Economie

Tourisme : La Méditerranée défend sa première place

Par L'Economiste | Edition N°:197 Le 28/09/1995 | Partager

L'avenir du tourisme méditerranéen passe par des efforts de promotion commune en vue de capter de nouveaux marchés lointains. Un moyen de conserver le premier pôle du tourisme mondial.


" L'union fait la force". Les pays participant à la deuxième conférence ministérielle sur le tourisme méditerranéen, tenue la semaine dernière à Casablanca, semblent s'être inspirés de ce proverbe pour la promotion du tourisme dans le pourtour de la Méditerranée.
Avec plus de 250 millions de visiteurs, la Méditerranée reste la première destination avec 34% des flux du tourisme mondial. Ce premier pôle mondial de fréquentation touristique génère un volume de recettes estimé à 75 milliards de Dollars et un taux moyen de couverture du déficit commercial des pays du Sud de l'ordre de 46%, variant selon les cas de 20 à 75%, affirme le représentant de l'U.E. dans son allocution prononcée le jour de l'inauguration de la conférence.
Mais la Méditerranée pourra-t-elle conserver longtemps sa première place dans ce domaine sans renouvellement de ses marchés et sans un effort de promotion commune?
Cette interrogation se dessine en filigrane. D'autant que la concurrence des pays du Pacifique, de plus en plus vive, menace son leadership. Les nouvelles destinations lointaines, fortement médiatisées, bénéficiant de promotions soutenues, sont accessibles à des tarifs compétitifs. Face à l'attrait croissant de ces destinations dites "exotiques", la Méditerranée souffre d'une stagnation d'intérêt, soutient un expert de l'Organisation Mondiale du Tourisme.

Un réseau du tourisme

Dans cette perspective, une charte et un réseau du tourisme méditerranéens ont été créés. Le réseau, dont le siège sera au Maroc, devra "mettre en oeuvre la coopération méditerranéenne dans les domaines de l'information, de la promotion et de la formation". Il se fixe comme objectif d'associer les Etats, les collectivités locales et les professionnels afin de promouvoir le tourisme national et international. Dans la foulée, la conférence a adopté six résolutions. L'une d'entre elles demande aux participants à la conférence euro-méditerranéenne de Barcelone d'inclure le tourisme parmi les actions prioritaires de la coopération. De même, le Sommet économique de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient a été sollicité "pour considérer le tourisme comme l'un des secteurs les plus dynamiques pour la création d'activités et d'emplois dans les pays méditerranéens".
Pour les professionnels présents à cette manifestation, une telle décision politique devra se traduire dans la réalité. Si la promotion de l'identité touristique passe par l'affirmation de l'authenticité culturelle, elle reste plurielle puisqu'il s'agit de valoriser les richesses et les spécificités de chaque pays de l'ensemble méditerranéen. Tâche ardue. En effet, comment réunir, autour d'un projet de promotion de la Méditerranée, des pays qui se livrent à une concurrence féroce pour s'attirer le maximum de touristes. Pour les promoteurs de ce projet, la compétition qui existe entre ces pays n'est pas antinomique à un effort d'harmonisation de la promotion de la Méditerranée. Pour eux, capter de nouveaux marchés émetteurs comme l'Amérique du Nord ou l'Asie profitera nécessairement à l'ensemble des pays qui vont se répartir ces parts de marchés. La pénétration du marché mondial risque d'être limitée si chaque pays fait sa promotion d'une manière isolée.

La Maison de la Méditerranée

C'est dans cette perspective que fut émise l'idée de la Maison de la Méditerranée en tant qu'outil de promotion commune. Cette nouvelle structure sera conçue à la manière de la Maison de la France. Cette dernière est un groupement d'intérêts économiques qui rassemble les institutionnels et les opérateurs en tourisme utilisant ce label pour promouvoir la destination France auprès des marchés mondiaux. A cette occasion, un réseau des routes méditerranéennes a été présenté où il est question de relier des patrimoines culturels qui se ressemblent autour d'un thème. Sur ce registre, le Maroc possède une expérience avec les villes impériales, le tourisme des kasbas... D'ailleurs, selon un sondage de l'ONMT. à Paris(1), les produits à contenu culturel représentent 50% des ventes, les villes impériales 25% et le balnéaire 16%. Concernant l'attrait du produit, la diversité vient en première position avec 39%. En troisième place, le prix intervient à 24%. Cependant, pour des produits équivalents, le prix détermine le choix du touriste. D'ailleurs, l'évolution des parts du marché entre le Maroc et la Tunisie fait apparaître une perte des parts au profit de la Tunisie. Pendant ce temps-là, la campagne publicitaire s'adresse aux Marocains de l'intérieur pour les sensibiliser à mieux accueillir les touristes étrangers.

Mouhamed CHAOUI.



Des concurrents cherchent des niches
de coopération


Les chantiers de coopération ne manquent pas entre pays méditerranéens malgré des produits qui se "cannibalisent". La France, premier pays récepteur mondial de touristes, a promis d'apporter son expertise au Maroc pour la rénovation de son produit.


Comment écouler la Laguna sans gêner la R19? Ce dilemme, qualifié de "cannibalisation", hante les stratèges des départements marketing dans les grandes firmes industrielles. Il s'agit en effet de la concurrence que se font deux produits d'une même gamme appartenant au même producteur. A bien des égards, cette métaphore peut résumer le trait caractéristique du produit touristique des pays méditerranéens. Ces pays présentant le même type de produit, avec certes des variantes, l'on ne saurait parler de complémentarité. La guerre sans merci que se livrent les différents opérateurs de la région pour attirer les consommateurs de loisirs en est une preuve.
Reste cependant à développer des niches de coopération profitables mutuellement entre partenaires. Cette formule, que les grands secteurs industriels de dimension planétaire (l'automobile et l'aéronautique) ont expérimentée avec plus ou moins de réussite, pourra donc inspirer les pays méditerranéens en matière touristique.

C'est entre autres à cette tâche qu'ils se sont attelés durant trois jours (20 au 22 septembre) à Casablanca au cours de la deuxième conférence réunissant les ministres du Tourisme des pays méditerranéens. Le Maroc et la France veulent donner l'exemple.
Par la voie de son ministre du Tourisme, Mme Françoise De Panafieu, la France s'est engagée à apporter son expertise et son aide au Maroc dans certains projets de rénovation du produit touristique national, dont celui de la mise en valeur du littoral.
Le Maroc pourrait également s'inspirer de l'exemple du fonds Sofaris mis en place il y a cinq ans par le gouvernement français pour résoudre le problème de l'endettement du secteur hôtelier même si les situations ne sont pas transposables.
Mme De Panafieu a indiqué que les premiers résultats obtenus par ce fonds sont encourageants et qu'elle en transmettra la synthèse aux autorités marocaines.

Touriste zappeur

Une mission composée de hauts fonctionnaires des Ministères des Finances et du Tourisme de l'Hexagone devait d'ailleurs arriver dans le royaume le lundi 25 septembre.
Au passage, Mme De Panafieu s'explique sur les raisons qui poussent ses compatriotes à venir moins nombreux au Maroc. Elle pense qu'il faut y déceler le changement de comportement du consommateur. A part les motifs économiques, précise-t-elle, le nouveau touriste est devenu un zappeur. Il devient demandeur d'un produit touristique complet, d'une gamme étendue de prestations: il est à la fois dans un hôtel (de dimension moyenne), puis il va en famille sur un terrain de camping. Cette volatilité du comportement accroît donc les difficultés de ciblage du touriste.
Par ailleurs, la formation continue et professionnelle est l'une des pistes de coopération explorées par la Conférence. Il a été convenu en effet que, compte tenu de la place que la culture occupe en tant qu'avantage concurrentiel sur le plan touristique, il est indispensable de développer un système professionnel et de formation capable de garantir les conditions de valorisation du patrimoine culturel.
Dans le forum réservé à la formation, le Pr François Vellas(1) a développé la mission dévolue à l'université de répondre aux besoins du secteur touristique en cadres dirigeants dotés d'une culture générale étoffée.

Selon lui, la formation universitaire tend vers plus de professionnalisation et de spécialisation. Il apparaît donc essentiel de substituer les formations traditionnelles (licences, maîtrises) par des diplômes professionnels adaptés aux besoins spécifiques de la profession, secteur par secteur, tout en gardant une base généraliste permettant aux lauréats une mobilité professionnelle.
Par ailleurs, et afin d'assurer son efficacité, cette spécialisation doit s'accompagner d'une décentralisation, chaque province se spécialisant dans un créneau suivant ses caractéristiques: Tanger dans le balnéaire, Marrakech dans la montagne ou l'animation, Agadir dans la balnéothérapie, etc...
Pour le Pr Vellas, trois aspects essentiels devraient guider toute politique de formation touristique:
- la multiplication des filières: le balnéaire, le congrès, le tourisme de montagne, la balnéothérapie, le tourisme de troisième âge, l'environnement, etc...;
- l'esprit d'entreprise doit constituer la pierre angulaire de la formation: former non pas des exécutants mais des entrepreneurs;
- la fermeture des profils inadaptés ou dépassés par l'évolution du secteur; de même que les considérations pédagogiques doivent supplanter les aspects lucratifs, même si ce n'est pas toujours le cas, conclut-il.

Abashi SHAMAMBA.

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