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samedi 01 novembre 2014,
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Professeurs de médecine : L'honneur en plus, la sécurité en moins

   

Les professeurs de médecine gardent toujours l'aura associée à leur métier. Mais la fonction n'est plus aussi sécurisante que par le passé. Les "super-toubibs" estiment que leurs conditions matérielles ne correspondent ni à leur niveau, ni à l'étendue de leurs responsabilités.

Devenir professeur agrégé en médecine relève du parcours du combattant. Avec un sans-faute dans le cursus, l'agrégation en médecine s'obtient normalement 19 ans après le bac. Un vrai marathon! Ceux qui "reprennent" des années à la Fac risquent de partir à la retraite avant même de pouvoir exercer, plaisante le Pr Abdessamad El Azhari, neurochirurgien et enseignant à la Faculté de Médecine de Casablanca.
En fait, même si tout se passe bien, les étapes traversées peuvent parfois durer bien plus longtemps que l'on imagine, tout comme par exemple un maître-assistant peut mettre plus de temps à devenir professeur faute de poste budgétaire. Les concours sont en effet nombreux et la durée des études longue. Le cursus commence, en principe, une fois que les sept années d'études en médecine après le bac sont par l'admission au concours d'internat.

Bicéphalisme

Après 4 années de gardes répétées "non rémunérées", tient à souligner le Pr Saïd Moutawakil, enseignant-chercheur au CHU Ibn Rochd de Casablanca, aux urgences et activités journalières de soins, le médecin interne pourra postuler au grade de maître-assistant, par voie de concours également. Le maître-assistant peut être considéré comme un médecin spécialiste. La porte du concours d'agrégation ne lui est ouverte qu'au bout de quatre ans d'expérience. Mais la titularisation n'interviendra que quarante-huit mois plus tard après examen par une commission scientifique d'un dossier comprenant le rapport de recherche et d'encadrement.
Les professeurs agrégés en médecine, et plus communément les enseignants-chercheurs, relèvent de deux administrations: la Santé Publique et l'Enseignement Supérieur.
Les enseignants-chercheurs n'approuvent pas totalement cette double tutelle. "Ce bicéphalisme ne nous rend pas service", affirme le Pr Moutawakil. En effet, alors qu'ils passent la majorité de leur temps aux CHU, dans des activités de soins ou d'encadrement, les enseignants-chercheurs estiment qu'ils ne sont pas entièrement reconnus par le ministère le plus concerné, le MSP en l'occurrence. En fait, les activités hospitalières sont rémunérées par le complément de rémunération, sorte d'indemnité forfaitaire allouée par le MSP. Elle est de près de 8.000 DH pour un professeur contre 3.300 pour un maître-assistant après une année de service.
Les enseignants-chercheurs jugent cette indemnité insuffisante. "C'est ce que gagne un plombier indépendant", ironisent-ils. Ils estiment que cette indemnité doit être revalorisée, notamment par le versement de primes de risques, de spécialité et de responsabilité ainsi que les indemnités d'encadrement et de formation continue.

Assistance sociale

S'agissant de la formation continue, dans un domaine où les progrès sont très rapides, les enseignants-chercheurs avouent être confrontés à un problème de taille: le financement de leurs participations aux congrès internationaux. "Nous sommes contraints de payer de notre poche ou faire appel à la générosité des mécènes". Ils demandent au moins que les frais qu'ils engagent en l'occasion soient déductibles de leur fiche d'impôts. Tout comme ils estiment que les indemnités qu'ils reçoivent de la Santé Publique devraient être défiscalisées.
Le salaire d'un professeur agrégé des facultés de médecine, pharmacie et médecine dentaire atteint 8.000 DH net. Pour un maître-assistant, il s'élève à 5.400 DH après deux ans d'exercice. Là encore, les traitements sont jugés dérisoires par rapport au nombre d'années d'études. Moralité: "quelques-uns de nos meilleurs collègues sont passés dans le secteur privé", déplorent les professeurs.
Naguère voie royale, car considérée comme le joyau de l'élite du pays, "le métier de professeurs de médecine ne s'avère en définitive pas aussi sécurisante qu'on ne l'imagine", explique un médecin. L'unique bouffée d'oxygène réside pour l'instant dans la possibilité d'exercer dans le privé, à raison de deux demi-journées par semaine, dans le cadre du temps-plein-aménagé ou TPA. L'amélioration des conditions matérielles des enseignants-chercheurs, à elle seule, est jugée insuffisante si elle n'est pas suivie d'une amélioration des conditions de travail des centres hospitaliers. Et pour cause, le consommable continue, dans de nombreux cas à être acquis aux frais de l'enseignant-chercheur. "Nous faisons régulièrement de l'assistance sociale", observe un maître-assistant. S'y ajoute l'insuffisance en équipements de base de l'hôpital.

Mohamed BENABID & Abashi SHAMAMBA