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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

dimanche 31 août 2014,
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Taux bancaires: Baisse généralisée

   

Les taux bancaires, qu'ils soient débiteurs ou créditeurs, sont revus à la baisse. Pour pouvoir imposer cette baisse, les autorités monétaires ont changé le systéme de formation des taux établi en juillet 1993. Le nouveau mécanisme est transitoire dans l'attente du marché monétaire. Ces mesures font deux victimes les épargnants et le CIH.

La réunion du Conseil National de la Monnaie et de l'Epargne du 8 mars 1994 fera date. Non seulement parce qu'elle est la première de cette institution, mais parce qu'elle a donné lieu à un véritable "chambardement" du système financier. Les autorités monétaires y ont annoncé un train de mesures fort attendues depuis quelque temps par les professionnels(1).

Les taux d'intérêt débiteurs vont baisser de 2 points à partir du 15 mars.

Cette baisse était inéluctable dès lors que les banques affichaient une surliquidité persistante. Mais le système de fixation des taux qui était en vigueur ne permettait d'atteindre le niveau de baisse annoncé que dans quelques mois. En effet, les taux débiteurs étaient indexés sur la moyenne pondérée des taux créditeurs à 6 et 12 mois. Les banques avaient une marge maximale de 2,5 points. Ce système adopté en juillet 1993 était censé servir de transition entre les taux administrés et les taux fixés par le marché.

Un nouveau mécanisme

Mais depuis juin 1993, la liquidité des banques a augmenté dans des proportions importantes sous l'effet conjugué du règlement des arriérés du Trésor et de la conjoncture morose.

Cette liquidité n'a que très peu influé sur les taux créditeurs. Le système bancaire, dans sa recherche de l'épargne, est en concurrence avec les Bons du Trésor. Ceux-ci n'ayant pas baissé leur taux, les banques ne pouvaient baisser l'offre faite aux épargnants, sans risquer l'assèchement de leur trésorerie, l'épargne se portant sur les Bons du Trésor. Les imperfections du système de fixation des taux étant mises en évidence par cette situation, les autorités monétaires ont tranché: on en invente un autre. C'est le nouveau système proposé qui constitue l'innovation essentielle du Conseil National de la Monnaie et de l'Epargne. Le nouveau taux de référence appelé taux de base bancaire sera calculé en fonction du coût de la totalité des ressources bancaires au cours du dernier semestre. L'épargne non rémunérée est donc intégrée à la base de calcul. Au coût des ressources s'ajoute une marge minimale d'intermédiation pour constituer le taux de base bancaire. A ce taux, le nouveau système de fixation permet au système bancaire d'ajouter 3 points constituant la marge maximale pour les crédits à court et moyen termes.

Le taux maximum est donc constitué du taux de base bancaire plus 3 points. C'est ainsi que, pour l'heure, ce taux est fixé à 9% et donc le taux débiteur tombe à 12%. Ce système de fixation a deux conséquences: stabilité des taux sur 6 mois, puisque le taux de base bancaire sera déterminé semestriellement et diminution de la marge du système bancaire, les ressources "gratuites" étant prises en considération pour la détermination du taux. Les banquiers reçoivent des compensations. Les taux créditeurs administrés sont revus à la baisse: les comptes sur carnets passent de 8,5 à 7 %. Les autorités monétaires ont aussi supprimé tous les coefficients de retenue à l'exception du plancher d'effets publics et du portefeuille des Bons CNCA à 1 an. Les emplois obligatoires en CMTR et surtout en crédits immobiliers sont abandonnés. Les banques ont donc la libre disposition de 72% de leurs disponibilités, compte non-tenu de la réserve monétaire qui est à 10%. Cependant, le système bancaire étant en concurrence avec le Trésor, il convenait que celui-ci baisse les taux d'émission des Bons du Trésor. M. Sagou, ministre des Finances, a annoncé lors de la même réunion que les Bons du Trésor à 6 mois baisseront de 1 point et que la rémunération des autres maturités chutera de 1,5 points. Les autorités monétaires, en présentant ce nouveau système de fixation des taux, tenaient à assurer qu'il ne s'agissait pas d'un retour en arrière et qu'elles n'avaient aucun objectif "d'administration directe". Or, il s'agit bien d'une baisse administrative des taux. Le mécanisme des taux de référence mensuels aurait permis d'atteindre le même résultat.

. vers le mois de juin. Certains banquiers ne cachent d'ailleurs pas leur préférence pour ce cas de figure. Les nouveaux mécanismes ne permettent des réajustements que 2 fois pas an.

Les réactions au marché seront plus lentes. Les autorités monétaires sont conscientes de cette imperfection et annoncent la mise en place d'un marché monétaire susceptible d'assurer un fonctionnement "normal" du marché financier. Une commission a été constituée à cet effet. L'objectif est d'arriver rapidement à des mécanismes autonomes de formation des taux sans intervention "régulière" de Bank Al-Maghrib.

La Boite de Pandore

Entre les taux administrés et le marché libre, il n'y a pas place pour un système mixte. C'est ce qui ressort de l'expérience de ces derniers mois.

D'ailleurs, les mesures annoncées font déjà deux victimes: la CDG et le CIH. La Caisse de Dépôt et de Gestion doit faire fructifier des fonds de diverses origines. Or, la baisse de la rémunération de l'épargne affecte ses résultats. M. Lahlou, PDG de cette institution, a annoncé un important manque à gagner évalué à 298 millions de DH pour les années à venir de 298 millions de DH à fin 1995. Le CIH était le principal bénéficiaire de l'emploi obligatoire du système bancaire en crédits immobiliers. Les banques plaçaient auprès du CIH les fonds non utilisés à leur niveau pour atteindre les 2,5 % des exigibilités fixées par la réglementation. Le CIH est donc privé d'une ressource essentielle. Son réseau étant faible, il ne peut espérer drainer par ses propres moyens une épargne suffisante pour garder le même niveau d'activité, et ce au moment où S.M. ROI annonce la mise en chantier de 200.000 logements.

La solution serait au niveau du marché hypothécaire. En effet, un tel compartiment permettrait au CIH de se refinancer en "titrisant" ses créances. La CDG, comme tous les investisseurs institutionnels, a besoin d'une panoplie de produits de placement pour rentabiliser ces liquidités.

Le processus mis en branle par la réforme du marché des capitaux est une Boîte de Pandore: à chaque étape, les exigences d'une avancée plus significative se font jour. Les banquiers présents à la réunion du CNME ont été unanimes à "revendiquer des ressources longues, et donc un marché à terme". Un autre "chantier" en perspective pour Bank Al-Maghrib.

Quelques idées-force

LA première réunion du Conseil National de la Monnaie et de l'Epargne a donné lieu à des interventions "vigoureuses". Porteuses d'idées nouvelles, elles ont été jugées "dignes d'être approfondies" par M. Sekkat, gouverneur de Bank Al-Maghrib.

Les réunions du Conseil et les sujets à y traiter ont fait l'objet de deux propositions: M. Mrabet, au nom de la Fédération des CCI, a demandé l'étude des autres aspects de la relation banque-entreprise en dehors des taux. M. Omar Bahraoui (collectivités locales) s'est attaqué "aux formes" et a revendiqué un débat plus approfondi.

Le taux d'inflation a permis à M. Abdelhak Bennani (Wafabank) de faire une "sortie". Il a revendiqué un taux calculé de manière précise, car il conditionne toute la politique monétaire. M. Bijaad, du Ministère de l'Incitation Economique, a d'ailleurs reconnu que le mode de calcul actuel "tentait d'approcher" la réalité et qu'un mode de calcul plus précis est à l'étude.

Le système bancaire doit éviter "la surchauffe". En effet, les prévisions établissent le taux de croissance à 10-11%. La baisse des taux d'intérêt aura pour effet prévisible d'augmenter les demandes de crédit. Les banques dont la marge a baissé pourraient être tentées de "faire du chiffre" pour sauvegarder leur rentabilité. Il leur est demandé de n'en rien faire et de maintenir leur prudence actuelle pour éviter tout dérapage inflationniste.

Les taux créditeurs doivent rester attractifs. Le taux d'inflation annoncé étant de 5,2%, l'épargne doit garder une rémunération attractive.

Jamal BERRAOUI
& Alié Dior NDOUR

(1) Cf L'Economiste du 3 mars 1994.

CNME: Rôle, composition et fonctionnement

Le CNME (Conseil National de la Monnaie et de l'Epargne) est institué par la nouvelle loi bancaire en remplacement du CCCMF (Comité Consultatif du Crédit et du Marché Financier). Considéré comme une structure de concertation de haut niveau, le CNME "est consulté sur toutes les questions intéressant les orientations de la politique monétaire et du crédit et les moyens de sa mise en oeuvre. Il donne également son avis sur les conditions générales de fonctionnement des établissements de crédit".

Le CNME compte 29 membres au lieu de 15 pour l'ancien CCCMF. Il est présidé par le ministre des Finances.

Le gouverneur de Bank Al-Maghrib se charge de la vice-présidence et assure l'intérim en cas d'absence ou d'empêchement du président.

Le CNME comprend en outre:

- le vice-gouverneur ou le directeur général de Bank Al-Maghrib;

- un représentant du Conseil économique et social (une structure encore inexistante); un représentant du Premier ministre (M. Mohammed Bijaad, SG du Ministère de l'Incitation Economique); le Directeur du Trésor et des Finances extérieures au Ministère des Finances; le directeur des collectivités locales au Ministère de l'Intérieur; le directeur de l'Office des Changes; le directeur de la Caisse de Dépôt et de Gestion; le président de la Fédération Nationale des Chambres d'Agriculture; le président de la Fédération Nationale des Chambres de Commerce et d'Industrie; le président de la Fédération Nationale des Chambres d'Artisanat; trois membres désignés par le ministre des Finances en raison de leur compétence dans le domaine économique et financier (MM. Saâd Kettani, Mohammed Rajaâ Amrani et le DG du Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières); le président et neuf membres du Groupement Professionnel des Banques du Maroc; le président et deux membres de l'Association Professionnelle des Sociétés de Financement; le président de la Fédération Nationale des Compagnies d'Assurances et de Réassurances.

En plus des membres permanents, le président du Conseil peut inviter toute personne, dont la collaboration est jugée utile, à participer à ses réunions et travaux et ce, à titre consultatif.

A.D.N.