y a aussi l'aspect réseau à développer et des créneaux événementiels comme le nouveau plan comptable.

Distrisoft considère que les entreprises marocaines sont sous-informatisées. Le hard n'est qu'un outil. Il y aura l'application horizontale où Microsoft est leader(traitement de textes, tableau, gestionnaire de réseaux.

.). "Toutes les entreprises ressentent ou ressentiront forcément ces besoins", analyse Distrifost. Il y aura aussi un créneau application verticale (gestion de pharmacie.

.), mais Microsoft en fait peu.

Bull voit le développement des logiciel par des entreprises marocaines, parfois en association avec des entreprises étrangères en sous-traitance ou en co-traitance. "Des ateliers de génie logiciel" peuvent être créés et leurs productions commercialisées à l'étranger. Il y a aussi des solutions applicatives, développées sur des niches au Maroc, puis vendues à l'étranger.

Maintenance, l'argument

Distrisoft estime qu'il y aura "un écrémage, une concentration d u marché" avec des gammes, pour l'horizontal. Pour le vertical, les SSII développeront l'ingénierie informatique sur les produits des éditeurs de logiciels

IBM considère que la maintenance est en train de devenir l'un des tout premiers arguments de vente, et discerne des percées techniques dans ce domaine avec les ordinateurs que l'on peut interroger à distance sur les risques de panne ou les ordinateurs que s'autodiagnostiquent. C'est un domaine où le constructeur garde un avantage sûr, parce qu'il est le seul à maîtriser le réseau sur toute sa longueur.

Bull souligne qu'en matière de maintenance il faut être souple pour proposer des solutions adaptées, parfois des solutions de permanence 24 heures sur 24, ou la garantie de la continuité du système d'information. La stratégie évolue aussi vers la maintenance à la carte.

Pour Distrisoft, la maintenance sera un facteur clef de différenciation: "de jeunes distributeurs l'ont déjà compris " . Pour le logiciel, chez Microsoft (14.000 personnes dans le monde, une personne sur 5 travaille sur le support technique) Distrisoft 2 lignes téléphoniques sont consacrées avec 2 personnes, aux supports techniques. Elles utilisent une base de connaissances utilisée par Microsoft dans le monde et qui ainsi s'enrichit.

A chacun ses problèmes

Pour Bull, le recrutement reste le problème le plus difficile à résoudre: les bons profils sont rares dans les domaines techniques (réseaux, télécommunications).

Chez Distrisoft, le problème majeur reste le piratage, les copies du logiciel. Alors, que souligne la firme, le coût réel de l'informatique sera de plus en plus dans le logiciel, dans l'information.

Chez IBM, le problème majeur est l'existence de droits et taxes élevés à l'importation, avec en outre une discrimination entre le matériel lui-même et le matériel qui permet d'augmenter les capacités, mais qui est considéré, comme des pièces détachées donc sur-taxé. Le constructeur souhaite aussi voir moderniser les cahiers des charges pour les marchés publics. IBM ajoute sa voix aux voeux de Bull en matière de formation.

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