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Privatisation: La Sonasid se prépare

Par L'Economiste | Edition N°:127 Le 28/04/1994 | Partager

La Sonasid est sur la liste des privatisables: après la SNEP, ce sera la deuxième des "entreprises politiques" des années 60 et 70 à passer dans le champ économique, via la privatisation.

LA privatisation de Sonasid (Société Nationale de Sidérurgie) "intéresse des groupes étrangers". indique l'état-major de l'entreprise, en dépit de la déprime du marché international aggravée par le dumping. En effet, la profession estime que le marché mondial des produits sidérurgiques devrait reprendre avec les restructurations industrielles qui sont en train de se produire.

L'état de l'environnement mondial pèsera sur la privatisation de cette entreprise, qui aujourd'hui tourne à pleine capacité pour le marché marocain: elle peut représenter un pied-à-terre pour des sidérurgistes, italiens notamment, mais avec la réserve de savoir ce qu'il adviendra de la protection.

La protection tarifaire de la Sonasid n'est assurée actuellement que par le taux de 35% des droits de douane plus le PFI.

En effet, le prix plancher, installé suite à la modification du PGI du 1er septembre 1990 et qui servait de base de calcul des droits de douane sur les importations du fer à béton, a été supprimé en juillet 1993. Ce prix plancher était fixé à 3.800 DH/tonne. Le prix sortie usine de la Sonasid est de 3.850DH/tonne. Pour fin 1996, les responsables de la Sonasid promettent d'être plus compétitifs lorsqu'ils auront terminé de payer les échéances de leurs dettes qui représentent un surcoût de 600 à 700DH la tonne.

Frais de transport: 230DH/tonne

Par ailleurs. l'état-major tient à souligner que "les frais de transport de Nador vers la région du Centre, grande consommatrice, s'élèvent à 23ODH/tonne" Ceci biaise la concurrence par rapport aux importations par le port de Casablanca, estime l'entreprise, qui réclame aussi un contrôle des normes des produits importés qui peuvent être de "deuxième choix". Les équipements de la Sonasid lui permettent de produire des ronds à béton et des bobines de fil lisse de 1,5 tonne. Pour ces productions, la Sonasid s'approvisionne en billettes d'acier sur les marchés internationaux. Bien que les billettes soient toujours disponibles, les prix et les quantités ne peuvent être fixés que pour des périodes très courtes, au maximum un trimestre. Pour se prémunir d'une flambée des cours, la Sonasid achète de temps à autre des quantités importantes pouvant couvrir deux mois de ses besoins profitant généralement des prix spots. Même si cette stratégie d'approvisionnement met en relief les possibilités de trésorerie de l'entreprise, elle pèse sur les prix de revient.

Un milliard d'investissement en discussion

Pour rompre sa dépendance à 100% des billettes importées, la Sonasid aimerait réactiver le projet originel d'intégration du laminoir (Cf infra). Celui-ci consiste en la réalisation d'une aciérie de production de billettes.

En effet, aussi bien les experts de la Banque Mondiale (1988) que ceux du Bureau d'études britannique W.S. Atkis, qui a réalisé en 1988-89 une étude de faisabilité complète sur le projet, recommandent "une intégration dans les délais les plus brefs". L'investissement permettra de couvrir les besoins en billettes du laminoir actuel, soit environ 500.000 tonnes par an. Le coût de l'investissement est estimé à 1milliard de DH (prix 1990).

Mais l'investissement a été bloqué en attendant la fin de l'opération de privatisation: il comporte, outre l'engagement financier, un engagement de stratégie.

Plusieurs procédés ont été envisagés pour la rentabilité de l'intégration du laminoir. Le projet le plus probant est la réalisation d'une aciérie électrique avec un ou deux fours électriques à arc pour la fusion de la ferraille en utilisant de l'énergie électrique . " C'est un procédé classique qui a fait ses preuves. De plus, il est techniquement viable dans la mesure où une part significative de la production mondiale d'acier est produite selon ce procédé", explique M. Abdellah Souibri, directeur général de la Sonasid. L'avantage de ce procédé est également la variabilité de sa capacité qui peut aller de 60.000 à 600.000 tonnes. En effet, la voie classique haut-fourneau-aciérie à l'oxygène, qui était envisageable durant les années 1970, n'est plus compétitive, puisque sa capacité minimale est de 1 million de tonnes. Les dirigeants de l'entreprise ne regrettent donc pas que l'investissement n'ait pas déjà été réalisé: les derniers délestages électriques auraient affecté les équipements.

Résultats bénéficiaires

La Sonasid dégage depuis 1988 des résultats bénéficiaires, mais pour l'année 1993, les dividendes versés ont été très fortement augmentés.

Début 1993, la Sonasid a eu à subir des avanies qui se sont révélées être de bonnes affaires. Le laminoir a subi plusieurs délestages électriques qui ont occasionné des pertes "substantielles".

De plus, entre les mois d'avril et mai 1993, l'entreprise a dû faire face à des mouvements de grève (par la suite la productivité a été doublée(1)). Pour assurer l'approvisionnement du marché local, la Sonasid a dû importer près de 77.000 tonnes de produits Emis, soit 16% de sa capacité de production.

L.T.

(1) Les mouvements de grèves ont pris fin, suite à la résiliation de contrats ou licenciements de 50 "agitateurs". Ils ont été remplacés par des saisonniers qui devront être promus au rang de permanents. A partir de septembre. le déficit en production a pu être récupéré avec amélioration de la productivité. La production mensuelle est passée de 26.000 tonnes à 41.500 tonnes.

La petite histoire de la Sonasid

La Sonasid a été juridiquement appelée "parachèvement" équipée de créée en 1974 et a mis dix ans pour commencer réellement à travailler. Elle est donc entrée en activité au moment où l'environnement comme la politique économique du Royaume avaient changé du tout au tout.

Le capital de l'entreprise s'élève à 390 millions de DH, subdivisé en actions de 1.000. II est détenu par le Trésor (97%), le BRPM (1 %), l'ODI (1%) et l'entreprise minière Seferif (1%). Initialement, le projet Sonasid était un complexe sidérurgique intégré de 1 million de tonnes d'acier à Nador. Mais les difficultés financières rencontrées par le Maroc à partir de 1978 ont rabattu les ambitions. Le coût de l'investissement était également déconcertant. Puisqu'il était estimé, en 1977. à 6 milliards de DH.

Ainsi, la première étape. et la dernière, a été la réalisation d'un laminoir de ronds à béton et de fils machine. Ce laminoir est implanté sur une superficie de 135 hectares dont 4 hectares couverts. L'usine de Nador comprend également une unité annexe appelée "parachèvement" équipée de machines de redressage et de coupe. Cette unité transforme environ 25% de la production de ronds à béton en barres de 12m de long.

La capacité "garantie" du laminoir est de 420.000 tonnes/an. Cette capacité a déjà été atteinte en 1989. Elle a été portée à 480.000 tonnes/an selon une gamme de produits et une marche continue à quatre équipes. Actuellement, le laminoir tourne à trois équipes. La production s'arrête le dimanche. La production de la Sonasid répond plus ou moins à la demande.

En 1993, la Sonasid a produit 373.000 tonnes et a vendu localement 404.684 dont les 77.000 d'importation. En outres les importations directes des professionnels ont porté sur 100.000 tonnes, soit un marché intérieur d'un peu plus de 500.000.

La Sonasid emploie 630 personnes dont 39 ingénieurs et assimilés. L'intégration du laminoir impliquerait l'embauche de près de 350 personnes en emplois directs.

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