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SMOA-Air Liquide : : 15 millions de DH pour un "azoduc"

Par L'Economiste | Edition N°:84 Le 17/06/1993 | Partager

La SMOA-Air Liquide lance la construction d'un "azoduc" pour servir directement ses clients de Aïn Sebaâ. Le coût de l'investissement est de 15 millions de DH.

La SMOA est la première productrice de gaz industriels, restée longtemps en monopole jusqu'à ce qu'Afriquia arrive dans le secteur et prenne environ 35% du marché(1).

En fait, il s'agit d'un marché en forte expansion, et même si les deux producteurs se livrent une concurrence acharnée, "il y a de la place pour deux". La SMOA pense que la construction de l'azoduc (un gazoduc pour l'azote) lui donnera une position de force sur le marché de la zone d'Aïn Sebaâ, où sont concentrés les grands consommateurs d'azote.

Une des plus veilles entreprises marocaines

La SMOA, dont personne ne se souvient que les initiales signifient Société Marocaine d'Oxygène et d'Acétylène, est une des plus anciennes entreprises marocaines: elle a été créée en 1919, par Air Liquide, aujourd'hui leader mondial des gaz industriels.

Air Liquide a fortement renforcé sa participation dans l'entreprise casablancaise, après la suppression du décret du Dahir de 1973 sur la marocanisation. En 1989, à l'occasion d'une extension et avant même la suppression des obligations de marocanisation, la SMOA est la première entreprise marocaine à revendiquer publiquement son appartenance à un groupe international, en réintroduisant le nom et le logo de Air Liquide, conjointement à ceux de SMOA.

La multinationale d'origine française a un peu plus de 75% du capital de la SMOA. Le reste est partagé entre la BNDE et la Société Générale (via Investima, un holding de participation où l'on retrouve la Société Générale Marocaine de Banques, avec la Société Générale - France) et quelques autres petits porteurs marocains.

M. Driss Benhima, administrateur délégué de la SMOA-Air Liquide, depuis 1991, après un an passé auprès de la maison mère, fait de l'appartenance à un groupe multinational un argument commercial. Il cite les innovations, la garantie de qualité, les prestations sur les matériels annexes... qui, à ses yeux, "sont des arguments plus importants que les prix". Ce type de concurrence, par les prix et par la qualité, se fera de plus en plus dur au Maroc et pas seulement dans les gaz industriels, estime-t-il.

La reprise de contact avec le marché

SMOA-Air Liquide emploie 260 personnes, avec très peu de turn-over, sauf durant une vingtaine d'années, au niveau des cadres étrangers venus de la société mère. Ce phénomène a aujourd'hui pratiquement disparu, si l'on en juge par les réactions actuelles du personnel.

L'administrateur délégué explique que les très longues années de monopole avaient développé au sein de l'entreprise un état d'esprit de rente. "C'était l'administration des gaz", s'amuse M. Benhima, "nous devions nous débarrasser des scories du monopole". L'entreprise réalise 190 des 270 millions de DH de son chiffre d'affaires HT avec les gaz industriels. L'action de redynamisation s'est déroulée à deux niveaux: la reprise de contact avec le client et la remobilisation des hommes à l'intérieur de l'entreprise.

La présence commerciale, auprès de quelque 6.000 clients sur tout le Maroc, a été développée avec aujourd'hui plus d'une soixantaine de dépôts-points de vente, neuf établissements de production dont 4 à Casablanca et région.

Démarche commerciale plus fine, la SMOA-Air Liquide s'approche des attentes de ses clients en fournissant du matériel d'utilisation des gaz industriels.

M. Benhima admet que ces prestations immobilisent une masse de trésorerie importante, mais il souligne que "SMOA préfère ce système, car l'usage du gaz peut être dangereux si le matériel n'est pas lui aussi de très bonne qualité et impeccablement entretenu".

SMOA-Air Liquide se trouve donc présente de fait dans l'ingénierie et le matériel, spécialement les accessoires de régulation, les tunnels pour réfrigération ou congélation... "Nous sommes un peu plus que des fabricants-vendeurs de gaz, puisque nous sommes aussi des vendeurs d'applications industrielles et un bureau d'études-ingénierie", explique l'administrateur délégué.

La sécurité comme facteur de motivation

A cette stratégie d'intégration, s'ajoute une "façon d'être" que les techniciens de l'entreprise aiment à commenter. Ainsi, M. Boualam, directeur de l'usine de Tit Mellil, indique que la SMOA a été à l'origine de l'adhésion du Maroc aux conventions internationales sur les CFC. "Il faut nous mettre en ligne avec le mouvement mondial en faveur de l'environnement", commente-t-il, "même si cela doit momentanément compliquer notre tâche, nous devons anticiper sur les conséquences et surtout ne pas nous replier sur des attitudes passéistes", ajoute M. Benhima.

Le deuxième volet de la redynamisation concerne le personnel et il s'est déroulé en deux phases. D'abord, le niveau technique a été aligné sur les normes internationales de Air Liquide. "Nous étions déjà bons", notent MM. Benhima et Boualam, "nous avons valorisé ce niveau auprès des équipes". Le directeur de l'usine de Tit Mellil souligne que la fabrication des gaz peut être dangereuse si les normes de sécurité "quasi militaires" ne sont pas respectées. Membre d'association pour la sécurité (European Industrial Gaz Association et International Gaz Council, notamment), la SMOA réunit chaque trimestre son comité de sécurité.

Ce comité analyse les comportements dans les unités de production, les compare aux procédures en vigueur dans le monde et est chargé de développer les capacités d'attention et de discipline du personnel. Ces actions soutiennent fortement la culture de l'entreprise SMOA, et un visiteur extérieur ne peut manquer d'en voir les conséquences jusque dans l'entretien des pelouses de l'usine: pas un brin d'herbe qui dépasse(2). M. Boualam montre volontiers les cahiers de suivi des actions du comité et y figure aussi le "quasi accident", c'est-à-dire une situation qui aurait pu engendrer un accident et contre laquelle, selon M. Boualam, "il importe de lutter préventivement".

Redéfinition des relations avec la multinationale mère

La deuxième forme de motivation du personnel, dirigée cette fois vers l'encadrement, concerne les relations avec la multinationale mère. M. Benhima, après une carrière comme ingénieur d'exploitation puis directeur à l'OCP, a été le premier administrateur marocain de la SMOA-Air Liquide. Il se souvient d'avoir trouvé à la SMOA une "atmosphère très marquée par l'histoire particulière" de la société.

La société venait en effet de passer du stade de filiale pilotée par la maison-mère, à l'instar des autres filiales africaines, au stade où elle devient une composante du groupe international, avec de plus en plus de décisions prises localement, par des cadres nationaux. M. Benhima met en relief ce paradoxe: une marge d'autonomie locale favorise l'intégration à la culture d'entreprise de l'ensemble du groupe.

N.S.

(1) C f L'Economiste du 27 février 1992.

(2) Un test a montré qu'il ne s'agissait pas d'une politique de façade. Un journaliste s'est présenté (sans décliner son identité professionnelle) pour demander l'adresse d'une usine fictive au portier de la SMOA. Celui-ci a poliment exigé que le moteur de la voiture soit coupé, que le visiteur entre à pied et sous escorte. Ce portier a expliqué, avec ses mots à lui et une certaine fierté, qu'il s'agissait de respecter les consignes de sécurité technique.

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