Affaires

Saâd Bendidi: «Marjane et Acima se développeront avec ou sans Auchan»

Par L'Economiste | Edition N°:2451 Le 26/01/2007 | Partager

. Pas de changement majeur dans la stratégie. 4 Marjane et 10 Acima prévus par an . Formation: Auchan déçoitLa hache de guerre entre l’ONA et Auchan (cf.www.leconomiste.com), ne semble pas enterrée. Bien que les deux groupes aient fait part de leur intention de maintenir leur partenariat, la tension n’en est pas moins forte.Auchan qui a été désavouée par le tribunal arbitral dans le litige qui l’opposait à la holding parle de «décision extrêmement surprenante» réagissant au communiqué de son partenaire marocain. Saâd Bendidi, PDG de l’ONA, s’explique et affirme qu’il sera difficile de se remettre sereinement autour d’une table.. L’Economiste: Auchan prétend que le protocole d’accord signé stipule la parité dans la gestion de Acima et Marjane et que la sentence arbitrale représente un revirement de situation. Que dit au juste le pacte d’actionnaire?- Saâd Bendidi: Il n’y a pas de parité pour la simple raison que la détention du capital est de 51% contre 49 pour notre partenaire. C’est l’élégante simplicité du pourcentage, comme dit un éminent économiste. D’autant plus que nos accords stipulent que les directoires peuvent être composés de 2 à 5 membres et que dans le cas où la composition est impaire, celle-ci est au bénéfice de l’ONA. Nous nous sommes donc conformés à l’esprit et à la lettre de ce qui était initialement prévu. Nos accords sont là pour le prouver et ceci a été produit au tribunal arbitral. . La possibilité d’un divorce entre les deux groupe est-elle envisageable? - Ceci est contraire à notre volonté, mais nous constatons, malheureusement, que le communiqué d’Auchan contient des termes qui font état d’un certain nombre d’allusions graves et d’accusations très importantes par rapport à des individus, des institutions et des mécanismes juridiques. Cela sort du cadre de la courtoisie et de la retenue qu’on doit avoir par rapport à des partenaires, à un pays d’implantation et aussi à des institutions auxquelles Auchan a eu lui-même recours.C’est Auchan qui a décidé d’aller en instance d’arbitrage et qui a nommé son propre arbitre et enfin c’est le groupe français qui a décidé du recours au tribunal de commerce pour désigner le troisième membre du collège arbitral. Par ailleurs la lettre de mission a été signée par l’ensemble des parties. La moindre des choses est d’en respecter le résultat et de tirer les conséquences en termes d’actions. Considérant les termes fort déplaisants, se mettre autour d’une table et discuter sereinement est rendu plus difficile.. Que faut-il comprendre au juste?- Le scénario est pour nous un et unique, les sociétés Marjane et Acima continueront à se développer selon le scénario arrêté. Cela se fera mieux si Auchan y adhère, mais cela se fera quand même si le partenaire n’y adhère pas. Nous en tirerons ensemble les conséquences. Je tiens à rappeler que nous avons vécu avant le partenariat avec Auchan et que nous avons développé nos activités. Sans faire du management fiction, en fonction des considérations et des positions des uns et des autres, nous déciderons en temps opportun du mieux, dans l’intérêt de la société, des salariés, des actionnaires et de notre groupe.. Dans le milieu des affaires français et étrangers en général, on se dit «désagréablement surpris» par cette nouvelle- J’invite les gens qui prennent des positions à voir l’arbitrage, les conséquences et les attendus avant de porter un jugement. En dehors de toute considération, c’est un peu traiter un sujet à la légère que d’ignorer que c’est un processus engagé en juin 2006 sur lequel des arbitres ont travaillé. Les avocats des parties ont présenté des mémoires, de la jurisprudence. C’est un sujet relativement lourd, technique qui a été abordé avec le temps suffisant pour arriver à des positions définitives. Nous nous félicitons de la position parce que nous étions sûr que l’option que nous avions prise était la bonne et nous sommes conforté dans notre décision. L’ONA n’est pas tout le Maroc ni Auchan toute la FranceEn outre, l’ONA n’est pas tout le Maroc ni Auchan toute la France, ce sont des acteurs économiques, le caractère marocain ou français n’a rien à voir dans ce différend. C’est un litige entre actionnaires sur des sujets techniques et de représentation. D’ailleurs, l’ONA a des partenariats très heureux avec d’autres entreprises françaises. La position que nous avons n’a rien à voir avec le pays d’origine de notre partenaire. J’ose espérer que les positions d’Auchan sont relatives à la défense des intérêts de l’entreprise par rapport à son partenaire mais cela ne doit pas aller plus loin. . L’ONA reproche dans son communiqué à Auchan d’avoir freiné les investissements. Maintenant que vous avez les coudées franches, quelles sont vos prévisions à court terme?- Nous avons un plan de développement qui prévoit d’arriver en rythme de croisière à l’ouverture d’un Marjane par trimestre et d’un magasin Acima par mois. C’est un rythme de développement tout à fait compatible avec nos moyens financiers mais aussi avec le développement du marché et son potentiel. En 2006, année où a surgi le différend avec Auchan, le directoire a présenté pour les deux enseignes des projets de développement. Sur trois projets Marjane, un seul a été retenu. Pour ce qui est d’Acima, sur une dizaine, seuls cinq ont été définitivement approuvés. Aujourd’hui nous entendons resoumettre ces décisions aux instances idoines pour aller de l’avant.. Plus globalement, envisagez-vous des changements majeurs dans votre politique d’investissement et d’approvisionnement?- La politique en termes de proximité et d’offre de produits de choix, reste un axe majeur que nous maintenons. Il faut bien faire la différence entre la politique de l’entreprise et un différend entre partenaires. En 2006, les chiffres budgétaires en termes opérationnels ont été remplis, tout va donc pour le mieux. Il y a bien sûr un problème en termes de calibrage, si on ouvre moins de magasins, on fera moins de chiffre d’affaires. Mais la politique ayant trait à l’offre marketing ne connaîtra pas de changements majeurs. La vente d’alcool traitée comme les autres marchandisesDans notre politique d’investissement, nous nous reposons sur deux éléments principaux en amont: une assise foncière lorsqu’il s’agit de mettre en place des magasins le plus proche des consommateurs et la préparation d’équipes professionnelles. Nous menons des efforts importants dans le recrutement et la formation.Nous avions déjà fait quelques reproches à notre partenaire, amicalement, car nous attendions un soutien beaucoup plus important au niveau de la formation. C’est donc l’ONA qui en a pris l’initiative. Nous avons créé au sein des entreprises Marjane et Acima un institut de la distribution pour améliorer la formation continue du personnel salarié et préparer le personnel qui animera les points de vente dans le cadre du plan de développement.. Il se dit que la vente d’alcool dans les hypermarchés des quartiers périphériques a aussi divisé les deux groupes - La vente d’alcool est traitée comme les autres marchandises des autres rayons. Quand l’alcool peut être présenté et vendu dans des conditions normales, similaires à celle du marché, sans perturbation ni de la clientèle ni de l’environnement, nous le faisons. Lorsque l’approche n’est pas adaptée comme c’est le cas dans certains magasins, nous nous abstenons de le faire sans pour autant que cela remette en cause le modèle économique que nous poursuivons et c’est d’ailleurs le cas pour d’autres produits. C’est un sujet que nous traitons de manière sereine.


Le challenge de la formation

L’ONA compte aujourd’hui 6.000 salariés dans la distribution. Avec 5 jours de formation par personne et par an cela fait 30.000 jours/homme. Un Marjane compte en moyenne 350 emplois directs et autant indirects. Il faut donc compter pas moins de 1.400 personnes annuellement à recruter et à former pour Marjane (sans compter le turn-over naturel). Un Acima emploie entre 50 et 60 personnes. En ouvrant un magasin par mois, l’ONA devra recruter en un an 700 à 800 personnes. «C’est un effort intense que nous devons déployer, une condition sine qua non pour le développement des deux enseignes», explique Bendidi.


Faute de consensus, retour aux accords

Le pacte de partenariat entre les deux groupes comprend une liste limitative de 13 décisions qui requièrent une majorité qualifiée en conseil de surveillance. Le directoire peut présenter devant ce conseil certaines mesures qu’il décide d’entreprendre. Lorsque la mesure traite de l’une des treize décisions, le vote doit se faire à majorité qualifiée. La nomination d’un membre du directoire, objet du litige entre les deux partenaires, ne figure pas sur cette liste. Quand bien même, le conseil de surveillance décide de refuser une décision du directoire, celui-ci a toujours la possibilité du recours à l’assemblée générale qui peut statuer à une majorité simple. Nous n’avons, jusqu’à début 2006, pas eu à utiliser des mécanismes de vote non unanimes puisque nous arrivions toujours à un consensus. Force est de constater que ce n’est plus le cas et nous appliquons de ce fait, tout simplement, les mécanismes prévus dans nos accords.Propos recueillis par Amine BOUSHABA

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