
Les cours internationaux du beurre flambent. Ce produit, dont la consommation atteint des pics durant le mois de Ramadan, est au plus haut au même titre que la totalité des matières premières agricoles. Son cours a atteint des sommets et son prix au niveau interne tourne actuellement autour de 55 à 70 dirhams. Il est apparemment devenu un sujet brûlant au point que certains départements ministériels ont refusé de donner suite aux questions de L’Economiste. Ces départements préfèrent ne pas aborder ce dossier car, à leurs yeux, le timing ne serait pas opportun surtout que le gouvernement prône depuis quelques semaines la stabilité des prix et la poursuite de la subvention des produits de base. Or, le prix du beurre est libéralisé depuis plus de dix ans et obéit donc aux règles du marché.
Négocié à 2.000 dollars la tonne l’année dernière, il se traite aujourd’hui à plus de 5.000 dollars, soit plus de 150% de hausse en une année. D’où l’augmentation des prix constatée depuis plusieurs mois. Et les opérateurs, qui préfèrent garder l’anonymat, n’excluent pas de nouvelles hausses au cours des prochains mois. Et ce, même si dans l’immédiat, ils tempèrent vu le contexte régional actuel.
Avec une consommation de près de 2.000 tonnes par mois et donc de 24.000 tonnes par an, le beurre reste un produit de grande consommation. Et cela, sans compter la production rurale destinée à l’autoconsommation, soit entre 10.000 et 15.000 tonnes. Selon les statistiques provisoires de l’Office des changes, les importations du beurre en 2010 ont augmenté de 46,7% à 255,1 millions de dirhams.
Aujourd’hui, le beurre importé est revendu à 50 dirhams en moyenne le kilo chez les grossistes contre 55 dirhams chez les détaillants. En revanche, il atteint près de 70 dirhams au niveau de la grande distribution.
Et ce sont «ces majorations» auprès des grandes surfaces qui font jaser les opérateurs car elles sont jugées exagérées et injustifiées. «Certaines grandes surfaces en plus des prix qu’ils obtiennent auprès de nous et des marges arrières qui leur sont accordées n’hésitent pas à en appliquer d’autres. Elles nous envoient aussi, à chaque fois, des notes de débit par lesquelles elles nous avisent des déductions opérées sur nos factures pour contribution aux campagnes promotionnelles», affirme un opérateur renvoyant ainsi la balle à la chaîne de distribution.
Dans ce secteur, dominé par quelques importateurs, le gouvernement a dès septembre 2007 suspendu les droits de douane (32%). Une décision prise suite aux premières hausses sur le marché international. Cette mesure, qui occasionne un manque à gagner de près de 200 millions de dirhams au Trésor, ne permet pas aujourd’hui de juguler les hausses à l’international. «Avec le niveau des cours à l’international, la suspension des droits de douane n’a aucun effet», confirme un importateur.
D’ailleurs, même en 2007 et 2008, son impact n’a pas été vraiment ressenti. Ce qui avait poussé le ministère des Affaires générales et économiques à diligenter une enquête sur le beurre importé et dont les conclusions ont fait état d’anomalies. Du coup, le dossier a été transmis au Conseil de la concurrence pour avis et puisque juridiquement cette instance ne dispose pas des compétences pour entamer des investigations poussées, elle a recommandé une enquête judiciaire.
«Il y a des présomptions sur l’existence de pratiques anticoncurrentielles mais nous ne disposons pas des moyens pour affiner les investigations», affirme Abdelali Benamor, président du Conseil de la concurrence. Le dossier a été donc transféré aux services du Premier ministre investis des pouvoirs nécessaires pour déclencher cette enquête. Mais pour le moment, l’on ne sait pas si elle a démarré ou pas. En tout cas, certains responsables affirment que le dossier n’a pas connu de suite, alors que d’autres disent le contraire.
En tout cas, des opérateurs, qui rejettent les accusations d’entente et de fraude, avancent néanmoins que les contrôles des services de la douane auraient relevé des problèmes de sous-facturation au niveau de certaines entreprises. L’on parle même de la fermeture d’une d’entre elles à laquelle la douane aurait réclamé près de 120 millions de dirhams.
Un stock de 6.000 tonnes
En dépit de la hausse des cours du beurre, l’approvisionnement du marché ne risque pas de connaître de perturbations. Selon des sources proches du dossier, le Maroc dispose d’un stock de 6.000 tonnes. Ce qui correspond à près de trois mois de consommation détenus par un seul importateur. L’essentiel des importations, du moins pour le beurre dont la teneur en matière grasse est inférieure ou égale à 84%, provient de la Nouvelle Zélande (7.606 tonnes en 2009), l’Australie (5.446 tonnes) et l’Uruguay (3.850 tonnes).
Agroalimentaire
Baisse des droits de douane sur les intrants
Les droits de douane sur certains intrants destinés à l’industrie agroalimentaire seront revus. Un décret dans ce sens a été soumis, jeudi 10 février, au Conseil de gouvernement. Les droits de douane passeront ainsi à 2,5% pour le sucre, le lait en poudre et le blé biscuitier. Et l’importation de ces produits obéira à un système de quota dont le dispaching entre opérateurs s’effectuera par le ministère de l’Industrie ainsi que celui de l’Agriculture. Dans le détail, les quotas seront fixés à 2.500 tonnes pour le lait en poudre, 40.000 tonnes pour le blé biscuitier et 50.000 tonnes pour le sucre.
A côté de ces dispositions, les droits de douane pour certains produits finis vont également baisser mais dans un délai de trois mois après l’entrée en vigueur des baisses accordées aux intrants dans l’agroalimentaires. Les droits de douane passeront de 49 à 25% pour la confiserie et la biscuiterie et de 32,5 à 20% pour la chocolaterie.
D’autres baisses sont également prévues pour les graines de moutarde pour lesquels les droits de douane passeront de 10 à 2,5% et pour le glucose, soit de 32,5 à 17,5% de droits de douane.
Khadija MASMOUDI