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mardi 21 octobre 2014,
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Scandale pornographique à Agadir
Le CD du discrédit

   
. Le journaliste belge promettait des contrats de travail à ses victimes . La police n’arrive pas à mettre la main sur toutes les copies . Elles sont vendues pourtant entre 50 et 100 DH pièce L’affaire du fameux CD d’Agadir continue de défrayer la chronique dans la capitale du Souss. On en parle encore dans tous les cafés, à tous les coins de rue et l’histoire meuble aussi les conversations dans tous les foyers. Pour les uns, il s’agit simplement d’un fait-divers monté à la sauce belge. Un fait-divers qui aurait pu se produire dans n’importe quelle ville du Maroc. Certes, sauf qu’Agadir n’est pas une ville comme toutes les autres. “On veut tout simplement tuer, étrangler cette ville en lui collant une réputation de destination du tourisme sexuel. Ce qui n’est pas vrai! s’indigne un hôtelier. Toutefois, l’histoire n’a pas été montée de toutes pièces. Il y a bel et bien une affaire de CD pornographique. On dit qu’il y a en fait deux CD qui sont en circulation sous le manteau, bien entendu: un CD des “filles d’Agadir’’ et un CD des “filles de Dcheira”, une commune de la périphérie d’Agadir. Dans les clubs vidéo, on ne trouve pourtant ni l’un ni l’autre, même si certains affirment qu’ils sont loués 30 DH et vendus entre 50 et 100 DH. Dans la cité, c’est une véritable psychose. Des drames ont, paraît-il, éclaté dans de nombreux foyers, où l’épouse, la sœur, voire la mère, auraient été impliquées dans cette histoire. A Aït Melloul, un homme aurait égorgé sa femme, parce qu’un de ses amis l’aurait reconnue posant dans une tenue indécente sur l’un des CD. Une histoire qu’il a été difficile de vérifier. Un autre aurait répudié la plus jeune de ses épouses (il en a trois), qu’un membre de sa famille aurait identifiée. Des histoires pareilles, on en entend partout. Sont-elles réelles? Peut-être que oui, peut-être que non. En tout état de cause, la rumeur est là et elle se trouve amplifiée à tout bout de champ. Auprès des autorités de la ville, on en veut beaucoup à la presse, que l’on accuse pour des raisons évidentes d’augmentation des ventes, de donner plus d’importance à ce fait-divers qu’il n’en mérite. “C’est tout simplement un fait-divers qui a été malheureusement mal exploité par les médias’’, affirme une source policière. De son côté, un restaurateur de la place ne cache pas son indignation, estimant que cela ne sert pas les intérêts de la ville, surtout que c’est la haute saison. Il croit même savoir que “le journaliste a été mandaté pour porter atteinte à la bonne réputation de la station balnéaire’’. Pourquoi? Il ne le sait pas. Par qui? Il ne le sait pas non plus. La psychose du CD pornographique est ainsi bien installée. La police n’arrive pas à mettre la main sur toutes les copies, à moins de perquisitionner tous les foyers, tous les magasins, toutes les boutiques et toutes les chambres d’hôtel. Une tâche impossible. A-t-on constaté une augmentation de ventes d’ordinateurs équipés de graveurs ou de CD vierges (le terme est approprié)? Pas du tout. “L’activité est tout ce qu’il y a de normal, nous n’en vendons pas plus que d’habitude et il n’y pas eu d’explosion des ventes’’, indique un vendeur de matériel informatique. Selon lui, ces CD gravés en grande quantité n’auraient pu l’être qu’à Casablanca, même si des PC munis de graveur ont été saisis à Agadir chez trois individus actuellement sous les verrous. Auprès des autorités judiciaires, on a appris que toutes les filles étaient consentantes et avaient été payées 2.000 DH la séance. Autre chose: le journaliste belge avait des complices, dont certains sont encore activement recherchés. Ils avaient pour tâche de rabattre les filles et de les convaincre de se laisser prendre en photo ou se faire filmer par une caméra numérique. Le journaliste leur aurait raconté qu’il était un amateur de film X et que cela pourrait leur rapporter “gros”, si jamais elles sont retenues par des maisons de production belges, auprès desquelles il est bien introduit. Cela leur procurerait des contrats de travail qui leur permettraient d’obtenir des visas et d’immigrer en Belgique ou ailleurs. L’attrape-nigaud a pris et pas moins de 165 filles sont tombées dans le piège. Certaines sont réellement dans le besoin, alors que pour d’autres, rien ne justifiait ni ne méritait que l’on tombe aussi bas.
Commission rogatoire

Les autorités judiciaires marocaines seraient en train de mettre sur pied une commission rogatoire qui se déplacerait en Belgique pour entendre Philippe Servaty, rapportent des sources proches du dossier. Le journaliste belge impliqué dans l’affaire du fameux CD d’Agadir fait déjà l’objet d’un P.-V. au niveau de la police fédérale belge. Curieusement, aucune plainte n’a encore été déposée contre lui ni par ses victimes ni de la part des autorités marocaines. Enquête, à Agadir, de Jamal-Eddine HERRADI