Economie

Rentrée scolaire : MEN-Mission: La différence par les coûts des fournitures

Par | Edition N°:43 Le 03/09/1992 | Partager

La rentrée scolaire approche, elle est prévue pour la plupart des établissements à partir du 15 Septembre. A l'écart des plaisirs et des angoisses qu'elle évoque, librairies et papeteries se préparent à la ruée des parents et des élèves. La rentrée scolaire devient un produit de consommation à multiples facettes.

LA rentrée scolaire coûte cher, très cher surtout pour ceux qui font le choix d'un enseignement français qu'ils jugent meilleur, d'une pédagogie qu'ils pensent plus adéquate pour leurs enfants. Il faut prévoir, confie un libraire, en moyenne 5% d'augmentation par an. Parfois le prix d'un livre, pour une nouvelle édition, augmente brusquement de 25%, ceci dépendant essentiellement du taux de change du Franc français, et du taux de couverture pratiqué par les dépositaires, qui se protègent d'une éventuelle réévaluation du Franc par rapport au Dirham en incluant dans les prix un taux surévalué par rapport au cours du jour. Le livre perd son but pédagogique pour devenir un produit de consommation. C'est ainsi que les livres scolaires importés de France valent en moyenne entre 100 et 300DH (parfois davantage), primaire et secondaire confondus, les fichiers de travail évoluant pour leur part entre 40 et 70 DH.

Le design de la rentrée

Bien entendu l'écart est grand entre les livres importés, destinés aux élèves de la mission française et du privé, qui reçoivent pour la plupart les enfants des familles aisées, ou qui ont fait le choix (pédagogique) et le sacrifice d'un enseignement coûteux, dans un environnement particulier, et les livres du "Ministère". Ceux-ci sont fabriqués localement et coûtent entre 9 et 45DH. Le Coran est même vendu à 6,50DH. Quant aux cahiers d'exercices, ils ne dépassent pas 12DH. Bien sûr la qualité est inférieure, de même que l'attrait du livre. Il y a quelques années, la maison d'éditions Soden avait tenté l'expérience de faire imprimer les livres en Europe (Espagne/Portugal). Le livre destiné aux écoles publiques pouvait coûter moins cher pour une meilleure qualité: technicité, professionnalisme des imprimeurs, prix du papier inférieur pour une qualité moyenne, respect des délais de livraison. Le poids des impôts a eu raison de cette tentative. Le coût de la rentrée est d'autant plus réduit pour l'enseignement public marocain (par rapport aux autres écoles, non pas par rapport au niveau de vie des familles) que les élèves se passent la plupart du temps de fournitures scolaires (peu de cartables sont utilisés dans le secondaire par exemple) ou achètent le meilleur marché. Il faudrait signaler aussi l'intérêt des "bourses" de livres, de plus en plus fréquentées. Certains enfants de classes privilégiées jouent sur les "marques", le "design" de la rentrée. Certaines écoles (primaires particulièrement) parviennent à réduire un peu le coût de la rentrée en achetant elles-mêmes l'essentiel des fournitures scolaires des enfants inscrits (livres, crayons, peintures), mais le prix tourne malgré tout autour de 1.000DH et des frais complémentaires subsistent (cartables, etc). Par ailleurs, ce fait crée une compétition parfois déloyale entre libraires pour obtenir ce type de contrat. On le sait, la scolarité est étroitement, sinon indéfectiblement, liée à l'appartenance sociale et, corrélativement, aux possibilités financières des foyers. Papeterie et fournitures scolaires en apportent une preuve supplémentaire. Ce cahier, de qualité inférieure (le papier absorbe l'encre, les lignes sont difficilement visibles), de fabrication locale, coûte en moyenne 3DH (144 pages). "Les machines qui les fabriquent sont suffisamment sophistiquées", affirme un responsable de papeterie. "Mais on ne change pas à temps les rouleaux nécessaires. Le fabricant vend quand même. Pourquoi chercherait-il la qualité?". A l'autre bout de la chaîne, les cahiers de marque Clairefontaine (importés) souvent exigés par les professeurs de la MUCF, vendus à Paris (chez Gibert, boulevard Saint-Michel) à 8,60F, coûtent entre 23,60 et 27DH (144 pages) dans les papeteries casablancaises: dévaluation du Dirham, mais surtout droits de douane très lourds sur les documents non imprimés, frais de transitaire. Les parents protestent, certains plus obstinément que d'autres, et finissent par accepter cette hémorragie parce qu'ils ont fait un choix, en reconnaissent les méfaits, et savent que la solidarité ne joue pas à leur niveau. Le "privilège" d'étudier à la MUCF se paie aussi de ce luxe, certaines papeteries s'en plaignent. Les prix varient également en fonction des quartiers, des librairies et des libraires. Les petites librairies, qui vendent davantage aux classes défavorisées, ont tendance parfois à majorer les prix des produits importés, qu'ils vendent rarement. Importation ne signifie pas non plus forcément augmentation des prix: le Taïwan ou la Chine permettent des prix réduits, pour les trousses par exemple, par rapport aux articles marocains. En fabrication locale, il existe aussi de plus en plus d'articles de bonne qualité, de prix intermédiaires. La société Aiglemer tient, dans la pensée des responsables des rentrées scolaires pour les fournitures, une place particulière. Le producteur local relève le défi: il n'en demeure pas moins que la rentrée scolaire se transforme de plus en plus en produit de consommation. De la pédagogie et de la consommation, qui dominera l'autre?

Ruptures de stocks

Le 26 Août, on s'agite dans l'arrière-boutique d'une librairie, parmi les piles de livres et de cahiers. Comme chaque année, une maison d'éditions (Nathan en l'occurrence, aujourd'hui) manque à l'appel, ses livres n'arrivent pas et l'on ne peut préparer les listes commandées depuis fin Juin. Le phénomène est courant. Les maisons d'éditions françaises servent d'abord les librairies métropolitaines, avant d'exporter, alors que l'opération d'export est plus longue et devrait commencer plus tôt. D'où les retards, les livres manquant dans les classes après la rentrée scolaire, bien que les distributeurs marocains aient passé leurs commandes en temps voulu. Charité bien ordonnée commence par soi-même, les opérations d'exploitation et la politique francophone viennent ensuite.

Des opérations complexes

Ce n'est pas que les méthodes de travail soient excellentes dans le circuit des commandes et de la distribution(*) des livres au Maroc. En général, à la fin du mois de Mai, les enseignants des écoles privées et de la Mission Universitaire et Culturelle Française (MUCF) fixent les listes des livres à acheter pour la rentrée scolaire suivante, les transmettent aux élèves et aux librairies qui peuvent ainsi faire le compte des commandes à passer. Pour les établissements marocains, le problème ne se pose pas: les livres changent rarement, et les modifications sont prévues une année à l'avance (ce qui, d'ailleurs, permet aux librairies de liquider leurs stocks). Par contre, la Mission change ses livres tous les 3 ou 4 ans, pour un autre éditeur ou une nouvelle édition, avec des différences en fonction des établissements. Elle est suivie par la plupart des écoles privées, surtout celles qui suivent l'enseignement de "type français". La situation se complique dans la mesure où, si le distributeur dispose d'un droit de retour des livres non utilisés. Malgré les statistiques concernant le nombre approximatif d'élèves des différentes classes pour les écoles, collèges et lycées les plus importants, les libraires en général agissent en fonction de leur intuition et de leur intérêt (peu d'entre eux ont les moyens d'accéder aux chiffres des écoles) tout en se voyant contraints de conserver en stock les invendus.
"Il n'y a pas de politique commerciale réelle", dit un responsable de librairie. "Les dépositaires ne jouent pas leur rôle d'informateurs, surtout dans le domaine scolaire", ajoute un autre. "Chaque libraire travaille à ses risques et périls".
A ce titre, l'association des libraires a demandé, afin d'avoir les mains plus libres dans l'efficacité de la vente, de disposer d'un droit de retour sur un pourcentage défini de livres, à exercer dans un délai rapide après la rentrée scolaire, mais aucun accord n'a encore été conclu.Par ailleurs, des professeurs, nouvellement arrivés au Maroc, ignorent souvent, nous dit-on, les problèmes spécifiques du pays et font état des mêmes exigences qu'en France, demandant aux élèves (dans les établissements de la MUCF) sans compter, ni tenir compte de ce qui est possible dans le contexte marocain, pour un délai requis.

Thérèse BENJELLOUN

(*) Les trois importantes maisons de distribution de livres scolaires au Maroc sont:
- Sochepresse;
- Librairie des Ecoles;
- Librairie Nationale.

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