Economie

Traitement des ordures ménagères et industrielles : Déchet solide recherche décharge contrôlée

Par | Edition N°:202 Le 02/11/1995 | Partager

Le cas de la décharge de Lissasfa résume la problématique des déchets au Maroc. Trois ans après la création de cette décharge, une pollution a été signalée dans la nappe phréatique qui se trouve en dessous. Le risque qu'un cas pareil ne se reproduise existe toujours. Un séminaire organisé les 18, 19 et 20 septembre derniers par l'Ecole Hassania de Travaux Publics sur le thème des déchets solides explique pourquoi.


La zone de Lissasfa, située à la périphérie de Casablanca, est célèbre par la décharge publique de déchets ménagers qui y a été installée en 1986. Pendant l'été 1989, le pire avait été évité dans cette zone. Ainsi, quelques mois après la mise en service de la décharge, des puits d'eau situés en aval de la décharge ont commencé à produire une eau nauséabonde et de couleur jaunâtre. Des analyses effectuées par l'Administration de l'Hydraulique confirmèrent l'existence d'une pollution d'origine chimique et bactériologique au niveau de la nappe phréatique se situant au-dessous de la décharge.
Cette pollution resta heureusement limitée.
En effet, l'exploitation de la nappe en aval de la décharge pour des besoins agricoles avait limité la propagation de la pollution vers le reste de la nappe.
Toutefois, le risque que le cas "Lissasfa" se reproduise existe toujours. Tout d'abord en raison de l'importance du volume de déchets urbains produit annuellement au Maroc: 3,7 millions de tonnes. Ces déchets sont constitués de 65 à 70% de matières organiques, 18 à 20% de papier-carton, 2% de plastiques et déchets divers. Données de la Banque Mondiale et de la DGCL (Direction Générale des Collectivités Locales).

Les sites de décharge


En outre, 5% des déchets solides industriels de toxicité variable représentant annuellement un volume de 800.000 tonnes sont évacués dans les décharges (données du MCIA). A ce niveau, les intervenants lors du séminaire ont rappelé que la législation française destinait chaque type de déchet industriel au site de décharge qui lui convient.
- Les sites sont classés géologiquement en fonction du degré de perméabilité des roches qui s'y trouvent. Ainsi, les sites de classe 1 constitués de roches imperméables peuvent, à l'exception de substances toxiques ou explosives, recevoir des déchets industriels spéciaux tels que les cendres, les boues de peinture, ou encore les matériaux contenant des hydrocarbures par exemple.
- Les sites de classe 2, moins imperméables que les premiers ne peuvent recevoir que des déchets industriels assimilables (bois, textile, papier, etc) et les déchets ménagers.
-Enfin, les sites de classe 3 contiennent les formations les plus perméables et présentent donc un risque plus grand de contamination des nappes phréatiques souterraines. En conséquence, ce type de site ne peut recevoir que des déchets inertes: déblais et gravats.

Déchets humides


Par ailleurs, les déchets urbains marocains contiennent un taux d'humidité qui varie de 60 à 70%, soit le double du taux d'humidité des déchets européens.
Cette humidité augmenterait le risque de contamination des eaux superficielles et souterraines.
Autre élément qui pose la problématique des décharges au Maroc, leur nature. En effet, les intervenants lors du séminaire sur les déchets solides ont rappelé l'existence de trois types de décharges de déchets urbains.
Les premières, dites décharges brutes, ne répondent ni aux impératifs d'hygiène ni à ceux de protection de l'environnement. Les déchets sont déposés en vrac avec tous les inconvénients que cela suppose. En France, ce type de décharge est interdit depuis 1973. Or, au Maroc, toutes les décharges sont de type brut.

- Les décharges qui offrent les meilleures possibilités sont celles dites contrôlées ou ICPE (Installation Classée pour la Protection de l'Environnement). Le principe d'exploitation de ce type de décharge limite tout risque de nuisance à l'environnement ou à la santé humaine. En effet, à ce niveau, les résidus sont répandus par couches successives. Par ailleurs, les couches sont nivelées et limitées par des talus réglés et peu inclinés, évitant ainsi que les ordures ne soient remises à nu par la pluie. Autre principe d'exploitation des décharges contrôlées: le dépôt doit être recouvert de terre ou de matériau approprié.
La "mise en balles", troisième technique de décharge, a été développée en Angleterre et aux Etats-Unis. Le principe consiste à comprimer les déchets à très forte pression sous forme de balles et à les entasser dans des décharges. A ce niveau, les avantages se présentent surtout en terme de coût de transport: la densité des balles permet d'avoir des conditions avantageuses.
En fait, face à l'évolution rapide du volume et de la nature des déchets, "il est nécessaire de repenser l'organisation générale de la gestion des déchets", a-t-il été précisé. L'optimisation de cette gestion, notamment, s'articule autour de 3 axes prioritaires: réduire le volume total des déchets produits et leur nocivité, développer les opérations de collecte, de tri, de recyclage ainsi que des technologies de traitement plus respectueuses de l'environnement et enfin prévoir le stockage des déchets ultimes.

Mohamed BENABID.

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