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Pour apaiser son spleen, Claude Poirier traverse l'AfriquePremier épisode: Poursuivi par des trafiquants de voitures

Par | Edition N°:964 Le 23/02/2001 | Partager

Claude Poirier était entrepreneur à Paris. A l'âge de 50 ans, en 1995, après un gros impayé, il dépose le bilan. Quatre ans de galère s'ensuivent. Claude est au bord de la déprime. Lâché par tous ses amis et même sa famille (qui jette ses affaires à la rue), il vend tout ce qu'il possède et achète une vieille caravane à 8.000 FF (qu'il baptisera Nadrêva) et décide de traverser toute l'Afrique, comme un escargot, sa maison sur le dos tractée par une Toyota 4x4 (HJ 61 modèle 90), baptisée Charly.Personne ne le prenait au sérieux. Les journalistes d'un magazine spécialisé, Le Caravanier, qui l'avaient surnommé «Le barjot«, étaient persuadés qu'il n'allait pas dépasser La Loire. «En tout cas, si je n'étais pas parti, je me serais tiré une balle dans la tête«, avoue-t-il.Le 8 novembre 1999, en compagnie de ses deux chiens, Zimba et Jazz, Claude entame son voyage dans le continent le plus instable et le plus dangereux du monde, avec comme objectif: atteindre le Cap de Bonne Espérance en caravane. Après avoir traversé, sans trop de difficultés, la France et l'Espagne, Claude débarque à Sebta où on lui vole son Nikon. En trois minutes, le temps de faire le plein de carburant, l'appareil-photo avait disparu. «Ça commence fort!«, se dit Claude. Il en profite d'ailleurs pour prévenir les lecteurs: «A Sebta, vous avez une voiture cassée, toutes les 15 minutes«.Par la suite, il s'installe au camping de Salé. Il obtient son visa pour la Mauritanie au bout de huit jours. Pour la petite histoire, il paraît que pour obtenir le visa pour ce pays, il faut absolument présenter un billet d'avion. Ainsi, semble-t-il, certaines agences de voyages à Rabat vous vendent un billet pour Nouakchott le matin et vous le rachètent le soir-même. Le tout pour 900 DH. En route vers la Mauritanie, il campe à Essaouira, Laâyoune puis Dakhla. Et c'est de là que Claude ainsi que plusieurs autres voyageurs seront escortés par un convoi de la Gendarmerie Royale vers la frontière mauritanienne. Cette opération, inconnue du grand public, se fait pourtant deux fois par semaine: le mardi et le vendredi. Au total, plus de 70 véhicules étaient du voyage. Lors de cette brève halte à Dakhla, Claude a découvert qu'il n'était pas le seul «barjot«, puisqu'il y avait un autre qui voulait faire, à vélo, la traversée de toute l'Afrique. Persuadé que tout au long de ces 450 km, le convoi allait rester groupé, Claude se retrouve, quelques minutes après le départ, tout seul sur cette route. Soudain, un grand choc le déstabilise. Il réussit difficilement à contrôler son véhicule. Il croit que c'est encore un autre pneu de Nadrêva (la caravane) qui a crevé (au total, huit pneus ont crevé lors de ce périple africain). Il descend pour vérifier: les pneus sont intacts, mais le flanc de sa caravane est complètement endommagé. En regardant un peu plus loin sur la route, il découvre une Mercedes dans un fossé. C'est des Mauritaniens (des trafiquants de voitures) qui, en essayant de le doubler, avaient heurté la caravane pour finir dans le fossé. La Mercedes était fichue et les Mauritaniens exigent que Claude leur rembourse son prix. «Pas question!«, lança-t-il. Voyant que les esprits commencent à s'échauffer, Claude reprend la route. Il ne prend pas la fuite, puisque les gendarmes marocains les attendent tous, pour passer la nuit, dans un campement militaire à 70 km de la frontière mauritanienne. Là, il raconte sa mésaventure. Une enquête est menée par la Gendarmerie Royale, qui donne raison à Claude. Les Mauritaniens persistent et demandent à voir la couleur de son argent. Des Français, qui font partie du convoi, conseillent à Claude de rebrousser chemin: «Une fois en Mauritanie, ils vont te tomber dessus, te piller et tu n'auras plus que tes yeux pour pleurer«, lui lance une jeune femme responsable d'une ONG au Bénin. «Ma situation à Paris était tellement effrayante que rien ne me fait plus peur«, rétorque-t-il.Le lendemain, le convoi traverse le fameux «bouchon« (70 km) qui leur a nécessité 12 h de conduite. «Une piste impraticable«. A 10 h du soir, ils atteignent Nouadibou. Cette fois, les gendarmes mauritaniens inspectent la caravane, contactent leurs collègues marocains et Claude a gain de cause. A Nouadibou, les trafiquants mauritaniens suivent Claude partout où il va. Pour éviter des représailles de leur part, il cache son véhicule et n’utilise pour se déplacer que son vélo. Il rend visite au directeur de la compagnie mauritanienne des Chemins de Fer qui exploite le fameux «train le plus long du monde« qui relie Nouadibou à la ville de Choum à l'Est du pays. Il lui explique sa situation et demande une plate-forme pour ses véhicules pour semer les trafiquants. Effectivement, deux jours plus tard, un lundi, une fois les véhicules chargés, le train s'élance dans le désert. «C'est le voyage le plus horrible de ma vie, assure Claude. Le train roule très vite, sur des rails usés et des roues détériorées: tremblement de terre - force 10 - pendant douze heures«…Abdelmohsin EL HASSOUNIVendredi prochain, la prédiction du marabout

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