. Zabo la Roumaine, Boulmerka l’Algérienne, Esteves l’Espagnol, Baala le Français…. Une journée avec Kada, Benhassi, Laâlou… . Saoudiens, Turcs, Suédois, Qataries… les teams en stage
Côté entraînement, les préparatifs suivent un rythme effréné ce mois-ci, aussi bien à Ifrane qu’à Rabat. Les athlètes suivent en moyenne deux séances d’entraînement par jour pendant toute l’année. C’est une année assez spéciale pendant laquelle les sportifs de haut niveau participent à très peu de meetings, pour se consacrer aux JO. Le gros des préparatifs se fait à l’Institut de Rabat. Un institut de renommée internationale et qui a la réputation de devenir une «usine» à fabriquer des champions «made in Maroc». L’idée était de feu Hassan II et Saïd Aouita au début des années 80. Ils voulaient accompagner les performances de Aouita et promouvoir l’image d’un Maroc qui bouge par l’athlétisme et la jeunesse.Outre le QG situé au camp de base de Rabat à quelques encablures de la Fédération et du complexe My Abdellah, l’INA dispose aussi d’un centre de préparation en altitude devenu ces dernières années «La Mecque» des coureurs de fond de haut niveau et de différentes nationalités.L’Economiste s’est rendu sur les lieux. Et là, surprise! L’on se croirait dans un meeting international: Turcs, Français, Suédois, Espagnols, Algériens, Koweïtiens, Qataries, Saoudiens… courent au milieu des cyprès de l’Atlas sous un soleil de plomb. «Avril-mai est une période importante de pré-compétition. Et Ifrane permet de travailler l’oxygénation et la respiration, c’est capital avant les JO», précise sur place Abdelkader Kada, ancien coureur et entraîneur de Hicham El Guerrouj à la fin d’une course sur piste. Parmi les têtes d’affiche qui sont passées par Ifrane, Zabo la Roumaine, Boulmerka l’Algérienne, Esteves l’Espagnol, Baala, le Français, El Guerrouj, Youssef Siaf l’Algérien, Mounir El Yamouni le Français… Il y a des parcours en ce moment à Ifrane baptisés Zabo, Sekkah, El Guerrouj. Tellement ils ont marqué les esprits. La station de montagne de l’Atlas marocain aux allures de village suisse est l’un des rares lieux où les champions s’entraînent sans être harcelés. En moyenne, un athlète de haut niveau se doit de passer au maximum 3 stages par an en altitude. Chaque séjour étant de 3 semaines à 1 mois maximum. Pour les athlètes, Ifrane, c’est aussi une excellente opportunité pour changer de paysage, de climat et d’ambiance de travail.«J’ai trois stages par an à Ifrane avec une moyenne de deux entraînements par jour, matin et soir», témoigne Hassna Benhassi. «Je me prépare en altitude pour au moins 5 meetings avant les JO», poursuit-elle. Pour autant, il ne suffit pas de changer de camp d’entraînement pour améliorer sa performance: la rigueur, la discipline dans les entraînements, le strict respect des exercices, le travail d’équipe… sont autant d’autres ingrédients de la performance. «Pour le demi-fond, le travail d’équipe pendant les entraînements est capital en ce sens qu’il permet l’effet miroir, d’ajuster et améliorer en permanence son potentiel, se surpasser sans oublier la solidarité du team, l’émulation…», précise Mustapha Auchar. Le revers de la médaille, c’est que de nombreux athlètes qui se rendent régulièrement à Ifrane déplorent le manque d’infrastructures sportives. C’est un site naturel où les pistes du plateau sont tracées naturellement, estime-t-on sur place. Pour un entraîneur koweïtien sur place, Ifrane est réputée pour son climat, mais elle manque d’infrastructures de base. L’entraîneur fait allusion au jacuzzi, salles de gym, fitness, des kinésithérapeutes, la médecine du sport… autant d’éléments capitaux pour une destination du tourisme sportif. Dans le même ordre d’idées, Kada estime qu’Ifrane a besoin d’un campus universitaire sportif. «Une université comme Al Akhawayn se doit d’avoir une filière sport, un campus à l’instar des universités américaines». A ce moment-là, on aura non seulement des athlètes de haut niveau, mais aussi des sportifs cultivés. Une sorte de réservoir inépuisable non seulement des coureurs mais aussi de l’encadrement technique de haut niveau. Autre déficit d’Ifrane, son manque d’animation. Les athlètes ne sont pas des moines, ils ont aussi besoin de se divertir. Le soir, nous sommes nombreux à aller à Meknès pour nous divertir un peu, souligne un coureur français. Ce qui semble déranger le plus certains athlètes, c’est que l’on fasse payer la course sur une piste qui plus est naturelle à des coureurs étrangers. C’est aberrant, la commune demande 100 DH la course à certains coureurs étrangers, s’insurge un athlète marocain.
Vous avez dit dopage!Si Ifrane est réputée être l’une des stations qui se prête le mieux à l’oxygénation des athlètes en précompétition aux côtés de Font-Romeu (Pyrénées) ou encore Davos, la ville est aussi cataloguée depuis peu comme un «site de dopage». Le jour de notre déplacement sur place a bizarrement coïncidé avec des analyses effectuées par des Espagnols mandatés. Des prélèvements d’urines ont été effectués ce jour-là. Hassna Benhassi, Meriem Selssli Alaoui, Youssef Baba… ont tous subi des tests inopinés. C’est une procédure normale avant validation d’un titre, rassure Benhassi. Au total, les athlètes doivent passer 3 tests inopinés par an. Le Maroc relève de la zone prise en charge par des contrôleurs espagnols.A tort ou à raison, cette étiquette de dopage est aujourd’hui là et il faut prouver le contraire, souligne à Ifrane l’un des lièvres d’El Guerrouj sans pour autant oser faire allusion au cas Boulami. Pour Houcine Benzruiguinate, ce coureur quadragénaire qui a côtoyé les majors de l’athlétisme, «là où il y a l’argent, il y a la tentation. Et l’athlétisme est l’un des sports où il y a justement beaucoup de tentation et de fric». Benzruiguinate rappelle que l’on vit dans la mondialisation et le Maroc n’est pas un îlot isolé des mafia du dopage. Pour sa part, Abdelkader Kada, ancien entraîneur d’El Guerrouj, tient un autre discours plus pédagogique: «Le meilleur moyen de dissuader les jeunes est de leur montrer des exemples de carrières brisées par le dopage, des déformations, des maladies, des décès… qui ont marqué le monde du sport». Pour parer à d’éventuels incidents, la fédération est en contact permanent avec les jeunes pour ne pas prendre de médicament, même pas une aspirine sans avis médical. Il y va de leur carrière.
MercenairesAujourd’hui, ils sont nombreux les athlètes marocains à courir ou à entraîner des équipes étrangères. C’est le cas pour l’entraîneur du Qatar, pour l’athlète Rachid Ramzy du Bahreïn, Smaïl Sghir et Driss Maâzouzi en France… Les exemples sont légion de ce flux migratoire des temps modernes.«Psychologiquement, c’est dur lorsque l’on décroche une médaille et on monte au podium pour représenter un autre pays envers lequel on n’éprouve rien», signale Bidouane qui fait allusion à Ramzy qui remporté des médailles avec le Bahreïn. Les athlètes marocains sont très sollicités à l’international. Nezha Bidouane a été démarchée à plusieurs reprises par la fédération égyptienne pour changer de nationalité. «En vain, j’étais catégorique sur ce point», confie-t-elle. La nouvelle tendance est que de nombreux Marocains évoluant à l’étranger cherchent aujourd’hui à défendre le maillot national. D’autant plus que les conditions matérielles ont changé. Amin RBOUB