Economie

Réforme des instituts de recherche et d'expertise : Santé: La recherche a du mal à féconder

Par | Edition N°:202 Le 02/11/1995 | Partager

Depuis le mois d'avril, le Ministère de la Santé s'est engagé dans une réforme de la recherche et de l'expertise en sciences de la santé. Cette réforme devait aboutir à la création
de l'Institut National de Recherche et d'Expertise en Sciences de la Santé, INRESS. Les aspects juridiques, financiers et organisationnels ne sont toujours pas définis. L'institut n'existe pour l'instant que de nom.


La mise en place par le Ministère de la Santé publique de l'Institut National de Recherche et d'Expertise en Sciences de la Santé n'est pas encore déterminée. La question est toujours en suspens. La réunion de présentation de cette entité, organisée le samedi 28 octobre par le Ministère, a permis de rappeler que l'INRESS n'existe actuellement que sur le papier. Les aspects organisationnels, juridiques et financiers de l'organisme, qui devra regrouper les instituts et laboratoires sous tutelle du Ministère de la Santé publique, ne sont toujours pas définis.
Outre le ministre de la Santé, la réunion a également vu la participation des principaux responsables des instituts et laboratoires de santé du pays ainsi que des chercheurs nationaux et internationaux. Par ailleurs, les cas de deux agences sanitaires françaises ont été présentés. Il s'agit de l'agence du médicament et du réseau national de santé publique.
En fait, plus que sur l'INRESS, les débats ont surtout porté sur la nécessité d'une réforme en recherche et expertise en sciences de la santé.

Ce travail de réforme avait été entamé par le Ministère de la Santé publique depuis le 15 avril 1995. Des commissions avaient alors été constituées pour diagnostiquer les situations dans les principaux instituts et laboratoires sanitaires du pays.
Ainsi, sur les raisons qui ont justifié la nécessité d'une nouvelle réorganisation des instituts et laboratoires sous tutelle du Ministère de la Santé, les avis se rejoignent.
Le point de départ de cette réforme est surtout le besoin de sécurité sanitaire.
Le Maroc a tout d'abord connu une transition au niveau démographique par l'allongement de l'espérance de vie. De plus, la situation épidémiologique du pays a également changé. Du stade des maladies infectieuses qui ont caractérisé les années soixante (mais dont certaines ne sont toujours pas éradiquées), on est passé au stade des maladies dégénératives telles que le cancer.

Droit à la guérison


Ces transitions ont fait qu'"actuellement le citoyen exige, non seulement l'accès aux soins mais aussi le droit à la guérison". Nonobstant ces aspects relatifs à l'environnement sanitaire, des raisons internes inhérentes aux différents instituts et laboratoires obligent également à la réforme. En effet, la plupart des intervenants ont rappelé que, si ces organes sanitaires sont pour l'instant limités dans leurs actions, c'est tout d'abord en raison de l'absence d'une autonomie de gestion et d'une rationalisation des moyens. De même, ces instituts souffrent d'un manque de définition des attributions. Par ailleurs, les problèmes techniques empêcheraient le fonctionnement continu de ces laboratoires.
Une telle réforme devient urgente pour d'autres raisons. Ainsi, "certains créneaux n'étaient pas la priorité de la politique sanitaire du pays", est-il rappelé. Les laboratoires de biologie moléculaire et de virologie sont à ce niveau cités comme exemples. Des laboratoires ou instituts de recherche sur la pollution de l'air et de l'eau, facteurs pourtant d'incidence majeure sur la santé des gens, "auraient été prioritaires".

Des propositions de solutions ont été émises. Tout d'abord il y a consensus sur la nécessité de créer des agences ou des groupements d'intérêts publics. Toutefois, le nombre d'établissements publics à créer reste à fixer.
Autre dimension de la réforme: la création d'un institut (le futur INRESS) qui coordonnerait les activités des différents laboratoires et instituts sanitaires, sans nuire à leurs autonomies. Il reste encore à délimiter les aspects organisationnels, financiers et juridiques de l'organe et les modalités de contrôle. Par ailleurs, des précisions ont également été apportées quant aux secteurs de recherche qui sont les plus concernés par la constitution et la réorganisation des réseaux de santé ou de laboratoires. Ainsi, M. Alaoui, doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat, intervenant lors de la réunion, en cite trois:
- les nuisances et pollutions qui touchent à l'environnement,
- la bactériologie, l'immunologie, la virologie,
- la pharmacovigilance.
Par ailleurs, il est précisé que, parmi ces secteurs, "la recherche génétique doit également se frayer une place".

Mohamed BENABID.


Un livre sur la médecine arabe et musulmane


Qui parmi nous sait que l'ancêtre de la pharmacie centrale est une certaine maison des pommades et des sirops? Cet établissement, qui existait à l'époque mérinide, avait en effet pour rôle de fabriquer les remèdes, de les distribuer et d'en stocker une partie pour les guerres et les catastrophes.
Cette précision est puisée dans l'"Histoire de la médecine au Maroc et dans les pays arabes et musulmans", le livre qui vient d'être publié sous la direction du Pr Moussaoui et de M. Michel Roux Dessarps.
L'ouvrage, de 112 pages, offre les contributions de nombreux experts marocains et étrangers aux questions de la médecine arabe à travers les siècles. Sa publication se situe dans le prolongement des différentes réunions qui ont été organisées par l'Association Marocaine d'Histoire de la Médecine.
En fait, la médecine au Maroc y détient une part importante puisque pas moins de 10 chapitres y sont consacrés exclusivement.

Les auteurs rappellent par exemple que les recherches effectuées sur nos ancêtres du Taforalt (Maroc oriental) qui ont vécu il y a 10.000 ans, n'étaient pas des "brutes intelligentes"; ils savaient ouvrir un crâne avec assez d'adresse pour que le sujet survive.
Le livre ne se contente pas uniquement de retracer les épisodes les plus prestigieux de l'histoire de la médecine dans les pays arabes. Les auteurs y décrivent également la phase de déclin. Ainsi, a propos de l'état sanitaire au Maroc avant le Protectorat, un certain médecin français R. Debré rapportait en 1911, suite à une tournée effectuée en campagne entre Marrakech et Casablanca, ce qu'il voyait: plaies suppurantes, jointures gonflées, membres déformés....
Par ailleurs, l'ouvrage a également le mérite de rendre un hommage posthume à des médecins, infirmiers et médecins français qui ont payé de leur vie leur présence au chevet de malades marocains.
Enfin, il est important de souligner l'aspect iconographique du livre puisque le texte est agrémenté de photos représentant différentes institutions hospitalières arabes et musulmanes.

Mohamed BENABID


La recherche médicale en France


Deux périodes ont caractérisé la réorganisation du secteur de la recherche et de l'expertise en France. Une première période qui se situe entre 1988 et 1990 a vu la création de trois agences: l'Agence Nationale de Recherche sur le Sida, l'Agence de Lutte contre le Sida et l'Agence Nationale pour le Développement et l'Evaluation Médicale. La deuxième phase entre 1992 et 1994, a vu la création de 5 agences: l'Agence du Médicament, l'Agence Française du Sang, l'Office de Protection contre les Radiations Ionisantes, l'Etablissement Français de Greffes et le Réseau National de Santé Publique.
En fait, d'après Jean-François Girard, responsable de l'agence du médicament, avant de procéder à ces déconcentrations, il a fallu répondre à trois questions: quel degré d'indépendance doivent avoir ces autorités sanitaires? Comment concevoir la relation entre l'administration et ces structures déconcentrées? Quelles relations doivent-elles avoir avec les correspondants dans les différentes régions?
La réponse à la première question est variable. Il existe des domaines où la délégation n'était pas concevable, par exemple le domaine des épidémies et plus précisément de la gestion d'urgence des épidémies.

S'agissant de la seconde question, il est rappelé que, pour "chaque agence, l'administration doit se doter d'un outil de suivi ou structure de pilotage". Enfin, en ce qui concerne la dernière question, M. Girard a affirmé que "l'unicité de commandement est parfois utile".
En matière de déconcentration des instituts et laboratoires de santé, l'Agence du Médicament a joué le rôle de locomoteur.
L'Agence du Médicament a été la résultante de directions au sein du Ministère français de la Santé: la direction de la pharmacie et du médicament et le laboratoire national de la santé. Créée à la suite du drame de transfusion sanguine qui a éclaté en France en 1991, cette agence répondait tout d'abord à un besoin de sécurité sanitaire.
D'autres motifs de création sont également mentionnés: restructurer un service public en crise et créer un pôle scientifique qui puisse être reconnu dans l'Europe du médicament.
La clé de son succès: une structure facilement remodelable, une capacité de recrutement plus simple et sa capacité de financement. Concernant l'aspect financement en particulier, l'Agence du Médicament perçoit des redevances élevées, lors du dépôt des dossiers par les industriels.
En fait, l'originalité se situe au niveau du statut juridique de l'agence. Cette dernière exerce un pouvoir d'Etat délégué par la loi: le pouvoir de police sanitaire en matière de médicament a été transféré du Ministère de la Santé à l'Agence du Médicament. Parallèlement, il y a eu transfert des responsabilités. Les décisions sont prises au nom de l'Etat et c'est la responsabilité de ce dernier qui est engagée. En revanche, il existe une tutelle sur les personnes: le directeur de l'agence peut être remercié, si nécessaire, au Conseil des ministres.


Mohamed BENABID

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